C'est sans doute la tonalité inédite et le style acéré de ce premier roman qui saisissent d'emblée le lecteur et offrent au récit une puissance inattendue. Au plus près d'une réalité, mais en veillant bien à ne jamais la dépasser, l'auteur raconte, à rebours, trois moments de vie de son narrateur.

 

Précis, presque austère, sans effusion aucune, avec une économie de mots, il retrace un séjour en prison, ses années au lycée et un moment de l'enfance, celui où il apprend à monter à vélo.

 

Loin de l'accablement, de la tristesse ou de l'amertume, avec une distance inhabituelle, parfois très proche du récit documentaire, l'histoire s'empare pourtant du lecteur (notamment dans la première partie), le stupéfie par son habileté à rendre compte d'une réalité brutale, mais presque sans violence, à décrire des événements de manière quasi-originelle, sans l'impact d'une quelconque interprétation émotive ou déformante.

 

" Comme à cet endroit l'avenir n'était pas prévu et le présent était émietté, on pouvait seulement passer chaque jour un peu de temps dans le passé, le sien ou celui des autres."

 

Enfermé. Le lecteur est enfermé dans cet univers carcéral, au moment précis où le narrateur franchit la grande porte du bâtiment pénitentiaire. Il est dans sa tête, partage la même peur, la même angoisse, respire difficilement. Ensuite, comme par mimétisme, il absorbe tout, prend les coups, se cogne aux murs, perd le sommeil, obsédé par le bruit des clés, des insultes, de la pluie qui tombe dans la cellule, de la balle de baby-foot, la nuit sur la coursive. Comme lui, il mesure le temps autrement. Occupé à penser quand la télé n'est pas allumée.

 

"Ici, on ne mourait pas de mort naturelle ; ici on vous tuait. La mort ne s'atteignait pas de l'extérieur mais du dedans. Elle était ici avec nous. Toujours."

 

 

Glaçant, hyperréaliste, le texte donne à voir une réalité intolérable de l'intérieur mais tolérée de l'extérieur et le style laconique de l'écriture de Sandro Bonvissuto intensifie subtilement cet état de fait ambivalent et inquiétant. Si dérangeant.

 

"Chacun de nous regardait toujours à travers les yeux de l'autre, comme dans un microscope du doute."

 

D'une tonalité semblable, les années lycée pourraient contenir en elles le fondement d'une déroute, d'un certain déterminisme. Elles sont le récit d'une complicité inévitable et brève mais où le lecteur, cette fois, reste plus éloigné, presque en retrait. Moins convaincu peut-être par la description mécanique de la relation entre les deux adolescents et par certaines digressions philosophiques, causes d'une  légère fluctuation dans la lecture.

 

"Il ne fait pas de doute que la mémoire doit-être alimentée, qu'on oublie ce qu'on ne désire pas se rappeler ; moi, cependant, bien que j'ai toujours désiré oublier ce moment, je n'y suis jamais arrivé. Parce qu'à ce moment-là, j'étais dans un état de réceptivité absolue, j'engrangeais des impressions en haute définition."

 

Le récit de l'enfance comporte de belles images, capte avec justesse des instants précieux d'une vie, scrute en peu de mots mais au plus près les liens maternels et paternels décisifs dans la construction de l'être humain ; est à la limite de bouleverser mais se retient,  toujours inflexible.

 

Pourtant au final, ce livre fascine et trouble. Une fois refermé, inexorablement alors, l'émotion se faufile et vous happe, de manière inattendue et assez prégnante. Loin de l'ordinaire.

 


Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre : litterature...
Total pages : 180
Traducteur : serge quadruppani
ISBN : 9791022601740

Dedans

de Bonvissuto, Sandro

Le narrateur, arrêté, regarde ses empreintes digitales posées devant lui sur une feuille. Il n'en faut pas plus pour qu'on y soit : dedans. L'histoire d'un homme dont la voix saisit sur-le-champ par sa capacité à décrire avec des mots simples et percutants les réalités sociales les plus brutales, les états d'âme les plus nuancés. Un voyage à rebours, qui commence par une interpellation et s'achève le jour où son père lui apprend à monter à vélo. La prison, l'école, la rue : l'auteur raconte la force des amitiés enfantines

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