Depuis les kwassa-kwassa jusqu'aux abords de Mayotte

Auteur invité - 09.04.2019

Livre - Nathalie Appanah - Tropique violence - Comores Mayotte migrants


ROMAN FRANCOPHONE - Mayotte. Destination rêvée des migrants clandestins venus des Comores voisines à bord des « kwassa-kwassa », ces embarcations rudimentaires, avec l’espoir d’une vie meilleure s’ils parviennent à accoster sur cette île française de l’océan Indien et département français. Alors qu’une adaptation en bande dessinée, par Gaël Henry, vient de sortir chez Sarbacane, retour sur ce poignant récit de Nathacha Appanah.



 
C’est là qu’une jeune femme, clandestine, maman d’un nourrisson, échouera avant d'être conduite à l’hôpital. Persuadée que ses yeux vairons portent malheur, elle va abandonner son bébé et disparaître après l’avoir confié à Marie, une infirmière de la métropole, de garde cette nuit-là.

En mal d’enfant, Marie reçoit ce bébé comme un don inespéré, un miracle et décide de l’adopter. Moïse va être choyé passionnément et exclusivement par Marie et va vivre dans un milieu protégé, privilégié, auprès d’une mère aimante, jusqu’à son adolescence.

C’est à cet âge que Marie décide de lui raconter ses origines, provoquant chez Moïse révolte et colère.

Ce ressentiment aurait peut-être pu être apaisé avec le temps, mais Marie décède brutalement, laissant Moïse à sa rage. Il quitte cette vie protégée en quête de ses racines, rejoint un gang de jeunes clandestins livrés à eux-mêmes et conduits par un chef violent et cruel, et découvre, dans Gaza, un véritable bidonville aux portes de la ville, un monde insoupçonné où règnent la corruption, la violence, la drogue, la misère... Un monde où chacun essaie de survivre. Par tous les moyens possibles.

Ce récit passionnant, bouleversant, raconte la vie des migrants, des clandestins d’une manière générale, mais témoigne surtout de la vie de tous ces jeunes vivant dans un dénuement total, sans espoir. Mayotte et son paradoxe. Île paradisiaque pour certains, enfermement pour d’autres. Et l'on se souvient de la triste sortie d'Emmanuel Macron, en juin 2017, avec une plaisantanterie de très mauvais goût.

Le sujet est grave, il s’agit de mineurs isolés, vivant en bandes, terrorisant les habitants sur un territoire français. « Ils ne sont pas nés ainsi », nous dit Nathacha Appanah à travers la voix de Bruce, le chef du gang que Moïse a rejoint. Leurs parents ont un jour réussi à accoster sur cette île, mais, migrants clandestins, ils ont été refoulés vers leur provenance d’origine. Par désespoir et aussi par amour, ils ont confié alors leur bébé à des membres de leur famille (comorienne) et vivant là depuis toujours. Mais souvent, lorsque ces bébés grandissent, ils deviennent une trop lourde charge et sont alors abandonnés une seconde fois.

Ils n’ont parfois pas d’autre choix que celui de rejoindre le bidonville, de vivre sous le joug d’un chef de gang et de subir les humiliations, viols, prostitutions.

Ces faits réels, Nathacha Appanah, ancienne journaliste, aurait pu en faire un énième article et dénoncer les conditions de vie des clandestins. Mais elle a préféré les rapporter par le biais d’un roman, car, dit-elle, « le romanesque permet une vérité, une sincérité que ne permettent pas les journaux ».

L’originalité du roman réside dans sa construction où l’autrice nous fait découvrir les destins croisés de cinq personnes. La parole est donnée à chacun de ces personnages qui raconteront leur propre histoire en utilisant le « je ». Ce procédé rend leur récit encore plus vivant, plus tragique alors même que certaines de ces voix nous parviennent d’outre-tombe, nous rappelant ainsi le poids des croyances sur cette île où le monde des morts cohabite toujours avec celui des vivants.
 
Ces voix nous atteignent, car elles racontent la violence de leur quotidien. Chacun des personnages témoigne et donne la version de son vécu, qu’il s’agisse d’une infirmière expatriée, d’un humanitaire désenchanté ou d’un chef de gang. Ils sont reliés les uns aux autres, et leur point de convergence s’articule autour de Moïse, dont Bruce dira qu’il a « la peau aussi noire que (la sienne), mais (que ses) paroles sont blanches et fades ».

Ce roman est un témoignage réaliste et révoltant sur Mayotte. On le sent empli de vérité, de sincérité et peut-être de désespoir. On n’en ressort pas indemne, car il est souvent des vérités difficiles à entendre.

 
Marie Do

 
Natacha Appanah - Tropique de la violence - Folio - 9782072764578 - 6.80 €



Commentaires
si comores va mieux, les migrants n'iront pas à mayotte : il faut des hopitaux , des mines , de l'aide humanitaire à comores
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Pour approfondir

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Tropique de la violence

de Nathacha Appanah

Tropique de la violence est une plongée dans l'enfer d'une jeunesse livrée à elle-même sur l'île française de Mayotte, dans l'océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

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