Du vent dans les plumes ou la liberté de l'absence

Fasseur Barbara - 05.02.2019

Livre - Marie Pavlenko Flammarion - Young adult roman - handicap amputation renaissance


ROMAN YOUNG ADULT - Après Je suis ton soleil, Marie Pavlenko est de retour chez Flammarion avec Un si petit oiseau. L’auteure se risque cette fois-ci à aborder les sujets délicats du handicap et du deuil, mais aussi du passage à l’âge adulte. Loin du pathos, elle y dépeint une tranche de vie pas comme les autres, une sortie d’adolescence plus mouvementée qu’elle n’aurait dû l’être. Alors à vos jumelles, ouvrez grand les yeux pour découvrir Abigail, petit oiseau à qui la vie a coupé une aile.
 
 

C’est l’histoire d’une découverte involontaire, d’un apprentissage forcé. On y découvre Abigail quelques secondes avant son accident pour la retrouver sept mois plus tard, un bras et une vie en moins. La rééducation physique est terminée, mais la réadaptation au monde, elle, ne fait que commencer. Dans un furieux désir de reprendre le contrôle sur un corps qu’elle ne (re)connaît plus, à 20 ans, Abigail doit tout reconstruire et réapprendre, entraînant son entourage dans ses tourments.
 
Chaque geste est nouveau et aucune habitude n’aura résisté au carambolage. Pour Abigail, il faut maintenant apprendre à vivre sans mode d’emploi ni guide, dans un monde que personne autour d’elle ne comprend et où les évidences n’ont pas leur place. La faute à pas de chance, la faute à ces quelques secondes qui ont fait la différence. Alors sans coupable à blâmer, c’est son monde qui prend. Depuis l’accident qui lui a coûté son bras, son avenir et ses projets, Abigail s’isole de tout et de tous. Le silence, le vide prêt à exploser prennent alors le pas, pleins de détresse et de démons, de fantômes et pas uniquement de membre manquant.
 
Et puis les livres arrivent, supplantant de leurs réalités celle à laquelle la jeune femme ne sait s’adapter. Vérité d’un autre temps, récit d’autres combats, Blaise Cendrars trouvera les mots. Par paquets anonymes déposés sur son lit, comme autant de cadeaux muets qui lui parlent plus que tout autre discours, les romans de cet autre manchot deviendront sa nouvelle vérité. Mais au bout des colis, un espoir en forme de jeune homme. Un souvenir du passé à même de devenir un projet pour le futur qu’elle n’oserait imaginer.
 
C’est avec la douceur pudique du souvenir d’une douleur vécue que l’auteur raconte ce destin en forme de fable. Marie Pavlenko semble vouloir passer de l’autre côté pour apprivoiser la réalité d’un drame. Alors, si parfois le bras d’Abi prend moins de place, si certains trouveront à redire sur un entourage trop présent, un environnement trop bienveillant, c’est aussi pour laisser la parole aux autres silences, la place à toutes les absences et à tous les absents, dont l’invisibilité ne diminue pas l’ampleur de la douleur. Comme une morale, l’auteure nous rappelle que l’« on peut avoir mal de tant de façons différentes ».
 
Plus que le récit d’une amputation, Un si petit oiseau résonne comme une ode au vide, à l’étrange présence de l’absence. Car si Abigail a perdu un bras, son entourage lui a perdu une fille, une sœur, une nièce. Amputés émotionnellement, ils doivent eux aussi se reconstruire sans pour autant avoir été brisés. Avec une habileté désarmante, l’auteure module son style, semant les indices d’une reconstruction, comme l’oiseau fait son nid.
 
Marie Pavlenko dépeint un quotidien fragile fait de seconde première fois, empli de colère et de peur jusqu’au retour du courage, de la découverte, mais aussi et avant tout des éclats de rire.
 
« Un an sans bras, un an de souffrance, d’enfer », du cœur de l’hiver froid, sombre et solitaire qui laisse place au renouveau timide du printemps, à la vie qui se refait peu à peu une place entre les lignes, entre les pages et surtout en Abigail.
 
Marie Pavlenko nous invite à voir la vie d’un autre œil, à décrypter le vide. D’un oiseau en cage auquel on aurait raboté les ailes pour qu’il ne puisse s’échapper, s’envoler, Abigail se fera rapace, sauvage et libre. Pour se rappeler et nous rappeler que toutes les douleurs, toutes les amputations ne sont pas visibles et que chacun porte en silence ses absences, ses pertes et ses vides.



Marie Pavlenko - Un si petit oiseau - Flammarion Jeunesse - 9782081443846 - 17,50€

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Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre :
Total pages : 394
Traducteur :
ISBN : 9782081443846

Un si petit oiseau

de Pavlenko, Marie(Auteur)

"Elle ferme les yeux, écoute la nuit, elle sent battre le coeur de la Terre, sous elle, celui des hommes, des arbres, des animaux, ce coeur nocturne qui bat depuis le commencement, qui battra après elle. Elle appartient à ce monde immense. Et son bras, peut-être, alors, est dérisoire."

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