Dans les méandres du Rio, le choc des civilisations

Mimiche - 02.05.2019

Livre - ferme rio esmeraldas livre - ferme agricole roman - Moritz Thomsen livre


RÉCIT ÉTRANGER - Fin des années 1960. Sur les bords d'un rio au nom évocateur d'Esmeraldas qui va mêler ses eaux, à quelque distance de là, à celles de l'Océan Pacifique qui lèche l’Équateur, Moritz Thomsen est venu rejoindre son ami Ramόn pour honorer la promesse qu'il lui avait faite de créer et exploiter ensemble une ferme agricole.
 
 
Il avait connu Ramόn lors de la mission qu'il avait faite à Rioverde, en Équateur, au sein du Peace Corps américain pendant quatre années, après d'autres années mouvementées notamment comme pilote de guerre pendant le conflit de 39-45 ou comme fermier ruiné par la chute des prix de ses productions porcines dans le Nord de la Californie.
 
Le Peace Corps était un corps de volontaires créé par Kennedy en vue de contribuer à la coopération américaine dans les Pays en Voie de Développement. Autrement dit, pour expliquer aux autochtones comment se mettre à vivre comme des nord-américains.
 
Les relations amicales alors nouées avec Ramόn l'avaient donc conduit à revenir en Équateur, pauvre de sa faillite porcine mais riche de l’héritage reçu au décès de son père avec lequel il avait pourtant eu des relations déplorables.
 
Son pactole allait lui permettre de prolonger cette œuvre civilisatrice entamée avec le Peace Corps en fournissant du travail aux populations locales dans un esprit bien différent de celui des propriétaires terriens locaux qui n'avaient d'autre précepte que l'enrichissement à tous prix, y compris celui de traiter la main d’œuvre quasi comme des esclaves mal payés, mal considérés et n'ayant donc aucune perspective d'améliorer leurs conditions de vie.
 
Ce livre est le récit de cette expérience de quatre années passées dans cette ferme sur les bords du rio Esmeraldas.
 
Ce récit, intéressant en ce qu'il est un véritable dépaysement et une découverte d'une expérience étonnante, n'a pas, à mes yeux, tenu le rythme jusqu’au bout de ses quatre cent cinquante pages.
 
De fait, le constat qui y est presque rabâché, est celui d'un choc de civilisations entre les descendants noirs installés dans ce pays et un blanc venu des États-Unis faire œuvre civilisatrice.
 
Dès le départ (et les anecdotes, répétitives, qui émaillent le livre en sont le témoignage), il est quasi certain que l'expérience est vouée inexorablement à l'échec tant les conceptions des uns et des autres sont éloignées. Tant le modèle importé par l'un est si peu compatible avec la vision et la vie dans l'immédiateté des choses des autres. Tant les notions de temps, d'argent, de travail, de parole, de futur, de propriété, … sont situées aux antipodes. Malgré le choix de vivre dans une « pauvreté décente » afin de ne pas choquer ses interlocuteurs.
 
Ce constat, l'auteur le fait dès les premières pages quand il avoue être « encore corseté par cette morale puritaine qui (le) contraint à trancher entre le bien et le mal ». Quand il constate que « Ramόn est […] un homme beaucoup plus heureux » que lui, car il « rêve d'un futur splendide » mais « prend le plus grand plaisir à vivre un présent qui […] n'a rien d'extraordinaire ». Quand, plus loin, il écrit que « dans cette ferme, il valait mieux ne pas conserver les critères de la classe moyenne nord-américaine » et donc oublier « le mépris […] toujours entretenu à l'égard du voleur, du lèche-cul, du menteur (ou) du travailleur vagabond(...) ».
 
Tous les déboires qui en découlent sont toujours les mêmes, aux variantes près des protagonistes : vols, extorsions d'argent ou de parts de récolte, mensonges, boissons, maltraitance des femmes, amours volages, … Leur répétition fait perdre beaucoup au récit, l'alourdit, en totale opposition avec la fraîcheur, la vivacité et la nouveauté des premières pages.
 
La conclusion, dans un Post Scriptum douloureux qui tarde à venir, est inéluctable dès lors qu'il est énoncé un dicton gringo : « Si tu veux partir de l’Équateur avec une petite fortune, commence par arriver avec une grosse !!! »...
 
J'ai donc eu beaucoup de mal à voir dans ce récit la marque de « l'un des plus grands écrivains américains » comme le considère le San Francisco Chronicle.


Moritz Thomsen, trad. anglais (États-Unis) par Gérard Henri - Libretto - 9782369144588  - 11,80 €


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.

Pour approfondir

Editeur : Libretto
Genre :
Total pages : 560
Traducteur :
ISBN : 9782369144588

La ferme sur le rio esmeraldas

de Moritz Thomsen(Auteur) Gérard Henri(Traducteur)

Un Américain de l'espèce marginale - l'auteur - peu doué pour le profit et pétri d'idées généreuses, fonde une ferme à la lisière de la jungle équatorienne dans l'intention d'aider les paysans de là-bas à se " prendre en main ". Mais les gens de là-bas, qui malgré leur misère extrême se méfient de ceux qui ont la prétention de les aider, ont de tout autres idées que les siennes sur ce que doit être la gestion d'une ferme, et la gestion de la vie en général. Ils s'emploient à le piller avec beaucoup d'entrain, pendant

J'achète ce livre grand format à €