De Charlotte à Clara, un lien symphonique

Félicia-France Doumayrenc - 24.03.2015

Livre - chambre turque - Maroc Paris - échoppe anticuités


Le roman de Sapho La Chambre turque s'ouvre par un cahier de couleur « sang de gazelle » acheté par le narrateur Artur au Maroc. Fasciné par cette femme Charlotte de Montmorin et par son journal daté de 1922 qu'il décrit comme un trésor et dont les écrits s'arrêtent brusquement, il est hanté tant par les mots lus que par la femme dont il tombe amoureux.

 

Quittant le Maroc, il devient hôte résident à la villa Médicis, où il lui est affecté la chambre turque dont l'architecture qui date du début du vingtième siècle le ramène, nécessairement à Charlotte.

 

 Il voit comme un signe l'attribution de cette chambre qui porte le nom d'un tableau de Balthus dont le modèle du peintre Setsuko Ideta était devenu la femme.

 

Dans chaque ruelle de Rome, il ne peut s'empêcher de la chercher comme halluciné et la rencontre hasard, mais qui n'est évidemment pas un hasard si ce n'est objectif avec Clara qu'il voit comme le sosie de Charlotte fait basculer sa vie.

 

De qui tombe-t-il amoureux de la femme du passé ? Ou de celle présente avec laquelle il entretient une liaison compliquée puisque celle-ci n'est pas libre, compagne d'un banquier suisse Ernst.

 

Mais Clara malgré une correspondance trouble n'est pas Charlotte même si, dans une espèce d'ivresse amoureuse, Artur se plaît à les confondre.

 

Dans Rome, les amants dont les corps se lient dans la chambre turque « carrée comme un patio » apprennent à se connaître.

 

Clara Beaumont n'est pas la jeune femme de l'autre siècle même si Artur, par instant, se trompant de prénom, se perd dans des fils imaginaires.

 

De retour à Paris où il est rejoint par Clara, il tombe sur son petit carnet de notes Rhodia, bien loin du journal de Charlotte, puisque ce carnet est fait de notes sur des informations bancaires. Mais Artur est amoureux du sosie de la femme du passé et cet amour nourrit son écriture.

 

Le roman de Sapho, qui est comme une mélodie d'Oum Kalsoum nous entraîne dans un univers où le présent devient passé, où les mots d'Artur se superposent avec ceux de Charlotte.

 

Livre magique où l'écrivaine et chanteuse se fait un clin d'œil malicieux en se décrivant ainsi « une certaine Sapho qui détonne par sa tenue famille Adams… » est un roman fort, extrêmement bien écrit et construit.

 


 

 

Ce n'est pas un livre qu'il faut raconter, il n'est pas nécessaire d'en dire plus sur l'intrigue, mais qu'il faut absolument lire.

 

Fondé comme une mélodie, il emporte et nous laisse sur un rivage qui n'est pas un « monde désert ».

Sapho nous emporte du Maroc à Rome, de Rome à Paris, de l'orient vers l'occident.


Livre solaire, il nous permet de deviner toute la sensibilité artistique de l'auteure. À peine fini, on a envie de le relire, tant il est fouillé, et est un texte à clé. 
Sapho qui a écrit déjà dix livres, nous livre ici son texte le plus abouti, un livre incontournable.