Dans les brumes des âges de l'amour

Laure Besnier - 07.09.2018

Livre - Julian Barnes Histoire - Mercure de France Barnes - Mercure de France RL208


ROMAN ETRANGER - Dans un roman au goût de fin de l’été, Julian Barnes décline l’amour réel, sans passion. Publié au Mercure de France et traduit par Jean-Pierre Aoustin, La seule histoire explore des formes et des états amoureux jusqu’à la déception sentimentale. Derrière ce récit couleur sépia, à l’atmosphère élégante et parfois un peu surannée, le prolifique auteur britannique gratte sous le vernis nostalgique d’un grand amour. 

 


« Roman : une petite histoire, généralement d’amour ». Lorsque l’on ouvre l’ouvrage de Julian Barnes, on tombe sur cette citation du Dictionnaire de la langue anglaise, œuvre majeure de l’auteur britannique du dix-huitième siècle, Samuel Johnson. La seule histoire, une simple historiette ? Que nenni. Derrière cette humble sobriété, se cache plutôt une réflexion renouvelée sur l’amour et ses déconvenues. 

« Il y a plus de cinquante ans », Paul, un jeune homme de bonne famille de dix-neuf ans, décide de s’inscrire au club de tennis de sa banlieue résidentielle, située « à une vingtaine de kilomètres au sud de Londres », fortement conseillé par sa mère qui rêve déjà de son mariage prochain avec une fringante tenniswoman. Lucide sur les intentions de cette dernière, l’adolescent plein d’aplomb rencontre Mrs Susan Macleod, mariée, deux enfants. Ils s’aiment au nez et à la barbe de son époux Gordon ainsi que des parents de Paul. Seule Joan, une amie de Susan au tempérament loufoque se retrouve dans la confidence. Plus tard, les deux amoureux partent s’installer à Londres, vivant heureux même si dans l'opprobre de la plupart de leurs proches. C'est alors que Paul se rend compte de l’alcoolisme qui gagne sa bien-aimée. 

Loin de la traditionnelle passion qui anime le grand amour, celui de Paul et Susan est teinté de pudeur. Et c’est plutôt surprenant puisque l’histoire est racontée du point de vue de Paul, se souvenant de ses années adolescentes et de sa relation avec Susan. 
 

L'adolescence et son absolutisme


La première partie du roman — avant que Paul et Susan ne s’enfuient à Londres — est délicieuse, car parsemée d’un humour discret. Paul est un adolescent avec quelques idées préconçues qui aime critiquer ses parents ainsi que la petite société qui l’entoure. Son ego et sa fierté se gonflent à l’idée d’être différent, d’avoir un destin unique, envié. Il se moque, s’emporte, se compare ou ignore, toujours avec auto-dérision. 
 

"N’aimerais-tu pas ça, Casey Paul ? Si on pouvait juste disparaître et si personne ne pouvait nous voir ?"
Je ne sais pas dans quelle mesure elle est sérieuse, ou simplement espiègle. Alors je ne sais pas comment réagir. Tourné vers ce lointain passé, je pense que j’étais un garçon à l’esprit très prosaïque ». 


Derrière la forte personnalité d’un Paul auto-centré, le personnage de Susan est un peu effacé. Presque pas décrit, le lecteur fera sa connaissance par petites touches floues et fantasques. Plutôt que de se concentrer sur son caractère, Paul décrit la construction de leur relation amoureuse, celle d’un jeune homme avec une femme de quarante-huit ans, pleine de tabous et de non-dits, mais aussi de joies et de partages. Bien que le jeune homme soit absolu dans son amour pour Susan, c’est le manque de passion ou d’excès, y compris charnelle entre les deux amoureux qui surprend. Mais peut-être est-ce dû à l'âge et aux carcans de Susan. 
 

L’Amour, ses souffrances, ses déceptions


Parce qu’il aime une femme presque cinquantenaire, Paul rencontre très vite les difficultés d’un autre âge de l’amour. Quelques différences sociales, le secret, l’adultère, la violence, les sacrifices, les choix de vie, les expériences et les histoires personnelles, le temps qui passe ou encore le scandale corseté, étouffé par la bienséance de l’époque...

 

[Extrait] La seule histoire de Julian Barnes



Et les obstacles extérieurs n’ont pas les mêmes effets sur Paul et Susan. Si Paul en ressort plus déterminé, Susan sombre dans la boisson. Julian Barnes entame une réflexion sur le cours de l’Amour, dévié par l’alcoolisme, la honte, la culpabilité, le mensonge ou encore les secrets que la maladie entraîne. 

Loin d’être un roman d’apprentissage, La seule histoire ne se passe pas de jugements ou de leçons (ils sont nombreux de la part du narrateur), mais constate doucement le progressif et nécessaire abandon amoureux. 
 

Julian Barnes, Trad. Jean-Pierre Aoustin — La seule histoire — Mercure de France — 9782715247079 — 22,80 €

 

 

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