Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Danse avec Nathan Golshem, Lutz Bassmann

Clément Solym - 26.01.2012

Livre - Roman - Verdier - Lutz Bassmann


J'ignorais tout de l'auteur, tout du genre littéraire de ce livre avant de l'ouvrir. Seule la quatrième de couverture avait retenu mon attention et suscité une envie de lecture. Le résultat est assez étonnant, déroutant mais au final, une expérience nouvelle troublante, presque envoûtante, initiatrice et certainement privilégiée lorsqu'il s'agit d'une première découverte de ce que l'on appelle le « post exotisme ».


Aussi cette chronique a-t-elle a été rédigée avec innocence et spontanéité, sans mise en garde préalable ni pré-requis littéraires. En toute sincérité,  elle est l'expression d'un flot d'émotions ni escomptées ni agréées et d'un étonnement face à un livre plutôt inattendu.


Les premières pages me jettent d'emblée dans un univers complètement étranger à mon imaginaire. « Des forêts cendreuses, des métropoles fantômes, un décor de fin de vie ». Je relis aussitôt le dos du livre. Me serais-je trompé ? Aurais-je mal lu, mal compris ? Mes émotions m'auraient-elles mal orientée ? Où suis-je ? Est-ce vraiment un roman de science-fiction, d'anticipation ? Je ne saurais dire mais je suis absolument déroutée.


L'histoire semble se passer dans un futur éloigné ou hors de notre temps. Les repères spatiaux sont tout aussi flous et traduisent une ambiance de désolation, d'Apocalypse, d'après-guerre, de chaos. Un lieu de souffrance, où certains êtres vivent sous terre, dans la crasse et les décombres. Une absence de repères qui décontenance, crée un certain malaise, ne rassure pas la lectrice que je suis. Et pourtant, il y a je ne sais quoi qui me pousse à continuer.


Plus que la curiosité, l'écriture me guide, les mots m'attachent à l'histoire et les personnages prennent alors vie autour de moi, dans ce milieu incertain et glauque, sombre et délabré et illuminent l'espace. Il est désormais impossible de les quitter si vite et les courts chapitres  qui les révèlent, racontent leur combat, leurs souffrance, leur résistance, leur engagement,  tout empreints d'images poétiques, de mélopées ensorcelantes et d'exaltation me font vibrer et même vaciller, doucement ébranlée.

 

Parfois, je m'égare dans le texte qui fourmille de symboles, de néologismes, de prénoms à consonance russe, de listes interminables de maladies (vertige tibial, tournille de poche, narcomucose, cormalite… ) ou de chefs d'inculpation (lavage de cerveau avec produits interdits, stupeur exagérée, discours intra-utérin, récolte d'anannas en zone de combat…) et ne prétend pas pouvoir expliquer tout ce que je lis mais je suis emportée par la musique des mots, adhère au combat révolutionnaire des indigents contre les riches, « les responsables du malheur qui se prélassaient ou se terraient au bord de l'eau, dans des appartements blindés ou des villas luxueuses […] les politiciens qui avait ordonné des pogroms. Les trafiquants de chair humaine. Les prêteurs sur gage. Les officiers et sous-officiers tortionnaires. Les gens qui fournissent l'armée en enfants-soldats. » 


Je respecte ce peuple enfermé dans des centres de rééducation qui ne s'avilit jamais et lutte jusqu'à la mort, « sans perdre complètement la raison, ou au moins sans être chaotiquement fou de douleur. » J'entre dans la danse qu'exécute  Djennifer Goranitzé, chaque année, pour communiquer avec son mari défunt, Nathan Golshem et suis portée alors moi-même hors du temps, hors de ma réalité,  comme en décalage. Presque en transe.


Peu importe, au final, que l'écrivain puisse s'appeler aussi Antoine Volodine et appartenir à une pratique littéraire d'avant-garde. J'ai découvert une œuvre poétique innovante, une écriture subtile et surprenante. Une expérience de lecture décidemment réjouissante et hautement recommandable,  que l'on soit lecteur initié ou non. La preuve !