Des loups et des hommes, enquête sur le grand retour

Mimiche - 22.03.2019

Livre - loups hommes cohabitation - alpes italie france - nature sauvegarde


ENQUETE - Juillet 1993. Alors qu'il cueille des champignons dans le vallon des Molières au sein du Parc National du Mercantour, Jacques Audibert tombe par hasard sur le cadavre d'un canidé qui semble bien avoir été victime d'une avalanche.
 

Les restes de l'animal, ramenés dans les locaux du Parc, sont rapidement identifiés comme ceux d'un loup : une confirmation du pressentiment issu d'observations récentes effectuées par les gardes du Parc. Après des années de disparition suite à une éradication forcenée, le loup, en catimini, venu depuis l'Italie, est de retour dans les Alpes.
 
Vingt-cinq ans plus tard, Caroline Audibert prend son bâton de pèlerin et tente une incursion dans le monde mythique de cet animal dont le retour a déclenché un affrontement irréductible entre les pro et les anti, entre les partisans d'une nouvelle éradication et ceux d'une protection totale.
 
Un affrontement qui peine à trouver la voie du Juste Milieu et où les arguments des uns et des autres semblent devenus irréconciliables.
 
 
C'est pourtant cette voie du Juste Milieu que Catherine Audibert a essayé de découvrir et de nous faire découvrir à notre tour en menant une enquête mêlée d'écoute et d'observation sur tous les fronts de ce sujet polémique.
 
Une voie qui ressemble beaucoup à celle explorée déjà par Baptiste Morizot avec son livre Les Diplomates.
  
Une voie qui recherche ce point fragile où doit s'établir un équilibre entre les visions extrêmes, entre les exigences des parties.
 
Nous avons maintenant tellement d'évidences qui montrent combien nos actions, volontaires ou pas, directes ou pas, objectives ou pas, ont eu des conséquences sur la diversité biologique ;  au sein de ce milieu vivant dans lequel nous évoluons, en tout état de cause, une nouvelle disparition du loup n'est plus une option crédible.
 
Force est de constater que nous ne savons pas reprendre à la volée, pour les contrôler, les déséquilibres que nous créons, quand nos efforts pour apporter des remèdes au mal que nous constatons ne sont pas encore pires que le mal lui-même. Les interactions de tous les participants au monde du vivant sont d'une complexité bien plus grande que les modèles que nous tentons de concevoir pour les simuler, et qui restent bien loin de les prendre exhaustivement en compte.
 
Le loup est revenu.
 
Naturellement, confirme-t-elle sur la base des recherches effectuées sur les animaux (et sur leurs traces laissées) qui ont fait l'objet de prélèvements et d'analyses. Ils n'ont pas été ré-introduits. Ils ont trouvé le chemin seuls. Depuis l'Italie. La souche italienne est avérée et la dispersion de ces loups issus des Abruzzes s'effectue dans tous les interstices que nous n'occupons pas (ou plus).
 
A ces endroits de frottements de territoires, le contact est rude et les frictions sont inévitables.
 
Pourtant, ils ne sont plus exceptionnels les bergers qui ont pris la mesure de cette cohabitation et qui franchissent le pas pour trouver les bons moyens de délimitation des territoires pour que le loup entende le message de « territoire interdit ». Comme Baptiste Morizot l'a bien démontré dans son livre où il rapporte les comportements de territorialité que les meutes appliquent les unes par rapport aux autres. Un message parfaitement assimilé et compris par tous les membres de toutes les meutes qui savent ce qu'ils encourent en cas de transgressions.
 
Trouver le bon langage. Trouver la bonne communication.
 
Le retour du loup s'est effectué en catimini et beaucoup restent suspicieux quant à sa possible réintroduction, même si les nombreux suivis, réalisés à ce jour grâce à des animaux munis de balises, montrent la capacité hors du commun de déplacement d'individus isolés, ce qui ne laisse, objectivement, aucun doute sur une dispersion naturelle depuis le foyer italien.
 
Il est difficile, et c'est une réussite de Catherine Audibert dans son livre, de conserver une objectivité dans l'analyse de ce dossier particulièrement sensible, polémique et malheureusement politique : il est tellement facile de mettre de l'huile sur le feu d'un côté comme de l'autre.
 
