David Markson, Arrêter d'écrire

Clément Solym - 11.12.2007

Livre - David- - Markson - Arreter


Arrêter d’écrire, vaste programme ! Lassé d’un train-train de personnages, d’un fatras de repères spatio-temporels et d’indicateurs – toujours des balances, ces indics ’ – prise de parole, pour résumé, lassé de tout, « Écrivain est très tenté d’arrêter d’écrire ». Il se l’avoue à lui-même, et prend soin de nous le confier aussi. Mais voilà, on n’arrête pas un vice, quel que soit le désagrément qu’il nous cause, comme l’on coupe l’arrivée d’eau du robinet.

Aussi Écrivain se fait des réflexions. Elles portent sur des références historiques (« Jésus n’urinait ni ne déféquait, dit Valentinius »), ou encore établissent une chronique de mille et un décès d’artistes (« Prokofiev est mort le même jour que Staline », « Béla Bàrtok est mort de le la leucémie »), certaines sont originales, voire farfelues (« Rousseau était catégoriquement convaincu de l’existence des vampires »)…

Bref Écrivain se fait des réflexions, qu’il entrecoupe de pensées jaillies de cette tentation d’arrêter d’écrire : « Un roman sans la moindre indication d’une intrigue quelconque, voilà ce qu’aimerait inventer Écrivain ». Ou à l’occasion il nous parle de son état de santé : « Écrivain a effectivement des migraines » ou « Écrivain a également mal au dos ».

Écrivain, donc, fidèle à l’exergue de Swift, fait « une expérience très répandue chez les auteurs modernes : écrire sur rien ». Et de ce point de vue, personne ne pourra accuser d’avoir été trompé sur la marchandise. Si le flot de paroles, dont bon nombre restera des assertions invérifiables – mais n’est-ce pas la le jeu ? – nous plonge dans un bouillon culturel de petites histoires que l’on devrait savoir par cœur, on n’en est pas plus avancé pour autant.

Effectivement, le plaisant des anecdotes et leur piquant ne manque pas de faire sourire, ou d’intriguer (« Dis chérie, tu savais que Montaigne ne savait pas nager ? », ai-je moi-même demandé, et ce n’est qu’un exemple), on en vient à se demander s’il faut saluer l’érudit, le concept ou le lecteur qui continue de tourner les pages… Car à mesure du mmmh… le terme récit n’est pas vraiment adapté, disons, au fil des phrases, les intrusions de la vie d’Écrivain, comme pour rappeler qu’il est humain, a une famille ou encore sait tailler des trucs à son enfant avec un couteau se multiplient.

Alors, dans l’idée, les juges mettraient plutôt une bonne note, parce que, oui, notre culture en prend pour son grade. D’autant qu’on ne lui reprochera pas d’avoir pillé les idées d’autrui pour se les approprier, dans une simple compilation de citations choisies. Cette encyclopédie des « curiosités culturelles » ne manquera pas de trouver son lectorat.

On en sourit généralement, amusé par cette surabondance de possibilités, et de sentences tirées du passé. On en sourit, et on le sortirait presque en public pour raconter telle ou telle bizarrerie qu'on y a découvert.

De temps en temps, je l’ouvre encore. Mais pas trop. Comme le chocolat durant les fêtes, en abuser rend malade. Au fait le titre original est This is not a novel... Le clin d'oeil n'échappera à personne, et moins encore à Magritte, et remettra une couche d'humour sur un livre à ne pas vraiment prendre au sérieux !