Des petites filles modèles... de Romain Slocombe : il fallait oser...

Laurence Biava - 07.06.2016

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Belfond dans sa collection remake propose aux auteurs de puiser dans le patrimoine littéraire une œuvre qui les a marqués et d’en faire le remake. Tout est permis, pourvu que le souvenir de l’original ne soit jamais perdu. Ainsi, Romain Slocombe s’est totalement approprié Les petites filles modèles de la Comtesse de Ségur en réinventant l’histoire originelle et en la prolongeant. 

 

 

 

Ou comment, de rose, celle-ci devient noire, et absolument pervertie, dangereuse, interrogeant les notions de bien et de mal, virant aussi bien fantastique que sadienne.. Trouvant même son inspiration jusque dans des contes macabres, il est peu de dire que l’on bascule dans un autre univers. 

 

« En 1858, la Comtesse de Ségur présente Les Petites Filles modèles comme la suite des Malheurs de Sophie, et ces deux livres figurent depuis lors au cœur du répertoire classique de la littérature française pour la jeunesse. Portraits d’enfants bien nés saisis au moment où ils s’interrogent sur le bien et le mal, tableaux d’un milieu social où ne cesse de se poser la question des normes et des limites, les petites filles doivent y être “modèles” en vertu d’un idéal de comportement. Mais l’atteindre n’est pas si simple ! Et l’on a amplement pointé, au-delà des récits en apparence innocents et inoffensifs de la Comtesse de Ségur, les bourgeons de l’ambiguïté. »

 

Marguerite, Camille et Madeleine ont grandi, on les retrouve à l’âge de la puberté, lorsque la chrysalide est devenue papillon. Dans le récit, leurs mères continuent de veiller au grain, elles sont omniprésentes et tout le récit se concentre sur les relations bilatérales entre les mères et leurs progénitures : Mme de Rosburg emmène Marguerite dans les Pyrénées. Tandis que Mme de Fleurville, veuve d’un officier mort au combat, mère de Madeleine et Camille se prend d’amitié pour Marguerite et sa mère, qu’elle recueille, à la suite d’un accident de voiture.  

 

Mme de Rosburg supporte des fractures, sa guérison est assez longue. Mme de Fleuville donne une éducation libre à ses filles avec lesquelles elle se débat pourtant. Il se produit des égarements épiques, et ce sont des anecdotes croustillantes qui nous sont racontées lors des premiers émois adolescents imprimant leur marque dès le début du récit. Et puis, Madeleine fait une crise d’épilepsie. Et Camille se fait mordre par un chien qui a contracté la rage. 

 

Tandis que Marguerite, aussi douce et sage que mystique, ne supporte pas les diktats de son éducation chrétienne. Elle exorcise son désir coupable et se mutile chaque fois qu’elle se masturbe. Avec Camille, elle découvre l’homosexualité. Madeleine et Camille brandissent alors leur liberté en étendard ; le roman bascule une première fois, tout en restant néanmoins fidèle au premier scénario imaginé par la Comtesse de Ségur. . Les jeunes filles seront perdues dans la forêt, surprises par l’orage, il y a bien le boucher Hurel qui tentera d’abuser d’elles, le château de Fleurville partira en fumée, et il sera également question d’une fugue en Espagne… 

 

Romain Slocombe jubile à nous dévoiler la perversité des unes et des autres. Possédées par les esprits, démonisées, s’égarant et se perdant en remous très troublés, elles semblent prêtes à commettre des choses abominables. Le roman gagne en puissance et en noirceur plongeant de nouveau dans les abîmes de ces histoires à tiroirs qui font le sel des contes vampiriques. Et soudain, l’horreur.

 

C’est un livre passionnant, captivant, superbement écrit, libertaire, désinhibé quant à tout ce qu’il révèle sur le corps, la métamorphose du corps féminin (la peur du sang) et la morale (et son corollaire). Il est traversé par une fantasmagorie toute sadienne – on l’a dit – dans laquelle il puise toute sa genèse, avec sa dose nécessaire et subtile de touches érotiques, évoluant vers la littérature fantastique. 

 

Un excellent roman où les bourgeons de l’ambiguïté ont bel et bien fait éclore des fleurs vénéneuses : où des petites filles modèles révélant et assumant leur part d’ombre ont fécondé des héroïnes immorales. Autrement dit, comment passer du rose au sang noir. Il fallait l’oser. 

 

Romain Slocombe est écrivain, auteur de romans noirs, réalisateur, illustrateur, photographe et artiste. Les petites filles modèles est son dernier roman.


Pour approfondir

Editeur : Belfond
Genre : litterature...
Total pages : 297
Traducteur :
ISBN : 9782714460493

Des petites filles modèles...

de Romain Slocombe (Auteur)

En 1858, la Comtesse de Ségur présente Les Petites Filles modèles comme la suite des Malheurs de Sophie, et ces deux livres figurent depuis lors au coeur du répertoire classique de la littérature française pour la jeunesse. Portraits d'enfants bien nés saisis au moment où ils s'interrogent sur le bien et le mal, tableaux d'un milieu social où ne cesse de se poser la question des normes et des limites, les petites filles doivent y être " modèles " en vertu d'un idéal de comportement. Mais l'atteindre n'est pas si simple

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