Divine Justice de Christopher Buckley

Clément Solym - 31.05.2010

Livre - president - politique - budget


Lorsque l’un des neufs juges de la Cour Suprême a commencé à perdre la tête, le Président des États-Unis assez fraîchement élu a dû proposer un successeur -  alors qu'il était déjà pas mal controversé du fait de ses prises de position face aux propositions de loi qui lui sont soumises et auxquelles sa conception de la res publica ne s’accorde pas.

Donald Vanderdamp a donc jeté en pâture aux membres du Congrès un premier nom que le sénateur Dexter Mitchell a réduit en bouillie sur des motifs absolument futiles, mais tellement efficaces que toutes les compétences de ce candidat, pourtant honorable, pesaient comme plumes dans la balance.

Après un deuxième échec, copie conforme du précédent, le Président se devait d’offrir aux pitbulls de la Commission, un candidat trié sur le volet : recherche pour laquelle ses conseillers travaillèrent d'arrache-pied.

Mais c’est en zappant devant sa télévision que la solution lui est apparue ! L’émission de télé-réalité « Salle d’audience numéro six » mettait en scène la juge Cartwright dans des simulacres de jugements. Avec plusieurs atouts majeurs ! D'abord, l’émission faisait un carton terrible et gambadait dans le top cinq des succès d’audimat. Ensuite, la juge Cartwright bénéficiait d’une popularité tout à fait remarquable. Ensuite, et ce n’était pas le moindre de ses intérêts, Peper Cartwright était particulièrement agréable à regarder. Enfin, s’il était encore besoin d’en rajouter, avant d’être une icône télévisuelle, la juge Cartwright s’avérait être effectivement une juriste parfaitement capable et diplômée.

Autant d’arguments qui devraient s’avérer difficiles à combattre pour Dexter Mitchell qui, par ses attaques des poulains du Président, souhaitait surtout déstabiliser ce dernier dont il lorgne la place avec avidité. Autant d’arguments que Buddy Bigsby, le mari de Peper, n’a pas envie d’entendre, car il souhaite tout sauf voir sa vedette lui échapper et avec elle les succès de son émission.

Voilà ! Les éléments sont en place pour une comédie aigre-douce qui va faire trembler sur ses certitudes cette énorme puissance mondiale que sont les États-Unis, prise au piège de la médiatisation des acteurs de la vie politique. L’analogie avec toute situation réelle ou ayant existé outre-Atlantique ou n’importe où ailleurs ne serait, bien évidemment, que fortuite, involontaire, exceptionnelle, le fruit du hasard, etc., etc.…

Oser envoyer dans la plus haute instance judiciaire de ce pays, une petite texane à la langue bien pendue, au caractère particulièrement trempé (même si les expériences difficiles la mettront à mal par moment) et au corps charmant n’est pas le seul intérêt de ce roman que Christopher BUCKLEY nous propose même si rien n’y est vraiment neuf sous le soleil.

Il y a toutes les bassesses qu’on serait en droit de ne pas avoir à subir de la part de tous ces gens qui prétendent œuvrer pour le bien public (que ceux qui se croient visés sachent qu’ils le sont vraiment) : avidité, soif de pouvoir, jalousie, prétention, immodestie… J’en passe et des moins reluisantes.

Il y a l’interpénétration du médiatique par le politique (et réciproquement) au point de faire perdre à l’un sa grandeur potentielle et gagner à l’autre des parts d’audimat tout en enfonçant le clou de la caricature : aucun doute, la télé-réalité emmène de plus en plus haut dans l’échelle du malodorant tous ceux qui s’y frottent (que ceux qui se sentent visés sachent, eux aussi, qu’ils le sont vraiment).

Enfin, il y a des sujets importants que le discours et l’argutie juridique rendent immondes (peut-on réellement donner une suite favorable à la demande d’un malfaiteur qui attaque le fabricant d’une arme au motif que celle-ci s’est enrayée au moment où il a tenté de s’en servir contre un agent de la force publique ?) !

Ne vous laissez pas rebuter par quelques passages un peu obscurs où les acteurs s’envoient à la figure, qui des locutions latines (là, j’ai eu un peu de mal…), qui des références à toute une jurisprudence qui sonne plus vraie que nature (là, il faut reconnaître qu’il y a un travail de recherche, de la part de l’auteur, époustouflant). Ce ne sont qu’épisodes marginaux qui n’enlèvent rien au plaisir global d’un livre dont on peut imaginer combien Christopher BUCKLEY a pu jubiler à l’écrire.

De là à parler de « bousculer le politically correct » comme le suggère la quatrième de couverture, c’est un peu excessif. Car, finalement, à la fin, au bout du compte, tout va pouvoir continuer comme avant !

Cela vous rappelle peut être quelque chose ?

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