De sacrés petits prodiges, Linda Quilt

Clément Solym - 01.07.2008

Livre - sacres - petits - prodiges


En matière de nouvelles jeunesse, on n’avait pas vraiment fait mieux que les contes de la rue Broca et autres contes de la rue Mouftard. D’ailleurs, adultes comme ados s’étaient emparés de cette série et les nouvelles se succédaient avec bonheur, malice et toujours intelligence. Qui n’a depuis cette lecture, pas entrouvert la porte du placard à balai, en susurrant : « Sorcière, sorcière, prends garde à ton derriè… », mais sans achever la phrase, on ne sait jamais…

Avec 'De sacrés petits prodiges', Linda Quilt nous plonge dans une atmosphère à mi-chemin entre ces fameux contes et un univers presque Alice au pays des merveilles. Que du bon, donc, a priori. Au fil de sept nouvelles, on partage la vie d’enfants, plutôt espiègles ou tout du moins affublés très vite d’une tare insurmontable. Et qui va bien sûr changer complètement leur vie.

Il y a cette petite fille qui crachera des grenouilles pour chaque mensonge proféré. Ou ce garçon qui oublie tout, sans rémission. Et ainsi de suite. Pensons aussi à ces jumelles, candidement baptisées A et B pour ne pas créer de dissension entre elles. Sauf que A va développer un esprit fulgurant et s’avérer être un véritable génie. On se souviendra avec émotion de Wanda Wippletown, qui passa presque toute sa jeunesse à dormir, et finalement le reste de sa vie avec, ou encore, avec amusement, Balthazar, qui, pour obèse qu’il était, n’en pesait pas moins le poids d’une demi-plume d’oie…

Des histoires d’enfance qui se meuvent en affaires d’adultes, en somme et des contes – sûrement pas des fables, comme l’indique la quatrième de couverture – qui nous projettent dans des univers tous liés par la différence et l’apprentissage de ses particularités. L’enfant qui grandit au fil des pages devra affronter le monde des adultes et s’y creuser une place pour exister lui-même. D’un point de vue pédagogique et psychanalytique, le minimum syndical est assuré.

Car, bien sûr, ces saynètes contiennent une part d’enseignement propre au conte et pour avoir expérimenté l’histoire de la petite fille qui crache des crapauds lorsqu’elle profère un mensonge (mais décidément, la thématique était par trop familière pour pouvoir l’apprécier), le traumatisme sur un enfant en bas âge est immédiat : « Tu vois ce qui arrivera si tu mens ? La tante Lynda viendra te jeter un sortilège (vive les mots magiques que les enfants comprennent à peine…) et toi aussi tu cracheras des crapauds ! » Réaction assurée et crise de larmes promise.

Mais enfin, exceptée la satisfaction de notre pouvoir d’adulte sur nos têtes blondes, d’autant plus que le livre s’adresserait plus volontiers à nous : ‘Sept contes à l’usage des parents qui ne se méfient pas de leur progéniture’, lit-on en sous-titre, qu’en tire-t-on ? Pas grand-chose. Ajoutons que l’ensemble de l'écriture, ou probablement est-ce imputable à la traduction, a quelque chose de vieillot, qui manque de dynamisme, d'entrain ou de légèreté. Si chaque récit s'ancre dans une époque assez indéfinissable, bien que l'on s'approche de notre monde moderne plus que du Mésolithique, cela ne suffit pas.

On trouve bien une pointe nuancée d’humour apparemment anglais de çà, de là, pareil à la feuille morte ; on goûte aussi une ou deux histoires distrayantes, plus en tout cas qu’un téléshopping… Mais finalement, bof. Pas grand-chose à se mettre sous l’entendement, si ce n’est, répétons-le, la joie de flanquer la trouille aux enfants de ses amis en leur racontant une des histoires qui vérifieront l’adage : « Les adultes, c’est tous des pourris. »

Et je dis bien, les enfants des autres. Car, un peu à la manière de Desproges, si la pensée que ma progéniture puisse souffrir m’est une douleur insupportable, que celle des autres souffre m’est presque difficile à concevoir.

Passant, passe ton chemin, retourne chez un libraire ou dans la bibliothèque de ton enfance, et remets-toi à lire les contes de la rue Broca.