Dolce Vita, de Simonetta Greggio

Clément Solym - 25.01.2011

Livre - fellini - italie - dolce


Le Prince don Emanuele Valfonda, en cet automne 2010, a fait venir auprès de lui son confesseur. Dans sa magnifique villa de l’île d’Ischia qui, avec Capri de l’autre côté de la baie, semble monter la garde devant Naples, il paraît décidé, non pas à regretter ou amender sa vie de fin de lignée d’une aristocratie italienne richissime, mais à essayer de faire un point de sa vie désordonnée, débridée, de l’après-guerre à nos jours.

Saverio, le fils d’anciens employés de la famille Valfonda, devenu prêtre après une jeunesse probablement agitée, mais dont nous ne ferons qu’entrevoir les arcanes, ne paraît pas goûter cette confession qui donne plus dans l’évocation de souvenirs que dans la contrition.

Et l'on sent bien que, entre ces deux-là, il y a tout un amas de non-dits qui crée entre eux un lien d’une force phénoménale : de l’admiration à la condescendance, de la répulsion à la vénération. Cette litanie de souvenirs s’accroche à la réalité de l’Italie des années soixante à quatre-vingts et fait défiler tout ce qui a fait l’actualité italienne de ces vingt années remuantes.

Ainsi, c’est à la présentation publique du film de Federico Fellini, Dolce Vita, que débute une histoire où seuls don Emanuele, surnommé Malo, et Saverio sont les seuls personnages fictifs.

Défilent devant nous Marcello Mastroianni, Fellini, Pasolini, mais aussi tous les noms qui ont marqué cette Italie de fin de siècle, des Brigades rouges à Aldo Moro, de Berlusconi à Ordine Nuovo, un groupe armé d’extrême droite, de la Loge P2 aux couloirs feutrés du Vatican, des réminiscences de l’ère mussolinienne aux imbrications de la mafia et du pouvoir.

Malo a tout vécu, tout vu, tout côtoyé et son esprit encore vif dans son corps maintenant fatigué peut faire le lien entre tous ces évènements décousus qui, correctement éclairés, prennent un sens !

Certainement est-il nécessaire d’avoir une plus ample connaissance que la mienne (qui est très superficielle de ce point de vue) de cette Histoire récente de l’Italie pour goûter pleinement les divers épisodes historiques qui parsèment le roman de Simonetta GREGGIO. En effet, même si les fils qu’elle assemble progressivement se complètent admirablement pour fabriquer une toile pleine de cohérence, trop de noms ne déclencheront aucune résonance pour qui n’a pas en mémoire les évènements qui leur sont associés.


Frederico Fellini

C’est un peu le reproche, le regret plutôt que l’on peut avoir à l’issue d’une lecture particulièrement attrayante : ne pas recevoir, ne pas avoir la totalité des clefs qui autoriseraient une imprégnation encore plus profonde dans le récit. Peut être faut-il y voir la marque d’une omerta qui, des années après que ces évènements ont eu lieu, garde suffisamment de prégnance pour contraindre encore à une réserve certaine : tout peut être dit mais quand même pas tout…

Quand Malo dit « … les lois se détermin(aient) en fonction de ceux qui en bénéficiaient, les pouvoirs occultes march(aient) main dan la main avec ceux qui nous représentaient », on sent bien qu’il peut ne pas être sans conséquence de vouloir faire toute la lumière sur tout.

On comprend aussi ce que Constance Poniatowski, dans un de ses éditoriaux du Fémina Hebdo de Sud Ouest, pouvait sous-entendre en proposant d’offrir ce livre, pour Noël, à Nicolas Sarkozy : les connivences transalpines pourraient bien ne pas être seulement une spécialité italienne !

Dans une société où le pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir font tellement bon ménage et de manière si ostentatoire face à tous ceux qui n’ont d’autre alternative que de subir, tant l’arrogance et les pressions sont diverses (imagineriez-vous, aujourd’hui, qu’il soit à nouveau possible que la prise de la Bastille et tout ce qui en a découlé, de bien et de moins bien on ne peut pas le nier, puissent à nouveau être envisagés et permettre de renverses les privilèges nouvellement établis et tellement bien protégés ?), il est à la fois fondamentalement heureux que ces réalités puissent continuer à être publiées, mais profondément navrant qu’elles réalités aient encore à être écrites.


La Dolce vita, neuf ou d'occasion

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