Dernières nouvelles de Sapiens : généalogies métissées

Mimiche - 08.04.2019

Livre - Dernieres nouvelles de sapiens - paleoanthropologie origines humanite - flammarion essai


ESSAI - S'il est un sujet sur lequel on peut considérer que les vérités d'aujourd'hui ne seront pas celles de demain, c'est bien nos origines : Homo, Sapiens de son petit nom, fait bien des mystères pour nous laisser entrevoir son parcours avant de parvenir à ce que nous sommes aujourd'hui.
 

 
 
En premier lieu, on ne sait plus très bien à quel moment il est arrivé, puisque son apparition en Afrique de l'Est il y a environ 200.000 ans est contredite par de récentes datations qui le disent bien plus vieux et surtout beaucoup plus largement disséminé sur tout le continent africain !
 
Quant à sa dispersion hors de l'Afrique, jusqu'à présent évaluée à quelques 80.000 ans, la voilà contredite par des découvertes bien plus anciennes en Chine !
 
Et si on parle de ses métissages, force est de constater que notre susdit Sapiens n'a pas hésité à regarder à droite et à gauche pour vérifier s'il n'y aurait pas quelques gênes disponibles chez d'autres Homo dont il pourrait tirer bénéfice… en se mélangeant !
 
Forte de ces constatations, pour certaines déroutantes tant elles impliquent de reconsidérer d'anciennes certitudes (fort heureusement, n'en déplaise à certains que cela défrise, le point de départ reste l'Afrique...), Silvana Condemi, avec l’assistance de François Sabatier, a pris le soin de nous brosser une mise à jour du tableau actuel des connaissances bousculées.
 
Elle, paléoanthropologue, et lui, journaliste, ont ainsi réussi, malgré un sujet un peu ardu, à écrire en commun un livre assez accessible qui permet à tout un chacun de faire un point d’étape sur un dossier objet de fortes discussions.
 
Point invariant par rapport aux certitudes antérieures, l'essai confirme l’évolution à partir d'un ancêtre commun, primate, qui est descendu de l'arbre pour explorer la steppe dans laquelle il a fini par comprendre que, s'il voulait voir quelque chose au-dessus des herbes hautes, il valait mieux s’accommoder avec la station debout...
 
Ce qui a entraîné d'une part des modifications morphologiques importantes, notamment au niveau du squelette, mais également des variantes nombreuses qui semblent bien avoir conduit, comme Dame Nature sait si bien le faire, à un foisonnement d'espèces aux caractéristiques proches dont nombre a effectivement disparu. Pertes et profits sur le long terme !!!
 
Ce qui me gêne le plus, dans ces présentations d'évolutions multiples et apparemment désordonnées, c'est que les paléoanthropologues semblent n'avoir pas fait « généalogie » en première langue ! En effet, quand on tente d'établir son propre arbre généalogique, sauf adoption (ou errements copulatifs), on établit des filiations dont la ligne matriarcale, au moins, est une certitude.
 
Là, comme je l'avais éprouvé à l'entrée du Musée de la Préhistoire aux Eyzies, en Dordogne, la présentation des « espèces humaines et pré-humaines au cours du temps » (illustration 5, p 23) relève clairement plus de la multiplication des générations spontanées (quasi créationnistes) que d'une filiation véritable – qu'elle soit avérée ou hypothétique.
 
Au-delà de ce coup de sang très personnel, cette lecture reste particulièrement instructive (en attendant une mise à jour qui, à la vitesse où se chamboulent les connaissances, ne devrait pas nécessiter plus de 3 ou 4 années...) notamment quant aux démarches intellectuelles d’analyse utilisées sur les sites de fouilles (et, ensuite, en laboratoire). Et très intéressante pour tenter de nous situer sur notre Planète Bleue.
 
Vous laissant le plaisir de toutes ces découvertes par votre propre lecture, je m’arrêterai sur les conclusions. Si je n'ai aucune compétence pour qualifier celles à caractère scientifique exposées dans l'ouvrage que je prends donc pour argent comptant en attendant, peut-être, de nouveaux revirements, je mets largement en doute les extrapolations plus philosophiques quant à la « sagesse » présumée de Sapiens et au fait que les changements qu'il apporte à la vie sur terre ne seraient « encore que peu évidents ».
 
