Dans le grand cercle du monde : l'épopée sauvage et guerrière des Indiens du Grand Nord

Mimiche - 25.09.2014

Livre - Littérature canadienne - Indiens - Minorité ethnique


En ce début des années 1600, au milieu de ces quelques arpents de neige de la Nouvelle France, un petit groupe de guerriers Hurons mené par Oiseau et Renard fuit devant ses poursuivants Iroquois dont ils viennent de massacrer une famille et d'enlever une toute jeune fille.

 

Juste retour des choses puisque toute la famille d'Oiseau a été tuée dans une escarmouche toute semblable menée par les Iroquois quelques temps plus tôt.

 

Mais pour l'instant, il faut fuir. Fuir sans relâche dans la neige et le froid pour échapper à ce groupe mené par des chiens qui ne quitteront pas la piste. Sauf si les fuyards parviennent à regagner leurs territoires. Mais pour cela : fuir sans fin, fuir sans manger, regagner ces terres protectrices en laissant la petit prisonnière se débrouiller avec l'autre prisonnier, le Corbeau, un missionnaire jésuite qui sait que son salut réside dans sa capacité à suivre les guerriers Hurons car ceux qui les pourchassent sauront merveilleusement le torturer s'ils parviennent à les rattraper.

 

Et le Père Christophe, un géant, un fils de paysan français solide et fort, poursuit son chemin sur les traces des guerriers qui sont devant lui alors que, progressivement, la neige les recouvre de son manteau épais et finira par les masquer à leurs poursuivants.

 

De retour au village, dans les maisons-longues, les membres de la tribu se pressent pour fêter les guerriers enfin rentrés mais surtout observer ces nouveaux intrus. Notamment le Corbeau et sa soutane noire.

 

De quels bouleversements demain sera-t-il le témoin à la suite de ces nouveaux venus ?

 

 

Ce livre est absolument magnifique et mérite une place de choix dans votre bibliothèque.

 

C'est le livre d'une histoire oubliée (encore une) des manuels scolaires : la transition relativement brutale entre un immémorial mode de vie autochtone et la greffe d'une nouvelle civilisation importée par ces étrangers aux croyances religieuses nouvelles qui viennent, qui parviennent à déstabiliser un mode de pensée ancré dans les âmes des hommes, à repousser les anciennes us et coutumes et à les remplacer par autre chose venu d'ailleurs, à faire bouger les lignes des structures sociales.

 

L'histoire de ce livre, c'est le moment où se met en place tout ce qui va conduire à la bascule, au renversement des anciens repères : ce que pressent Oiseau sans vraiment parvenir à exprimer ni sa crainte, ni ses appréhensions, ni son refus, ni sa révolte alors qu'il sent bien l'inéluctabilité de ces changements.

 

Joseph BOYDEN, lui-même descendant des Nations Premières trouve les mots justes pour écrire les sentiments humains et la redoutable froideur guerrière dans un seul chant où se mêlent chant de vie et chant de mort. Des choses se terminent. D'autres se dessinent. Pas de jugement. Pas de prosélytisme. ¨Pas de passéisme. Des faits. Un tournant. Un constat. Même s'il est difficile de ne pas ressentir qu'il garde une sympathie voire une nostalgie pour ce passé qui l'interpelle !

 

 

 

Et, sans faire de l'angélisme devant la « sauvagerie » de certaines scènes que l'occident a progressivement banni de son environnement (« pas de troupes au sol »), je reste cependant sensible (mais pas du tout candidat à l'expérience) au message profondément respectueux du courage, de la bravoure, de la force, vénérés sans restriction dans et par la torture infligée à l'ennemi, au prisonnier jusqu'au sacrifice final.

 

 

 

Au croisement de plusieurs peuples, c'est l'heure où un nouveau peuple est en train de naître. Il est dommage que, comme trop souvent, ce soit par le principe de le terre brûlée que les hommes façonnent leur descendance !