Dans le maelström technologique, prémonitions affectives

Fasseur Barbara - 08.04.2019

Livre - Simili Love - dystopie vie privee - technologie androides emotions


ROMAN FRANCOPHONE - Il aura fallu 20 ans à peine pour que le meilleur de la technologie fasse ressortir le pire de l’être humain. Alors, si vous serrez les dents devant un épisode de Black Mirror, attachez vos ceintures et éteignez vos objets connectés avant de plonger dans la terrible vérité. Dans Simili-Love paru au Diable Vauvert, Antoine Jaquier nous sert une vision implacable de ce que pourraient devenir nos vies dans un récit terrible de réalisme et d’anticipation.
 


 
 
Le 31 décembre 2039, Foogle décrète la Grande Lumière, proposant la Big Data en pâture au commun des mortels. Le monde bascule alors que l’intimité s’efface, que les interactions humaines se raréfient et que l’hyper technologie continue d’envahir le quotidien. De divorces en séparations, les relations humaines sont rapidement réduites à néant au profit des A1, androïdes de première génération. Facilitateurs de vie, ils sont personnalisables à l’envie, évoluent et s’adaptent sans fin aux désirs de leur propriétaire.
 
Dans tout ce maelstrom relationnel et technologique, Maxime, auteur quarantenaire, ayant échappé au désastre du grand tri, s’est reconstruit aux côtés de Jane. Bien que récalcitrant aux avancées du conglomérat, grâce à l’amour inconditionnel qu’il porte à sa machine, il se laisse finalement aller à la douceur du soma, drogue de synthèse effaçant les tracas. Jusqu’au jour où, l’empathie et le simili-love développé par les A1 entravent leur rendement et efficacité. Ce débordement est loin de plaire à Foogle, les androïdes sont rappelés et doivent redevenir des machines. C’est là la seconde fracture et le véritable tournant du roman.
 
Bien que l’on puisse reprocher au scénario d’être quelque peu prévisible, il apparaît avant tout comme un support de réflexion permettant de faire le point sur la situation technologique actuelle et notre rapport à cette dernière. Foogle, Fluxnet et autre, à une lettre près on se serait presque senti directement menacé, d’autant plus que cette fois, nous sommes en France, entre Paris, Rennes et Brocéliande. Rapidement, la science-fiction laisse place à un récit du quotidien étrangement proche du nôtre, presque contemporain.
 
Nouvelle anticipation cauchemardesque, somme de prévisions culturelles ou simple mise en garde, Antoine Jaquier dresse ici le constat peu glorieux de l’omniprésence de la technologie dans notre société, phagocytant peu à peu nos vies et nos données. Suite de catastrophes envisageables ou même déjà envisagées, l’auteur compose son récit comme une mosaïque de références. Basé sur de nombreux textes et films d’anticipation mais aussi d’essais scientifiques, l’auteur lie ses découvertes dans une narration fluide afin de faire le point avec objectivité et réalisme.
 
Le meilleur des mondes, Bienvenue à Gattaca, Blade Runner, Black Mirror, Altered Carbon et bien d’autres, sous couvert de roman, l’auteur critique ce qu’il a vu, lu et vécu aussi bien hier et aujourd’hui que ce qu’il craint chaque jour un peu plus pour demain. De dialogues en scènes de vie, il transforme cette masse d’information en romance technologique afin de donner des outils aux lecteurs pour réfléchir différemment, trouver des solutions, mais aussi et avant tout de se poser les bonnes questions.
 

De la valeur de l’être humain à ce qui fait notre humanité, les questionnements sont nombreux, pertinents et renseignés à travers les dialogues entre êtres de chair et androïdes ou désignés et inutiles. Sortant de son rôle de narrateur, Maxime n’hésite pas à nommer les doutes et appréhensions du lecteur à mesure que le récit avance. Jusque dans les noms à peine modifiés, on reconnaît notre technologie poussée à son paroxysme, presque trop imaginable. La grande lumière n’était que le début, pas uniquement la fin de la vie privée qui elle a finalement eu lieu il y a bien longtemps.
 
Riche de raisonnements et de réflexions, à la fois journal de pensées philosophiques, chronique d’une époque à venir et récit de vie, Simili-love pourrait être le dernier roman de l’humanité. En quête de l’humain, en quête de sens, à travers son narrateur, l’auteur laisse une trace du déclin de ce que nous avons été. Notre histoire mêlée à celle de Maxime nous laisse juste le temps de prendre conscience avec lui de l’ampleur du danger, avant d’assister à ses côtés à notre fin.
 

Antoine Jaquier - Simili-Love - Au Diable Vauvert - 9791030702521 - 18€



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Pour approfondir

Editeur : Au Diable Vauvert
Genre :
Total pages : 256
Traducteur :
ISBN : 9791030702521

Simili love

de Jaquier, Antoine(Auteur)

Un roman en pleine actualité politique et sociale, par un écrivain suisse déjà reconnu.En 2040, Foogle rend public l'accès au dossier numérique de tous, jusque dans les moindres détails. La notion de vie privée disparaît, c'est la Grande Lumière. Privés d'intimité, les gens s'isolent.Bientôt, Foogle met sur le marché les premiers androïdes qui feront office de partenaires et de facilitateurs de vie - des Smartphones améliorés, à forme humaine.

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