Elle ne le fait pas ! Elle écoute les uns et les autres et tente une synthèse. Celle du Juste Milieu. Qui n'est pas audible pour et par tous aujourd'hui mais qui est le normal chemin à prendre au regard de notre impact sur notre environnement.
 
En tous cas, ce chemin ne peut être celui de bouleversements dans les chaînes trophiques (dommageables pour l'ensemble des êtres humains au bout du compte) que permettraient l'industrie chimique ou celle de l'armement.
 
Où sont les hirondelles de mon enfance alors que les moustiques m'empêchent aujourd'hui de profiter de mon jardin en été ? Pourquoi les sangliers sont-ils devenus les fléaux de l'agriculture comme les chevreuils le sont des forêts ?
 
Le loup assume une place que rien ni personne n'assure comme lui. Nous devons négocier avec lui le modus vivendi de notre cohabitation.


Caroline Audibert – Des loups et des hommes – Plon, Collection Terre Humaine - 9782259268196 - 24.90

 


Commentaires
Le loup est revenu Naturellement,sur la base des recherches effectuées sur les animaux (et sur leurs traces laissées) qui ont fait l'objet de prélèvements et d'analyses.



Aucun résultat de ces analyses n'a jamais été publié.



Voici les recommandation de la convention de Berne à l'Italie :

2.         De faire respecter l’interdiction de posséder en captivité des individus de toute sous-espèce de Canis lupus et de les libérer dans la nature ;

3.         De poursuivre et d’améliorer le programme de reproduction en captivité actuellement en cours ;



Les loups ne sont donc pas revenu naturellement en Italie comme ailleurs:



Franco Zunino, ancien conservateur du parc National du Grand Paradis, naturaliste, défenseur du loup, président de l'Association Italienne pour le sauvage (A.I.W.), consultant UICN, affirme en 2010 :

« les loups ne proviennent pas des Apennins mais des Alpes, c'est à dire de la souche à partir de laquelle la population s'est constituée après les libérations répétées faites sur le versant français... »

Puis en février 2014, il prévoit :

« un jour ils s'en sortiront en reconnaissant la variété alpine comme une espèce à part (qui, comme par hasard, a déjà des caractéristiques comportementales et des phénotypes différents de ceux des Apennins, mais qui sont niés, pour éviter que ses origines françaises puissent être reconnues !).

Et ce qui devait arriver arriva :

Le plan 2015 pour la sauvegarde du loup en Italie : reconnaît implicitement que la population des Alpes Française, Suisse et Italienne se différencie de la population des Apennins. (p. 7) Elles n'ont aucune connectivité entre elles. (p.11).

Mais alors, d'ou viennent les loups des Alpes?
A propos du loup taxé d’«espèce parapluie», de «clé de voûte de la biodiversité», d’«indicateur de la qualité ou de l’intégrité d’un habitat» et autres idées reçues qu’ils ont inspirées eux-mêmes, les auteurs, constatent ceci : «Les loups ne méritent pas de tels labels. Si ceux-ci ont été de formidables moyens pour déclencher les émotions, obtenir et réunir rapidement des soutiens au rétablissement des loups, il nous faut prendre conscience que ce furent là des raccourcis pour vendre un produit, plutôt que de bonnes bases scientifiques.» et d'ajouter : «Le loup devra être contrôlé partout où il revient. Dans la plupart des cas, le contrôle direct par destruction est habituellement l’unique voie possible.» Behavior, Ecology and Conservation, publié en 2005

De plus si le rôle du loup dans de vastes étendues sauvages peut être important, il en va tout autrement dans les zones d'élevage de pays à forte densité humaine.

Voyons ce que disent aussi Nicolas Lescureux, Docteur en Ethnoécologie du CNRS et John D.C. Linnell, Scientifique favorable aux loups de l'Institut Norvégien pour la Nature: "Dans la mesure où la plupart des études étaient réalisées en Alaska ou dans des zones très peu peuplées, ces animaux ont été associés à la nature sauvage. Des interprétations abusives de résultats scientifiques ont conduit à une propagation de demi-vérités sur le rôle d’espèce ‘clef de voûte’ du loup, et sur ses capacités à s’autoréguler.."
" il est tellement facile de mettre de l'huile sur le feu d'un côté comme de l'autre."

