Des voyages infinis sans quitter un hall d'aéroport

Clément Solym - 30.08.2012

Livre - Le Japon n'existe pa - Alberto Torres-Blandina - Métailié


Dans cet aéroport, comme dans tous les aéroports, passent des gens qui vont et viennent. Alors que restent au sol la petite serveuse du bar ou le balayeur.

 

Ce dernier, veuf, proche de la retraite, un peu amoureux de Juana, la vendeuse de journaux, chose dont il se défend mollement au prétexte de son âge bientôt vénérable mais qu'il ne cesse de complimenter, passe assidûment son balai entre les voyageurs et deux cigarettes.

 

Pousser le balai devant lui, lui permet d'approcher des gens, de forcer la barrière de leur intimité, de nouer une petite conversation, de parler innocemment, de capter l'attention voire de captiver et de faire parler aussi. Et pour parler, il s'y entend Salvador Fuensanta. 

 

En peu de mots, le voilà déjà en train de vous raconter la vie du petit Eduardo, un écorché vif, éperdu de justice, parti aux Indes pour essayer de trouver une paix qu'il n'était plus capable de trouver au milieu « d'une race d'hypocrites, d'assassins, de pédérastes, de voleurs, de menteurs, de violeurs, d'usuriers, de sadiques, … » capables de « (planifier) une guerre dans un bureau climatisé ».

 

Il s'y entend Salvador pour morigéner celui-là qui ne se rend même pas compte qu'il laisse négligemment son vieux journal sur le fauteuil. Il n'a pas son pareil pour captiver celle-là qui, après qu'il lui aura raconté une de ses histoires pleines de mystérieux secrets, ne s'éventera plus innocemment avec son journal en observant, même distraitement, ses voisins…

 

 

 

 

Salvador, c'est certainement quelqu'un comme on aimerait en rencontrer tous les jours. Même si c'est une rencontre éphémère, improbable, c'est le voyage dans l'imaginaire avant le voyage dans l'avion. C'est un peu l'exorcisme de tous les fantasmes qui peuvent peupler les aéroports, les avions, l'instant totalement unique et instable du transit, du passage en partance...

 

Avec ce balayeur hors du commun et pourtant tellement banal, Alberto TORRES-BLANDINA ouvre ces immenses halls de passage sur toute une vie de sédentaires.

 

Mais des sédentaires qui voyagent par procuration et qui peuvent aller bien plus loin que tous les avions ne pourront jamais emmener leurs passagers. Avec ce balayeur atypique, attachant et profondément humain, Alberto TORRES-BLANDINA jette aussi un œil sur ses congénères, parfois tendre, parfois acéré. Jamais cynique. Toujours compatissant.

 

Je pense qu'après avoir lu ce livre réjouissant et divertissant, vous ne regarderez plus jamais un hall d'aéroport (mais aussi de gare ou de tout autre endroit où vous serez en transit) de la même manière.

 

Sûr que vous aillez tenter d'apercevoir Salvador dans l'espoir qu'il s'approche doucement et que, à vous aussi, à son rythme, il raconte une de ses merveilleuses histoires.