Dragon bleu, tigre blanc : l'inspecteur Chen contre la corruption

Xavier S. Thomann - 05.04.2014

Livre - Shanghai - Inspecteur Chen - Corruption


Dragon bleu, tigre blanc est la nouvelle enquête de l'inspecteur Chen. Ce polar de Qiu Xiaolong débute alors que l'incorruptible Chen subit une drôle de promotion. Du jour au lendemain, il doit quitter son poste de « vice-secrétaire du Parti et d'inspecteur principal » pour devenir « directeur de la Commission de réforme juridique de Shanghai ». En apparence, c'est une belle promotion, mais Chen n'est pas dupe. Il a dérangé quelqu'un en haut lieu. Reste à savoir qui. 

 

Il croit pouvoir profiter de quelques jours de répit avant de prendre ses nouvelles fonctions. C'était oublier ses ennemis, bien décidés à le faire tomber. Il échappe de justesse à un coup monté au Paradis Club où il s'est rendu pour dédicacer des exemplaires de sa traduction de T.S. Eliot (car non content de résoudre des crimes, il est aussi un intellectuel passionné de poésie – assurément un policier peu commun).

 

Le temps lui est alors compté. Il réactive ses anciens réseaux, demande de l'aide aux rares personnes dignes de confiance. Il veut devancer les coups de ses adversaires. Peu à peu, c'est un scandale au sommet de la hiérarchie du Parti qui se dessine. Tout cela fait songer à l'affaire Bo Xilai. 

 

Dragon bleu, tigre blanc est un condensé des problèmes de la Chine d'aujourd'hui, celle des grandes villes en particulier. Qiu Xiaolong ne manque jamais de souligner les paradoxes du « socialisme à la chinoise ». « Le système n'a pas de place pour un flic qui place la justice au-dessus des intérêts du Parti », fait-il dire à son inspecteur. Il reproduit fidèlement les conversations pompeuses et creuses entre les membres du Parti, dévoilant ainsi une partie d'échecs où chacun peut perdre sa place et dégringoler vers le bas. Il s'agit de manœuvrer habilement, en prenant soin de ne pas se compromettre. 

 

Du coup, l'enquête menée par Chen prend parfois des accents de polar citoyen ou de roman engagé. Qiu Xialong cherche bien sûr à divertir, mais il cherche aussi à révéler le fonctionnement des arcanes du Parti, les basses tractations qui ne font que trop rarement la une des journaux. Qu'on ne s'y trompe pas, Chen ne remet jamais en cause le régime ; il s'attaque à ceux qui le corrompent, empreint d'une tranquille détermination. C'est un « qingguan », ces fonctionnaires incorruptibles de la Chine ancienne. 

 

La poésie occupe une place importante dans ce thriller politique. Chen et Vieux Chasseur (un flic à la retraite qui l'assiste) parsèment leurs propos de citations de poètes classiques. Comme si la poésie et sa sagesse étaient les derniers remparts de l'intégrité.