D'un coté des "écologistes" qui ne subiront jamais l'ombre d'une contrainte physique, morale, financière ou psychologique due au retour des loups dans nos zones d'élevage, de l'autre des agriculteurs respectueux de la nature, des animaux et des consommateurs condamnés pour que les citadins reçoivent l'absolution pour leur mode de vie coupé des réalités et de la nature.

Pour que l'activité pastorale soit durable, il faut entre autre, assurer la vente, et le prix juste: " Mais il faut surtout que l'élevage se fassent sans les contraintes insupportables liées aux prédateurs, dans le calme, la sérénité, le respect... Loin de l’agitation des chiens de protections qui nuisent à la tranquillité des animaux. Sans les obligations d'aller et retour vers les parcs de nuits qui favorisent les maladies et la pollution toit en détruisant la flore piétinée. Loin du stress des attaques qui grévent la qualité, contrarient le développement, tarissent les allaitantes, déclenchent des avortements, ruinent les acquis génétiques obtenu pour une parfaite intégration au milieu, causent la dépression chez le berger, participent à l'abandon des terres et finissent par éteindre la vie sociale dans nos campagnes...
"Tout poussait la journaliste Caroline Audibert à remonter la piste du loup parmi les derniers territoires sauvages de l'hexagone."

En réalité il n'y a pas de territoire sauvage en France:

« Les paysages créés par la coévolution de l'élevage et de la végétation ressemblent souvent à des zones sauvages pour les étrangers /alors que/ la disparition des systèmes traditionnels de pâturage tend à s’accompagner de pertes importantes de biodiversité. »

Tous les paysages, réputés naturels ou non, sont le fruit d’une coévolution du travail de la nature et de l’homme ». Le fruit de ce que la nature a permis à l’homme de faire pour la transformer tout en la préservant. Cette complicité a commencé il y a plus de 6500 ans, au Néolithique avec le pastoralisme.



L’alpage est le symbole du pastoralisme et de son emprise sur le milieu alpin. En effet, c’est « Alpage » qui a donné son nom aux Alpes et non le contraire!
L'auteur nous explique : "la dispersion de ces loups issus des Abruzzes s'effectue dans tous les interstices que nous n'occupons pas (ou plus)."

(comme le dit ouragan, les autorités italiennes affirment dans le plan loup 2015 que les loups des alpes n'ont aucune connectivités avec les loups des Apennins (Abruzzes)ndlr)

Puis il nous dit (l'auteur) : "A ces endroits de frottements de territoires, le contact est rude et les frictions sont inévitables."



Mais alors si nous(les ruraux) n'occupons plus (selon les citadins) ces espaces considérés comme sauvage (toujours par les mêmes citadins), comment se fait il que le contact soit si rude?

Tout simplement parce que ces espaces sont nos zones pastorales. Dans les Alpes maritimes qui accueille le Mercantour on recense 870 attaques en 2018 et une baisse des élevages de plus de 20%. Soit plus de 2 attaques par jour! Ou sont ils les bergers qui ont trouvé les bons moyens? question

Voici ce que préconise l'UICN, le WWF et l'Institut Européen pour les grands carnivore (LCIE): Dans les zones occupées par les loups il faut de fortes restrictions à l’élevage. C'est la seule coexistence possible, celle qui existe en Italie ou 60
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Pour approfondir

Editeur : Plon
Genre :
Total pages : 370
Traducteur :
ISBN : 9782259268196

Des loups et des hommes

de Caroline Audibert(Auteur)

Une enfance passée en pleine montagne à rêver des loups, la découverte magique de son père dans une forêt du Mercantour, une sensibilité partagée avec les derniers bergers de l'Alpe... Tout poussait la journaliste Caroline Audibert à remonter la piste du loup parmi les derniers territoires sauvages de l'hexagone. Minutieusement, elle démêle trente ans d'une histoire commune qui rapproche les hommes de cet animal qui se joue des frontières. Le loup n'est plus le héros d'un conte pour enfants. Il fait la Une des journaux

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