Digital Citizen : enjeux sociétaux d'une citoyenneté numérique

Florent D. - 22.04.2013

Livre - Internet - ère numérique - Esope


Digital Citizen est un livre d'étape : obsolète dans un an, ou six mois peut-être, il témoigne à un instant T de ce que l'environnement numérique a pu apporter, depuis ces dernières années. L'ouvrage ne milite pas - pas dans le sens où il défendrait un parti pris trop amplement favorable à l'ère du 'digital'. En sept points, il présente une vision globale, autant que possible, des mutations opérées par le réseau : c'est la langue d'Ésope renouvelée. Capable du pire et du meilleur. Mais après tout, personne n'a réinventé la roue…

 

Sept chapitres pour couvrir la Toile et ses ramifications, l'exercice ne manque pas d'audace. Culture, vie politique, abolition des frontières, enjeux géopolitiques et géostratégiques, économie, médias, tout est passé en revue avec une approche somme toute objective. Le néophyte y trouvera de quoi entamer une réflexion, qui sera sous-tendue par des recherches indispensables pour approfondir ces thématiques. Le connaisseur grincera probablement des dents, en reprochant la vulgarisation qui s'incline toujours devant le spécialiste. 

 

Or, cette citoyenneté numérique qu'ébauche David Lacombled, ne manque évidemment pas la question du livre dématérialisé. Sur ce point, comme cela se retrouve ailleurs, on ne pourra que sourire de ce que le « directeur délégué à la stratégie des contenus orange » évoque avec autant d'aplomb la pertinence des modèles revendiqués par la société française. Voire, s'offre de citer Christine Albanel, vantant les mérites des solutions Orange, alors même que c'est à elle que l'on doit la poursuite du combat Hadopi… 

 

De même, les données chiffrées manquent de références, permettant de se raccrocher à quelques études complétant les propos avancés. Ça semble manquer de sources, tout bonnement. (on retrouve toutefois des mentions en fin d'ouvrage, auxquelles se référer)

 

Le tiers de confiance en premier lieu

 

« Mon intention était bien de publier un essai grand public sur les enjeux sociétaux du numérique et non un mode d'emploi de l'Internet. Ceci pour répondre à qui y verrait des oublis importants. Vu comme cela, certainement y en-a-t-il d'autres », précise cependant David Lacombled. Et si Christine Albanel est évoquée, et remerciée en fin d'ouvrage, « c'est bien normal. Le projet sur le livre numérique que j'ai initié et que j'orchestre se fait sous son égide. N'a-t-elle pas écrit non plus un rapport sur le livre numérique en 2010 ? » (*)

 

D'autre part, si MO3T et Google Books, en tant que modèles interopérables, ne sont pas nommément cités ils « y ont effectivement leur place ». Et pour rester dans ce domaine, la question du tiers de confiance est éminemment importante, puisque c'est la position adoptée par MO3T. « Le tiers de confiance est un agent neutre. Il permet à chaque acteur de faire son métier. Et le libraire, physique et/ou numérique, y a toute sa place, car il maintient le lien avec le lecteur. »

 

Sur le rôle primordial des libraires, qui a amené à David Lacombled à les solliciter pour le projet MO3T, voilà, selon lui, les devoirs imprescriptibles du livre numérique :

  • Être lisible sur plusieurs terminaux
  • Être pérenne
  • Être accessible (en prix et en technique) et équitable dans la rémunération de ses acteurs
  • Être la réunion d'une communauté (de professionnels, d'éditeurs, d'auteurs, de libraires, de critiques, de lecteurs)

Reste qu'au fil du livre, le lecteur notera le dénominateur commun à certaines professions : le libraire, privé de son rôle de prescripteur, avec le site marchand en ligne ou le journaliste qui est moins à même d'oeuvrer dans le décryptage…

 

Fonction du médiateur et de l'intermédiation

 

L'un comme l'autre semblent les grandes « victimes » de l'ère Internet : face à la multitude d'avis, d'opinions, d'analyses, le journaliste est finalement moins garant d'une capacité d'explication : comment peut-on, seul, être dans le juste quand les réseaux sociaux décortiquent en un temps record, et avec une pluralité de points de vues, les événements ? 

 

Finalement, les intermédiaires-médiateurs ne sont-ils pas les plus directement frappés par l'environnement numérique - et à ce titre, que dire de ce que sera l'enseignant, demain, plus faillible, face à des élèves ultra plus/mieux connectés ? « Je serai plus optimiste sur l'avenir des intermédiaires. Dans un monde où tous les savoirs sont accessibles, où une information chasse l'autre à la vitesse de la lumière, les citoyens auront de plus en plus besoin de repères, de journalistes qui savent aller chercher l'actualité, décrypter, l'analyser, la hiérarchiser, la mettre en scène et en forme. »

 

L'ensemble de l'ouvrage met toutefois en lumière un impératif premier : Internet est avant tout un outil, et à ce titre, il convient d'apprendre à s'en servir, avant de lui accorder une finalité. Ainsi, le meilleur et le pire peuvent advenir : liberté et oppression, information et désinformation, partage et avarice. Ésope aurait sûrement adoré Internet…

 

 

(*) [Note de la Rédaction : le rapport Albanel relevait plus de la compilation des précédents rapports et n'apportait aucun élément important en regard de ce que Bruno Patino avait pu évoquer, dans le rapport remis en janvier 2008. Or, il intervenait également après la mission Zelnik, le rapport Gaymard. On pourra d'ailleurs se référer au poisson d'avril que l'APRIL avait alors publié, en 2010, pour saluer un rapport fictif, qui aurait fait l'apologie de choses qui étaient loin de l'interopérabilité et de l'ouverture.