Décadence et crimes macabres dans les rues de Paris

Nicolas Gary - 29.01.2020

Livre - Affaires rue Rome - poètes enquêtes Paris


ROMAN FRANCOPHONE – À quelques encablures de la gare Saint-Lazare — dont le nom était prédestiné aux plus grands miracles — s’installa en mars 1875 un certain Stéphane Mallarmé, «Prince des poètes», aux dires (apocryphes?) d’Oscar Wilde. Or, si l’on sait la passion de l’enseignant pour la structure poétique, on connaît moins bien son goût pour les choses indicibles. Ou bien…?



 


Exhumer un trésor littéraire n’est pas donné à tout éditeur : pourtant, l’œuvre d’Adorée Floupette, aujourd’hui textuellement ressuscitée (coucou, Monsieur Lazare !) méritait bien que la postérité fit un effort. Cette femme, autrice d’un recueil de poèmes délicieusement décadent, voire déliquescent, a su retenir l’attention d’une maison spécialisée dans les choses fantastiques. Et grand bien lui en prit.

 

Car l’autrice nous a légué un journal de bord, dont le premier semestre de l’année 1891 est ici proposé au lecteur : des récits édifiants, où se retrouve toute la quintessence de la littérature de cette fin du XIXe siècle. Manifestement aux premières loges d’affaires invraisemblables, elle a réuni dans ces pages (400 tout de même : quel admirable sens du récit et de l’orientation !) ses observations portant sur une secrète confrérie.
 

Depuis la colline Montmartre, jusqu’aux sous-sols parisiens, tout porte à croire qu’Adorée Floupette fut une témoin de premier ordre pour narrer ce qui, à n’en point douter, saisira d’effroi le touriste. La capitale, en ces temps, recelaient de mystères en comparaison desquels les romans de Stephen King font office de conte de fées…
 

L’histoire littéraire nous enseigne, parce qu’elle ne retient bien que ce qui l’amuse, cette andouille, que les mardis, la rue de Rome accueillait le Tout-Paris littéraire. Avec Mallarmé en hôte, bien entendu. Ce que les manuels pour élèves de classes préparatoires ne pouvaient en revanche consigner, c’est que le Maître les envoyait tour à tour enquêter sur des tragédies, des invraisemblances, des sorcelleries que seule la décadence de l’époque permettait encore.
 

Ou comment Pierre Louÿs et Alfred Jarry durent, avec le concours d’un poète britannique, recommandé par Wilde, mettre un terme à une forme de maladie tout droit venue des enfers, frappant les jeunes filles prépubères. Par exemple.

 

[Premières pages] Les Affaires du Club de la rue de Rome


C’est que les rues de Paris n’étaient, alors, véritablement pas sûres. Il fallait toute l’insolence et l’empathie de créateurs, et de créatrices, pour traquer le diable dans les ombres de la Capitale. Comment de simples humains, dociles, auraient-ils eu l’audace de plonger vers l’inconnu, pour trouver du nouveau ?


Et du nouveau à glacer les sangs…


Ces Affaires, ici consignées, sont bien plus que les comptes rendus de poètes et écrivains aux imaginations fantasques : Adorée Floupette, adorable narratrice, n’épargne rien au lecteur — ou seulement quand elle estime nécessaire de le préserver. Car, des Pierrots spectraux qui s’évanouissent, de jeunes adolescentes frappées d’un mal terrible, des adorateurs tapis dans les recoins de Vincennes… voilà autant de choses que l’on ne trouve pas dans les livres d’Histoire.


Avec l’ombre mallarméenne planant sur les rues d’un territoire inconnu, où nul autre n’oserait s’aventurer, il fallait bien la folie douce d’un poète, pour guider une troupe de détectives improvisés. Le courage pas plus que la valeur n’attendent le nombre des années : découvrir les textes injustement oubliés d’Adorée Floupette ravira les amateurs de polars et de crimes inénarrables.
 

Le surnaturel constitue que la première marche : la suivante est plus terrifiante encore.

 

Adorée Floupette – Les affaires du Club de la rue de Rome — La Volte — 9782370490865 – 19 €


NdR : Un conseil toutefois à l'éditeur : si les textes d'Adorée sont désormais entrés dans le domaine public, il serait bon de publier l'intégralité de son oeuvre dans les meilleurs délais, que d'autres maisons ne se précipitent pas sur cette mine d'or. 




Commentaires
Je vous rassure le tome 2 est deja en préparation. Si vous voulez en savoir plus, il y a une brève interview de LA Volte là-dessus https://www.actusf.com/detail-d-un-article/les-affaires-du-club-de-la-rue-de-rome-débarquent-aux-éditions-la-volte
Le lien hypertexte "Adorée Floupette" renvoie à une page Wikipedia consacrée à "Adoré Floupette". Quel est le lien entre cette "adorable narratrice" et le pseudonyme de deux auteurs masculins ?
Le roman présenté ici est écrit par plusieurs auteurs, sous le pseudonyme d'Adorée Floupette : ce n'est pas très chrétien, mais amusant, car le chroniqueur a préféré jouer sur cette "tromperie" littéraire, maintenant l'ambiguïté, et de la filer, plutôt que d'évincer le truc dans son billet.

Les quatre auteurs de La Volte derrière ce livre sont Raphaël Eymery, luvan, Léo Henry et Johnny Tchekhova, qui ont repris à leur compte le personnage inventé par Gabriel Vicaire et Henri Beauclair.

Pardon pour le spoiler !
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.