Dans la neige d'Arnaud Rykner : le récit intérieur de Robert Walser

Cécile Pellerin - 18.03.2016

Livre - folie - Littérature française - Robert Walser


Robert Walser (1878-1956) écrivain et poète suisse, contemporain de Robert Musil et Franz Kafka est transféré, en 1933, contre son gré, dans la clinique psychiatrique d'Herisau ("au début pas voulu pas venir. J'ai résisté. Ma sœur voulait pourtant. Alors je suis resté"). Interné en ce lieu, jusqu'à sa mort il cesse alors d'écrire. Arnaud Rykner s'inspire (avec beaucoup de distance) des derniers mois d'existence de l'auteur pour écrire un roman étrange, assez perturbant dans lequel, Joseph, le narrateur  (Robert Walser) rend compte de ses pensées, de ce qu'il ressent.

 

Un récit intérieur complètement imaginaire présenté et amplifié par une structure narrative très réaliste et expressive, capable d'approcher au plus près, au plus juste l'égarement du personnage, de saisir intensément le détachement, la solitude, la mélancolie, la sensibilité qui l'animent. Et la joie, "juste être là à être bien c'est tout ce qu'il y a".

 

Une forme brève, un style minimaliste, presque neutre (à l'image de l'écriture de Robert Walser), une langue presque scandée, des blancs comme des pauses respiratoires, une alternance de phrases impératives et infinitives, un mélange de "je" et de "il", des répétitions, une ponctuation imparfaite, offrent au récit une puissance poétique et musicale (on se surprend à lire certains passages à voix haute), telle une mélopée presque funèbre, empreinte de dureté et de violence, mais aussi de moments d'extase et d'apaisement.

 

 

Epurée, avec la volonté de rappeler sans cesse qu'elle est une langue intérieure uniquement destinée à  soi-même, immédiate et spontanée, simple, sans nécessité d'être ajustée à la parole,  l’écriture d'Arnaud Rykner communique pourtant avec le lecteur. Certes, de manière assez inattendue mais entêtante et subtile.

 

Joseph aime la régularité des gestes et des activités qui régissent désormais son existence. Ecosser les petits pois, faire des sacs en papier, bêcher, butter la terre du jardin, manger, dormir, se promener. Ne plus écrire. Jamais.

 

Sécurisé par la répétition et l'ordre, il s'allège du superflu, parvient en homme simple à éprouver de la joie dans chaque mouvement ("marcher courir grand plaisir d'être là"),  chaque occupation qu'il effectue, à se détacher de toute réflexion. A l'écoute de la nature qui l'environne, il l'imprègne chaque jour davantage, la respire à pleins poumons, depuis le parc de l'asile ou à l'extérieur, libre de se rendre au village, de pénétrer dans la forêt, d'arpenter la montagne, de marcher jusqu'au lac.  Fusionner avec elle, intégralement. "Je suis toi dans toi. Je me terre. Je suis terre ou fossile. Rien à faire tout me tient". Apaisé et bienheureux.

 

Si quelques délires,  quelque inquiétude, quelque intranquillité retardent un peu le vide au milieu de lui  et vers lequel il tend, Joseph, imperturbable continue de glisser,  de rouler, de se dissoudre,  et devenir "un zéro tout rond". C'est tout. C'est fort. Très fort.

 


Pour approfondir

Editeur : Rouergue
Genre : litterature...
Total pages : 120
Traducteur :
ISBN : 9782812610301

Dans la neige

de Arnaud Rykner

Placé depuis des années dans un asile, Joseph écosse des petits pois, fabrique des sacs, c'est son travail. Mais avant, Joseph était un grand écrivain, d'ailleurs le directeur et le médecin l'incitent à reprendre l'écriture. Mais lui préfère le simple, la lumière, les oiseaux, les cailloux, le détachement absolu. Dans ce roman, Arnaud Rykner s'est inspiré de la vie de l'écrivain suisse Robert Walser, avant de prendre des libertés. « Surtout, ne pas penser (.) Juste devenir idiot » écrivait ce dernier. Un roman bouleversant sur la condition humaine.

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