Démystifier la légende : Spartacus, chef de guerre

Audrey Le Roy - 16.02.2016

Livre - Spartacus esclaves - Rome fuite - histoire rebellion


En 1960, un film de Stanley Kubrick et d’Anthony Mann sortait au cinéma. Son titre? Spartacus avec, dans le rôle principal, Kirk Douglas. Depuis, nous pensons tout connaître de la vie de cet homme qui réussit à former une armée pour combattre l’oppression romaine. Il est devenu l’un des symboles d’une sorte de lutte des classes. Mais qu’en est-il réellement? Quelles étaient les vraies motivations de Spartacus? Abolir l’esclavage? Vraiment? Yann Le Bohec, professeur émérite à l’université Paris IV-Sorbonne, publie chez Tallandier, une biographie, Spartacus, chef de guerre, qui s’applique à démystifier la vie de cet homme.

 

 

 

Le premier travail d’un historien est de recenser les sources qui vont permettre de reconstituer la vie du personnage étudié. Dans le cas de Spartacus, force est de constater que les sources sont rares. Le seul auteur connu, ayant vécu à la période des faits, est Salluste (86-35 av. J.-C.). S’il parla bien de Spartacus dans ses Histoires, rédigées après 39 et dont il n’existe plus que quelques fragments, ce document n’en reste pas moins une source primaire indirecte, car il n’a été « ni acteur ni spectateur » de l’insurrection. Nous retrouvons, également, des références au gladiateur chez Florus (v. 70-v. 140), chez Plutarque (48-125) ou encore chez Appien (90-165), mais tous ont vécu bien après les évènements, leurs écrits sont donc à considérer avec précaution. 

 

Spartacus serait né vers 93 av. J.-C., il est originaire de Thrace (à peu près l’actuelle Bulgarie), c’est un homme libre, issu d’un peuple semi-nomade. 


 « Des pirates et des brigands capturaient des hommes libres, et même des enfants, une proie facile, et il les exposait comme esclaves ; ce fut le cas de Spartacus. » Vers 75 av. J.-C., à environ dix-huit ans, le voilà sur le marché aux esclaves de Rome où il va être vendu comme combattant, direction la caserne de gladiateurs de Capoue. 

 

Physiquement, nous ne savons rien de lui. Nous pouvons, tout de même, aisément supposer qu’il était athlétique. Moralement, il nous est décrit comme étant envahi par un sentiment de vengeance « mais peut-on raisonnablement le lui reprocher ? » Courageux, autoritaire et intelligent semblent-être les autres traits de son caractère. 

Les gladiateurs servaient, à l’origine, à des pratiques funéraires, on se battait pour honorer le défunt. Assez vite le spectacle prit le dessus. Ils pouvaient être des esclaves, comme Spartacus, ou bien des hommes libres qui « étaient attirés par l’appât du gain, par la gloire éphémère que procurait une victoire, par le succès remporté auprès des dames, et pas des moindres, aussi et peut-être surtout par un amour immodéré pour la violence. »

 

 


Spartacus a une vingtaine d’années quand il décide de prendre son destin en main, il est né libre et ne désire pas mourir esclave. Il va réussir à convaincre 70 gladiateurs, sur 200, majoritairement des Gaulois et des Germains, de se rallier à lui. « Les révoltés refusèrent de participer à l’exercice, s’emparèrent d’instruments de cuisine en guise d’armes et ils réussirent à se faire ouvrir une porte de la caserne. Ils savaient que la chasse commencerait très vite, avec des moyens importants, et ils quittèrent la ville. » En route, ils volèrent à des voyageurs de vraies armes, ce qui leur permit de repousser le peu de soldats romains qui se trouvaient sur leur passage et prirent la route du Vésuve. 


Le bruit de l’insurrection se propagea rapidement aux alentours et de nombreux esclaves vinrent grossir le rang des insurgés. 