La foi placée dans le système numérique planétaire et l'usage que nous en ferons méritent tellement de bémols qu'il est encore plus hasardeux de faire des paris sur ce sujet que sur la filiation de Sapiens et de terminer cet ouvrage sur une telle note.
 
 
Silvana Condemi et François Savatier - Dernières nouvelles de Sapiens – Flammarion – 9782081427129 – 12 €


Commentaires
Bonjour, je suis l'un des deux auteurs de ce livre. Je remercie l'auteur(e) de cette critique de notre livre, qui nous fait plaisir en le qualifiant d'accessible.



Toutefois, je ne suis pas d'accord avec un détail de ce qu'il ou elle dit quant à la figure 5, p. 23. Cette figure n'a pour fonction que de poser dans le temps les apparitions dans le registre fossile de diverses espèces préhumaines et humaines. Nous n'avons pas indiqué de liens de filiation entre ces formes, car ces liens de filiation sont inconnus. Si «nous n'avons pas fait «généalogie en première langue», c'est justement bien pour éviter cette approche généalogique, qui n'est que métaphorique.



En effet, si dans une famille, il faut bien seulement deux parents pour produire un rejeton, il en va tout autrement entre espèces. C'est bien la raison pour laquelle, le plus vraisemblable est que les coreproductions d'au moins cinq espèces (Erectus, Heldelbergien -> Néandertal, Denisova et Sapiens) ont produit les Eurasiens d'aujourd'hui, et nous n'avons pas fini de mettre cette complexité en évidence.



Nous avons donc évité de dire du faux en présentant un arbre de famille dans lequel le petit dernier serait le fils à la fois de sa mère et de sa grand-mère, tout en ayant été engendré par un club d'oncles et d'arrière grands oncles, tous chasseurs naturellement… Ce serait absurde, et justement nous avons voulu éviter de dire des choses d'une manière qui cessera d'être vraie.



Alors la notion d'arbre généalogique – ou en termes plus scientifiques – d'arbre phylogénétique n'est pas adaptée pour décrire les interactions entre des espèces apparentées et contemporaines. En paléontologie, quand des millions d'années séparent deux formes de théropodes (dinosaures carnivores), il est possible de poser des arbres qui sont faux à petite échelle (à l'échelle du demi million d'années), mais juste sur l'étendue du Crétacé, car les formes qui y apparaissent se sont succédé et n'ont pas coexisté. Là, nous sommes à petite échelle temporelle (le dernier demi million d'années, ce qui représente seulement 5 secondes géologiques). Néandertal et Sapiens et Dénisova, qui sont trois espèces sœurs, ont coexisté, coévolué et interagi pendant ces 5 secondes, et avant cela leurs ancêtres avaient coexisté avec d'autres espèces (on le sait par les gènes, mais ces espèces sont inconnnues), et se sont mises ensemble pour produire une partie de l'humanité d'aujourd'hui.



Que peut-on dire quand on ne leur a pas tenu la chandelle? Faut-il inventer une généalogie pour couvrir de sombre secrets comme cela se fait dans les familles ou alors plutôt renoncer à la notion de généalogie qui n'a pas de sens entre espèces contemporaines? Il vaut mieux ne rien dire et laisser cela pour le futur de la recherche, mais ce qui est sûr, c'est que pour les dernières centaines de milliers d'années, la notion d'arbre phylogénétique sera remplacée par des notions plus pertinentes telles que flux génétique, érosion génétique, sélection naturelle, etc.



Voilà pourquoi la figure 5 est bien ce qu'elle doit être : juste et ne disant rien de sujet à interprétation.



Merci encore pour votre intérêt et avec les amicales salutations des auteurs.



François SAVATIER
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Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre :
Total pages : 160
Traducteur :
ISBN : 9782081427129

Dernières nouvelles de Sapiens

de Condemi, Silvana ; Savatier, Francois

Homo sapiens est décidément une drôle d'espèce. On le pensait apparu quelque part en Afrique de l'Est il y a 200 000 ans, et voilà qu'on détecte sa présence bien plus tôt, et sur tout le continent. On le croyait sorti de son berceau il y a 80 000 ans, jusqu'à ce qu'on découvre, en Chine, des fossiles beaucoup plus anciens. Pire, ou mieux, comme on voudra : la génétique a montré qu'il y a peu, nous partagions cette planète avec d'autres espèces humaines désormais disparues et avec lesquelles nous nous sommes métissés.

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