Du côté des saules et des fleurs, dans l'ombre des ruelles

Mimiche - 23.10.2019

Livre - roman Japon Geishas - Kafu Picquier - Extrême Orient


ROMAN ETRANGER - Fortuitement, dans les couloirs du Théâtre Impérial où avaient lieu des représentations, alors que les premiers coups de claquoir annonçaient la fin de l'entracte, au pied du grand escalier, Komayo a bien failli butter contre Monsieur Yoshioka. Ils se sont évités au dernier instant et se sont reconnus.
 
 

Komayo est une ancienne geisha qui, après avoir épousé le protecteur qui l’avait rachetée, était partie avec lui en Akita, au nord du Japon. Mais, son époux ayant eu la mauvaise idée de décéder quelques années plus tard seulement, Komayo n’avait pas pu se résoudre à se laisser enterrer vivante dans une ville de province par les membres fortunés de la famille de son défunt mari qui, pas plus que leurs cercles de connaissances, n’avaient aucune considération à son égard. Alors Komayo avait fui et rejoint Tokyo où elle avait repris une activité de geisha dans une maison connue du quartier « des Saules et des Fleurs » un peu moins de dix années après en être partie.
 

Monsieur Yoshioka, lui, est un homme honorable, connu et respecté à Tokyo. Il avait connu Komayo des années avant le mariage de celle-ci, alors qu’il n’était encore qu’un brillant étudiant promis à un bel avenir. Parti en Europe pour y poursuivre ses études, il avait auparavant rompu toute relation avec Komayo et avait été fort troublé de la retrouver tant d’années plus part.

Maintenant cadre éminent dans une grande société, Monsieur Yoshioka entretenait un standing certain dans le quartier « des Saules et des Fleurs », standing qui seyait parfaitement à un Directeur commercial devant forcer l’admiration et le respect de ses interlocuteurs et de ses clients par une pratique et des habitudes au sein des maisons de geishas.
 

Cette rencontre inattendue était, pour l’un comme pour l’autre, un événement important qu’il convenait de considérer comme un signe évidemment favorable pour renouer une relation interrompue.
 

Les quartiers « des Saules et des Fleurs » de Tokyo étaient les quartiers des geishas dans lesquels Nagaï Kafû a puisé, au début du XXe siècle, la matière de nombre de ses ouvrages. Une société qu’il a épiée, observée comme un ethnologue et qui a inspiré son œuvre, qui l’a alimentée.
 

J’avais découvert Nagaï Kafû par la réédition récente de La Saison des Pluies chez Cambourakis dont je vous ai donné, il y a peu, un écho dans les colonnes d’Actualitté. J’ai tant aimé cette lecture que j’ai voulu poursuivre ma découverte de cet auteur et du monde qu’il m’avait dévoilé : des images d’une société que, alors, je ne connaissais pas (et que honnêtement, je ne peux toujours pas considérer connaître vraiment malgré ces quelques intrusions littéraires qui m’auront permis de seulement lever un pan infime sur leur réalité !) !
 

Ce nouvel ouvrage n’a pas dérogé à une qualité d’écriture que j’avais déjà largement appréciée dans mon premier ouvrage lu de cet auteur.


Il a même apporté encore de nouvelles raisons d’en apprécier le fond et la forme avec des pages magnifiques sur la poésie (qui semble avoir eu tant d’impact sur la société japonaise du début du XXe siècle : comme je le disais, je ne connais quasi rien de l’Extrême Orient), sur l’art et le mystère des jardins, sur une certaine communion avec la nature (même si celle-ci se trouve contrôlée, policée, arrangée et n’a plus grand-chose de naturel que le seul développement des végétaux, fut-il si artistiquement mis en valeur), sur l’immuabilité (!!!...) des traditions et de la culture, sur la résistance à l’occidentalisation de la société japonaise (qui semble être une préoccupation profonde et récurrente de l’auteur), sur les conventions sociales, sur l’homme et la femme (même si je dois reconnaître une considération assez largement défaillante et rétrograde à l’égard de ces dernières.
 

Mais le Japon des années 1920 n’a rien à envier, à ce sujet, à bien des sociétés actuelles y compris dans les pays occidentaux, ce qui, bien sûr, n’est pas une justification en soi...), sur les codes vestimentaires et la complexité des vêtements aussi bien masculins que féminins, sur les rites liés aux obsèques ou encore sur les clichés que les anciens peuvent entretenir à l’égard des jeunes générations si disruptives… Et tant d’autres ! Un vrai foisonnement !

Et, cependant, toujours cette retenue, ce caractère paraissant si lisse qu’il en est déroutant : « parler inconsidérément de choses désagréables [peut...] blesser les gens » ! Alors... !
 

Et toujours cette relation si complexe au monde des geishas et de leur raffinement artistique, au monde du sexe (assez débridé il faut le reconnaître) et de l’alcool (qui, lui, coule à flots) !


Décidément, Nagaï Kafû a réussi à m’ensorceler



Nagaï Kafû, trad. japonais Catherine CADOU – Du côté des saules et des fleurs - Picquier Poche – 9782809714043 – 8 €


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Pour approfondir

Editeur : Picquier
Genre : littérature
Total pages : 224
Traducteur :
ISBN : 9782809714043

Du côté des saules et des fleurs

de Kafu Nagai

Roman d'amour et de jalousies compliquées au parfum nostalgique, dans l'intimité des maisons de plaisir : intrigues, jeux érotiques, manoeuvres d'amour et d'argent entre amants et geishas.

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