De l'âme russe et de ses démons, voyage en mélancolie

Mimiche - 24.05.2019

Livre - Matthias Enard - Actes Sud Babel - Russie alcool nostalgie


ROMAN FRANCOPHONE - Mathias. Jeanne. Vladimir. Paris. Moscou. Une femme. Deux hommes. Deux villes.
 

Jeanne est partie à Moscou pour apprendre le russe et a laissé Mathias à Paris. Dans le froid de cet immense pays, elle a rencontré Vladimir. Mathias l'a rejointe à Moscou. Deux hommes. Une femme. Un arrangement impossible malgré ou à cause de l'ambivalence des sentiments de tous. Mathias est rentré à Paris par dépit mais aussi pour échapper aux drogues et à l'alcool qui prenaientt trop de place au milieu du trio.
 
Et puis, une nuit, le téléphone a réveillé Mathias. A l'autre bout, Jeanne ne sait que prononcer désespérément le prénom de Vladimir.
 
Alors Mathias a pris l'avion pour rejoindre Moscou afin d'accompagner Vladimir dans son dernier voyage au fin fond de la Sibérie, dans un petit village près de Novossibirsk.
 
 
 
L'épigraphe d'Anton Tchekhov donne le ton : « […] Vous aurez beau chercher, vous ne trouverez rien. Cette fameuse âme russe n'existe pas. Les seules choses tangibles en sont l'alcool, la nostalgie et le goût pour les courses de chevaux [...] » (in La Poste de Tver).
 
Seul additif ajouté par Mathias Enard : les drogues. Dures autant que faire se peut.
 
En un nombre restreint de pages qui donne à ce roman des allures de nouvelle, les relations entre ces trois personnages sont ciselées, décortiquées, étalées dans leur impossible accomplissement.
 
La distance à parcourir (près de quatre mille kilomètres), la lenteur du voyage en train, la monotonie de ces jours de trajet interminables, la solitude de ce qui ressemble à un pèlerinage mémoriel, l’isolement linguistique du voyageur qui ne pratique que de façon marginale le russe, tout concourt à un repli sur soi, à une remémoration des instants partagés et des expériences vécues ensemble ou isolément, à un envahissement progressif par les souvenirs qui emmènent avec eux la nostalgie.
 
Pas « d'âme russe » ? Peut être. Mais Mathias Enard a trouvé le ton pour lui donner une réalité tout au long de ce livre qui ressasse des instants où le bonheur n'arrive pas à trouver sa place, où la crispation des Ego ne laisse aucune chance à la sérénité, où les rivalités empêchent le dialogue, où la jalousie ne dit pas son nom, où l'ambivalence des relations ne trouve à s'exprimer qu'en l'absence de l'autre.
 
Ce très court récit d'un très long voyage est tellement rempli d'Histoire, de poésie, de culture qu'il se lit comme se boit une eau de source pour étancher une grande soif.
 
 
Mathias Enard – L’alcool et la nostalgie – Actes Sud Babel – 9782330006594 – 6 €


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.

Pour approfondir

Editeur : Actes Sud
Genre :
Total pages : 96
Traducteur :
ISBN : 9782330006594

L'alcool et la nostalgie

de Mathias Enard(Auteur)

Réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone de Jeanne qui lui apprend la mort de Vladimir, Mathias part à Moscou pour escorter le corps de son ami jusqu'à son village natal, au fin fond de la Sibérie. Il effectuera le voyage seul à bord du Transsibérien qui relie Moscou à Vladivostok. Quatre mille kilomètres à parcourir à travers une extraordinaire succession de paysages, et autant d'évocations du passé : Jeanne, Mathias et Vladimir, trois personnages perdus, triangle amoureux consumé par la vodka et la drogue. A ces souvenirs se mêlent les lointains échos de la guerre civile menée par Trotski, le spectre des Goulags racontés par Chalamov, les ombres de Dostoïevski, de Gogol mais aussi de Tchekhov, qui prétendait que, face à la mort, il ne reste que l'alcool et la nostalgie.

J'achète ce livre grand format à 6 €