Du sang sur la Baltique : Et des larmes pour Nora, l'héroïne de Viveca Sten

Cécile Pellerin - 15.12.2014

Livre - Polar suédois - Ile de Sandhman - Voile


Après la Reine de la Baltique (Albin Miche, 2013), Viveca Sten réitère avec un deuxième opus. Même lieu (l'île de Sandhamn située dans l'archipel de Stockholm) et même duo d'enquêteurs, l'inspecteur Thomas Andreasson et son ami Nora Linde, juriste.

 

Assurément le début d'une longue série, à l'instar de Camilla Läckberg. Souhaitons maintenant que cette auteure, aujourd'hui convaincante, ne s'épuise pas en chemin.

 

Ses personnages retiennent, se délivrent et s'étoffent davantage dans ce deuxième volet, deviennent progressivement familiers et proches, évoluent dans une intrigue classique, certes, sans grand rebondissement ni extrême tension mais, malgré tout, intéressante et captivante, vraisemblable, particulière et assez attrayante également, notamment par ses caractéristiques insulaires même si, elle n'a ni la force d'envoûtement, ni l'attraction saisissante des romans de  Johan Theorin ou de Peter May.

 

Ici pas d'intempéries désastreuses, de froid glacial ou d'obscurité éprouvante mais une luminosité et une ambiance estivales caractéristiques d'un bel été suédois balnéaire. Au départ du Tour de Gotland, la plus importante régate du nord de l'Europe, un skipper, Oscar Juliander, avocat renommé et fortuné, vice-président également du club nautique royal KSSS (« vigoureux gaillard fréquentant volontiers la gent féminine ») est assassiné à l'instant même où son bateau prend la tête de la course. Vif émoi chez les spectateurs et les nombreux invités mondains venus assister au départ et nouvelle enquête pour l'unité criminelle de Nacka, à laquelle Nora, en vacances sur l'île, va participer, d'abord par amitié mais avec une grande perspicacité.

 

En désaccord de plus en plus prononcé avec son mari médecin, Henrik, égocentrique et détestable (que le lecteur désapprouve depuis le début de la série, d'ailleurs), insatisfaite de la vie qu'elle mène, frustrée jusque dans son travail ; sa collaboration avec Thomas, lui maintient la tête hors de l'eau, la préserve de l'effondrement et annonce sans trop de mystère, l'amorce d'une prochaine liaison amoureuse (pressentie dès le 1er volet), d'autant plus d'ailleurs, que la relation que Thomas entretient avec sa collègue Carina (fille de son chef) ne leurre ni héros, ni lecteur. Mais à ce propos, et sans révéler un secret quelconque,  l'auteure ne précipite rien. Il faudra être patient.

 

A travers le déroulement très ordinaire de l'enquête, du recueillement des différents témoignages à la constitution d'une liste de suspects, d'une infiltration au cœur de la vie intime et professionnelle de la victime à la découverte d'un milieu aisé vénal, indécent et sans moralité, Thomas avance sans surprise, s'égare peu vers de fausses pistes, renseigne sur les pratiques douteuses d'un certain milieu juridico-financier avec un réalisme assez convaincant et si la fin n'est pas tout à fait celle attendue, si  certains effets de style apportent finalement peu au suspense,  si quelques passages un peu niaiseux agacent, l'histoire et son dénouement restent vraisemblables  sans être étonnants ni renversants et l'intrigue gagne en intensité, à mesure que Nora prend les rênes des  derniers chapitres, en alternance avec Thomas.

 

C'est certain, ce sont les personnages principaux, sympathiques et fragiles, plutôt vivants, le cadre insolite et agréable, les détails de ce quotidien, finalement assez ordinaire et familier, qui font de cette histoire policière un divertissement sans prétention,  contenu dans une unité de temps assez brève (cinq semaines) et cadencé comme il faut pour ne pas ennuyer ni éprouver le lecteur.

 

Un livre consensuel, en définitive.