Das System, Karl Olsberg

Clément Solym - 19.08.2009

Livre - Das - System - Karl


Mark Helius sait qu’il est en train de jouer gros face aux membres du Conseil d’Administration de la petite merveille d’entreprise d’informatique qu’il dirige. Il sait aussi que, dans ces situations, il est excellent, qu’il sait trouver les bons mots et les bons arguments pour finalement faire pencher la balance du bon côté. Comme il sait que Ludger Hamacher, son co-équipier, celui qui a apporté toutes les connaissances informatiques quand ils se sont associés pour créer Distributing Intelligence A.G., trouve toujours les bonnes solutions aux problèmes informatiques quand il s’en présente.

Alors, c’est avec, certes, un peu de stress (car l’argent manque pour poursuivre les développements en cours) mais avec beaucoup d’assurance tout de même qu’il se lance dans la présentation de DINA, leur nouveau logiciel destiné à devenir un interface de grande envergure autorisant des communications simplifiées, des capacités de calcul faramineuses et optimisant d’une manière phénoménale les ressources du net.

Or, rapidement, alors que DINA avait commencé à donner à l’auditoire, avec son simulateur vocal, quelques aperçus de ses immenses capacités, Mark se rend compte des erreurs grossières que DINA se met à proférer au point de rendre inévitable l’issue de la présentation qui devient un monstrueux échec.

Avec toutes les conséquences pour lui et pour DI. Une terrible déconvenue qui aboutit, une fois les membres du Conseil d’Administration partis, à une sévère discussion avec Ludger qui avait assuré et confirmé la mise au point technique du logiciel. Un désastre avec, en toile de fond, la perte de son boulot et de son entreprise.

Pendant ce temps, dans la station spatiale, en orbite autour de la Terre, des astronautes se débattent avec des problèmes majeurs liés à l’ordinateur de bord qui ne maîtrise plus les systèmes de régulation de température et « plante » régulièrement.

Lorsque, le lendemain, Mark Helius arrive au bureau où Mary Andresen, la Directrice Financière, lui annonce la mort violente de Ludger, les policiers, déjà sur place pour les premières constatations d’usage, ont bien vite le sentiment d’être en présence d’un témoin suspect disposant non seulement d’un mobile évident mais aussi d’un alibi inexistant.

Bon, là, je vous ai raconté vite fait les quinze-vingt premières pages. Ensuite, c’est un peu difficile de vous en dire plus sans dévoiler la trame de fond de ce polar d’enfer. En ce qui me concerne, je suis rentré dans ce bouquin sans y prendre garde et il était fort tard, la maison était totalement endormie, lorsque je l’ai finalement lâché, incapable d’aller me coucher avant d’avoir tourné la dernière page.La vision de l’avenir que nous propose Karl OLSBERG dans le final n’est pas la plus optimiste qui soit. En tous cas, elle rejoint, parmi les fantasmagories imaginées par les meilleurs auteurs de science-fiction, les perspectives du Big Brother d’Orwell en y ajoutant une touche de modernité que les évolutions fantastiques de l’informatique permettent d’imaginer plus extraordinaires encore tous les jours.

Au delà du thriller, dans la plus pure veine des ouvrages de science-fiction dont je me suis gavé des années durant, il y a un chapitre (le 61ème : il y en a 99 au total qui permettent à diverses histoires de se dessiner en pointillés derrière la trame principale en étant cependant toujours liée à celle-ci) diablement préoccupant.

Une analyse froide, digne d’un laboratoire de recherche fondamentale, de l’évolution de notre espèce (cette évolution qui progressivement, par adaptations lentes et continues trasnforme la Vie sur Terre, dont il se pourrait bien qu’elle « nous utilise, que nous le voulions ou pas ») envoie valser quelques certitudes quant à notre degré de maîtrise de notre avenir collectif. Et même, bien avant notre avenir, notre quotidien, nos actes de tous les jours ! Nous aurions atteint un tel niveau de déterminisme qu’il ne serait pas plus possible à un « fabricant de chocolat » de « décider de ne plus en produire » qu’à une « abeille » de « décider de ne plus tomber dans le piège des fleurs » !

Les niveaux de dépendance aux évolutions que nous avons créées est tel que l’alternative de nous y soustraire n’existe plus. La vision « extraterrestre », par ce professeur de mathématiques, de la relation entre l’homme et la voiture est tout simplement effrayante de réalisme, de perspicacité et de vraisemblance. Mais tout cela, c’est pour ne pas vous parler plus du scénario diabolique que je vous laisse découvrir par vous même.

Entre polar et science-fiction, Karl OLSBERG devrait vous permettre de passer, vous aussi, une nuit blanche de lecture et des tas d’autres nuits blanches à vous interroger sur le futur qui se dessine à notre porte.



 

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