Ce bruit arriva, également, jusqu’au sénat romain. À cette époque le pouvoir était aux sénateurs « ils disposaient des finances, de la diplomatie et de la guerre… ». Ils ne prirent pas, au début du moins, cette révolte trop au sérieux, déjà parce qu’ils avaient d’autres problèmes autrement plus importants à gérer et puis, aussi, parce qu’il était presque injurieux de donner de l’intérêt à des esclaves, alors considérés comme des sous-hommes. Cependant, il n’était pas question de laisser des rebelles narguer l’autorité romaine. Ainsi dépêcha-t-on sur place, Caïus Claudius Glaber, propréteur, avec 3.000 hommes mal entraînés. 


Pendant ce temps, sur le Vésuve, Spartacus et ses hommes s’étaient organisés, ils pillaient les régions avoisinantes pour se procurer de quoi se nourrir et de quoi combattre. Quand Glaber prit position autour du volcan avec ses troupes, Spartacus, qui était alors à la tête d’une armée, attendit la nuit pour descendre du seul côté où il n’y avait pas de soldats, car la pente était trop escarpée, fit des cordages avec des sarments de vigne, et une fois en bas, avec ses hommes, prit à revers les Romains. Ils les écrasèrent et s’emparèrent des armes. Glaber fut immédiatement remercié par le sénat. 

 

Pendant deux ans, ils allaient piller les villes et villages qu’ils croisaient au nez et à la barbe de Rome, celle-ci n’arrivait pas à les arrêter. On estime que l’armée de Spartacus comptait entre 70.000 et 120.000 hommes (suivant les sources), ça n’est pas très précis, certes, mais retenons simplement qu’il était devenu un vrai chef de guerre. 

Que voulait-il ? En fait c’est très simple, il souhaitait juste rentrer chez lui, de même que tous ses hommes ! Mais pour cela il fallait des bateaux et malheureusement ils n’en trouvèrent pas. Personne, même les pirates, pourtant corruptibles, ne voulait prendre le risque de les aider. « Ils s’arrêtèrent à Rhegium, aujourd’hui Reggio de Calabre, tout au bout de la »’botte »’. » 

 

La Mort de Spartacus par Hermann Vogel, 1888

 


C’est là que Crassus (114-53 av. J.-C.), mandaté par le sénat pour arrêter l’hémorragie, les encercla avec ses soldats. Ils construisirent une fortification qui, composée d’un fossé, puis d’un talus, puis de palissades, « atteignait 15 pieds romains de hauteur, soit 4,44 mètres. En forme d’arc de cercle, elle allait d’un rivage à l’autre, sur une longueur de 300 stades, soit 53,280 kilomètres. C’était un vrai travail de Romains. »  Mais Spartacus n’avait pas dit son dernier mot. En pleine nuit, lui et ses hommes s’attelèrent à combler une partie du fossé, firent tomber la palissade et réussirent à s’enfuirent.

 

Il fallut à Crassus quatre nouvelles batailles pour venir à bout du chef de guerre qui tomba quelque part entre Thurii et Métaponte. Peu d’hommes en réchappèrent et les prisonniers furent crucifiés « tout le long de la voie Appienne, qui reliait Rome à Capoue. On devine que cette route ne fut pas choisie par hasard : le châtiment rappelait que c’étaient les gladiateurs de Capoue qui, les premiers, s’étaient révoltés contre les autorités de Rome. »


Pour approfondir

Editeur : Tallandier
Genre : mythologie /...
Total pages : 224
Traducteur :
ISBN : 9791021017474

Spartacus, chef de guerre

de Yann Le Bohec

Spartacus est un des personnages les plus connus de l'empire Romain, popularisé par le cinéma, la TV et les cours d'histoire. Il illustre la lutte contre l'esclavage et la gladiature. Il illustre des valeurs, comme la liberté, la solidarité, la lutte contre les oppressions. Nous pouvons dire qu'il est devenu un mythe. Le vrai Spartacus était différent. Il sut créer une véritable armée, armée dont il fut un vrai général ; il mit l'Italie à feu et à sang ; il réussit à vaincre de grands généraux et des consuls. Yann Le Bohec a cherché à débarrasser le portrait classique de toutes les idéologies et de tous les sentimentalismes qui l'ont indument idéalisé. Et il a essayé de reprendre le fil des évènements, négligés par le passé. Entre autres nouveautés, il montre que Spartacus ne luttait pas pour abolir l'esclavage et la gladiature, et qu'il se moquait complètement de la liberté et des valeurs qui lui sont associées.

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