Divino Sacrum : un magnifique roman posthume de Franca Maï

La rédaction - 02.11.2016

Livre - Divino Sacrum - Franc Mai - roman posthume


L’année 2016 a vu naître un livre d’amour hors-norme. Chacun sait le peu d’intérêt que je porte pour ce « genre » et pourtant Divino Sacrum est une exception salvatrice. Cet ultime roman de Franca Maï publié par les éditions OVNI est un cri d’amour et d’espérance, mais aussi un coup de scalpel dans le plastique trop aseptisé de la fable amoureuse dont on nous rabat les oreilles à longueur de journée.

 

 

Par Léonel Houssam

 

L’auteur — qui a quitté ce monde en 2012 — nous balance directement dans une lutte folle contre le cancer et ses myriades de dommages collatéraux... Son personnage principal, Malva, nous transporte sans filet dans sa chute vertigineuse dans l’inconnu. Le cancer, cet ennemi puissant, ronge son corps, son esprit, détruit en partie sa féminité. La lutte contre les traitements, contre la maladie, contre la douleur devient sa ligne de vie tout autant que son obstacle à la liberté. Mais très vite, le crabe intègre son existence, avec ses attaques agressives puis ses périodes d’affaiblissement face aux traitements.

 

Malva n’expulse plus ses selles de façon naturelle, elle maigrit beaucoup trop, ne peut se laver durant de longues périodes, elle subit des batteries d’examens perpétuellement, elle est branchée/débranchée, elle perd une partie de sa féminité, de sa liberté de mouvements mais surtout elle doit faire face à l’absence. Malgré une famille très présente lui offrant présence, amour et soutien, la peur de mourir l’assaille sans cesse, mais c’est la peur de voir disparaître son grand Amour qui est la plus forte.  

 

Le roman, avec ce style si direct, maîtrisé, poétique, entraîne le lecteur sur une face obscure de l’amour que l’on tait : la fuite de l’autre, la perte de libido, la réduction de son être à l’état de « souffrant » et non plus d’être aimé à part entière, de femme. Lorsque le crabe perd de sa vitalité, que les effets secondaires des traitements s’amenuisent, que Malva peut enfin se vêtir, goûter à la lumière du soleil, reprendre la marche – même laborieuse — loin des hôpitaux, cliniques et instituts, elle doit faire face à ce compagnon lunatique, qui refuse les contacts physiques, qui ne l’accompagne pas, qui l’évite, qui se noie dans un boulot nécessitant de nombreux déplacements.

 

Malva met ça sous le coup de la lâcheté, puis de la peur, puis d’une perte de désir pour un corps abîmé… Elle est pendue à l’espoir d’une flamme ravivée une fois le pire dépassé. Elle fait pourtant face à être se révélant incapable d’affronter l’horreur avec une immaturité déconcertante. Malva réalise que c’est précisément cette personnalité qui l’avait tant attirée au début de leur histoire. Elle découvrira ce qu’il y a de pire. 

 

Ce roman touchera toute personne qui le lira. Pour moi, c’est un peu spécial, car Franca Maï était mon amie, celle avec qui j’ai beaucoup échangé, sur la vie, la littérature, les luttes contre le système actuel qui écrase nos vies et nos libertés. Elle fut l’une des premières à me soutenir, à me publier. Peu à peu nous avons noué des liens très forts, si forts que lorsqu’elle écrivait ce roman, elle m’en lisait des passages, me demandait conseil par téléphone, me demandait si elle pouvait « aller plus loin ». Elle tenait à ce que ce livre soit le dernier, le plus fort. Elle voulait que ce soit un breuvage pour la vie, pour ceux qui vivaient ce qu’elle endurait, pour ceux qui doutent de l’existence.

 

Franca Maï (crédits Hugo Baud)

 

 

Son personnage Malva tient beaucoup d’elle, sinon totalement. Elle offre une direction et un sens à la vie, elle met en mots les non-dits, ce que notre société veut mettre sous le tapis. Elle révèle la fragilité de l’amour avec un grand A, mais elle réhabilite l’amour familial ou amical. Elle applaudit le personnel soignant, les patients, les voisins de chambre, les visiteurs, les couleurs, les odeurs, la fraîcheur de l’eau et la présence de l’air que l’on respire. Elle rappelle que nous ne sommes que les hôtes d’un corps, que nous sommes de passage et que l’instant, surtout lorsque la douleur s’écarte un peu, est un infini à la portée de chacun.

 

Les éditions OVNI sont les seules à avoir eu le courage de publier ce livre magnifique. Les seules oui. Je ne m’étendrai pas sur les autres qui l’ont refusé lâchement. Je ne les nommerai pas. Je ne dirais qu’une chose : qu’ils changent de métier, car laisser mourir un tel roman dans l’oubli est tout simplement une trahison envers l’auteur talentueux qu’était (et est toujours) Franca Maï, une preuve de cruauté à l’endroit de la littérature, des lecteurs et de l’Humain en général. OVNI a fait un choix magnifique : pour chaque livre acheté, 4 € sont reversés à un institut de recherche contre le cancer. Connaissant Franca, elle aurait été remplie de joie en sachant ça. 

 

Si la littérature a encore un tant soit peu de sens et de force dans notre société ultra-consumériste et dans le déni existentiel permanent, alors Divino Sacrum contribue à la renforcer. 

 

Se procurer le romanPour chaque exemplaire acheté, 4 € seront reversés au premier centre européen de lutte contre le cancer : Gustave Roussy est un centre de soins, de recherche et d’enseignement, qui prend en charge des patients atteints de tout type de cancer.