Des Chiffres et des litres, Page 99 : Escobar d'immeubles

Clément Solym - 22.05.2012

Livre - football - Stade de France - Saint-Denis


Difficile de faire mieux, question titre, que Les Anges s'habillent en caillera, le précédent livre de Rachid Santaki. Alors que la Coupe du Monde de football 98 se prépare à grands coups de stade construit à la va-vite, l'auteur nous envoie au cœur d'un Saint-Denis où l'herbe se trouve plus dans les rues que sur la pelouse.

 

1998 : Suprême NTM, Taxi 1, et bientôt une Coupe du Monde qui fera croire au black-blanc-beur d'une France multiculturelle. C'est d'ailleurs Dominique Manotti, auteur et universitaire, qui signe la préface de Des Chiffres et des litres : une petite victoire. Des litres… de sueur ?


Peut-être, mais pas en courant derrière le ballon rond, plutôt derrière les ronds tout court. « Hachim est un ado brillant, bon élève, curieux. Passionné de culture Hip Hop, il se destine à une carrière de journaliste spécialisé. Pourtant, les logiques de son quartier, sa situation familiale et son admiration pour Houssine, bosse de Saint-Denis et figure paternelle, lui feront embrasser une autre voie. » Il paraît que même Footix va bicrave de la pure.

 

Page 69 : Ça commence chez les condés, avec le capitaine Neterli, un flic « bad cop » qui se fait passer un savon par son supérieur : « Je vous couvre, mais ma crédibilité est en jeu. Neterli, je vous demande d'arrêter vos dérapages. » Le ton reste conciliant, mais masque mal une bavure du genre bien coulante. Le ton est juste, Neterli défend sa cause avec l'application du flic zélé et un peu flippant.


Petit flash-back, en un paragraphe bien taillé (même s'il est introduit par un regard sur « une vieille photo usée par le temps »…), façon skinhead pas sympa puisqu'il révèle que le représentant de la loi a fait un petit crochet « par un pôle d'extrême droite dirigé par le père du commissaire Gaudier ». Pour finir la page en beauté, Neterli se remet un peu de poudre dans un nez « irrité » : raciste et en poste à Saint-Denis, ça peut effectivement très vite fatiguer.

 

Page 99 : La zouz est michto et la musique d'ambiance : Let Me know d'Aalyah (sic, pas sérieux…), soit l'équivalent d'Unchained Melody pour les gangstas. Heureusement, Hachim rééquilibre le tout, en emballant rapidement pour se poser « sur le même nuage que Sangoku ».


La « violence du bitume » s'éloigne pour mieux revenir et gâcher l'ensemble : « BANG ! BANG ! », l'onomatopée fait beaucoup moins pour l'immersion que les quelques phrases haletantes, raccourcies à outrance, quelques impressions en mode sujet-verbe suffisent pour nous faire découvrir le fameux Houssine, mais aussi l'autre fidèle compagnon d'Hachim, Féroce, un canidé qu'on imagine aisément très affectueux. 

 

L'écriture, pas prétentieuse pour deux sous, capte l'attention comme un hippie en manque la verte, et, malgré quelques maladresses techniques ou narratives, présente bien les protagonistes. Flic ripoux et petits malfrats à l'existence à bout de souffle se croisent en essayant de ne pas vraiment se rencontrer. Quant à Footix, impossible de le croiser, mais on raconte qu'il se fait un fixe.


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