Dans le théâtre d'Aristophane : si tu veux la paix, prépare l'humour

Mimiche - 25.03.2020

Livre - théâtre Aristophane - Sparte Athènes pièces - Dionysies Aristophane théâtre


THÉÂTRE – Cinq pièces de théâtre se suivent, dans ce recueil, dans l’ordre chronologique de leur création à Athènes alors que cette dernière est plongée dans une guerre interminable avec Sparte. Une guerre qui ne fait pas que des morts sur les champs de bataille. Une guerre qui fait aussi la fortune des marchands de « canons » ainsi que celle des généraux ambitieux alors que le peuple et ses représentants ne savent pas faire cesser, par leur volonté démocratique, cette situation calamiteuse pour la ville et sa population.



 
Aristophane, chantre de la Paix, utilise cette tribune annuelle où les poètes et écrivains s’affrontaient dans les joutes verbales de leurs acteurs et voyaient le public honorer, ou pas, leurs créations.

Toutes ces pièces ne tournent pas exclusivement autour du thème de la Paix, mais celle-ci est toujours à proximité derrière les propos échangés par les personnages.

Que ce soit par la voix de Justinet (Les Acharniens) qui a conclu un accord de paix exclusif pour lui et sa famille, se mettant à l’écart des décisions funestes de la Ville et profitant ainsi des bienfaits de cette situation.

Que ce soit Lepeuple (Les Cavaliers) qui, bien conseillé par un marchand de boudins finit par voir tout l’intérêt de conclure avec la Trêve un accord bénéfique.

Cela change un peu de ton avec Tourneboule (Les Nuées) qui envoie son fils Galopingre chez Socrate pour y apprendre l’art de parler afin de, tout simplement, se débarrasser des créanciers qui ont permis de financer les dépenses insensées de ce fils.

On y revient un peu, de loin, avec Vomicléon (Les Guêpes), jeune athénien, qui veut interdire à son père de retourner dans cette arène où, cajolé par les puissants, il juge à tour de bras et de manière insensée des citoyens faisant ainsi le jeu de ceux qui, donnant à ces juges des miettes, raflent tranquillement et impunément, à l’insu de ceux-ci, des monceaux de richesses (incroyable de voir comment Racine a « pompé » ce texte pour écrire Les Plaideurs  !) ;

Et on termine avec Lavendange (La Paix) qui va monter sur l’Olympe pour délivrer la Paix et la ramener, avec Trésor d’été et Festivité, dans les murs d’Athènes afin de damer le pion à tous les Bagarres et les Vatenguerre qui veulent continuer à entraîner la Ville dans ce conflit funeste.

Ce qui est étonnant, dans ces textes, c’est l’impensable actualité des propos qui y sont développés ! Il y a quand même presque 2500 ans qu’ils ont été écrits !

L’Homme n’aurait-il, en fait, que si peu changé qu’il soit encore possible de reconnaître les mêmes travers malgré tout ce temps passé, malgré toutes ces expériences qui auraient dû être la source où puiser raison, sagesse, tolérance et toutes ces qualités magiques et magnifiques qui enflamment les poètes, qui leur permettent d’écrire, de développer des idées merveilleuses ? Mais qui, filialement, restent lettre morte ?

C’est un superbe moment de lecture qui donne envie de voir ces farces (car ce ne sont pas de tragédies que propose Aristophane) jouées sur une scène ? Même la mise en scène est d’une géniale modernité.
 
Un regret dans cette lecture ? Oui ! C’est le parti délibérément pris par le traducteur de tenter de rendre perceptible l’humour d’Aristophane en introduisant un langage et des images modernes au mépris des anachronismes (« sainte croisade », « loup garou », « le fils d’Artaban », « la ménagère qui moud son café », « les Rogatons, la Fête de l’Être suprême et le Carnaval »,…) dont je ne trouve pas qu’ils rendent la lecture aisée, car ils en cassent le véritable contexte et l’époque de l’écriture de ces pièces !

Et pour terminer, une interrogation inquiète. Peut-on encore aujourd’hui jouer des textes pareils qui sont sans tabous, qui n’hésitent pas à évoquer des comportements pédophiles que ne manqueraient pas de faire pousser des élans (certes justifiés) d’indignation ? Qui pourrait provoquer la censure ? Mais serait-elle, elle, justifiée ?

Refuser d’admettre que les Grecs anciens étaient ce qu’ils étaient dans leurs mœurs changerait-il quelque chose à ce fait avéré ? Et si nous avons changé sur ce sujet aujourd’hui, faut-il nier, par la censure, ce que cette civilisation était, y compris avec ce comportement-là aussi ?

Où serait la bonne réponse à ces questions ?



Aristophane, trad. Victor-Henry Debidour — Théâtre complet Vol. 1 — Folio — 9782070377893 – 9,70 €


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