Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé

La rédaction - 04.04.2017

Livre - Écoutez nos défaites Laurent Gaudé - roman Laurent Gaudé - editions Actes Sud


Salue Alexandrie qui s’en va (...) Salue Alexandrie que tu perds ». L’exhortation que lance à travers les siècles Constantin Cavafy à Antoine, vaincu par Octave dans son refuge d’Alexandrie, éclaire le projet ambitieux de Laurent Gaudé : tenter d’approcher ce que sont nos défaites, intimes, politiques, militaires.

 

 

 

La question est brûlante, car dans notre monde insaisissable, qui peut dire où sont les gagnants, où les vaincus ?

 

Et c’est bien autour du prisme du contemporain que Laurent Gaudé compose sa fresque. De Bamako au Kurdistan, de Paris à Beyrouth, de Tripoli au Pakistan, Écoutez nos défaites revient sur les zones de fracture de notre temps. Assem et Mariam, dont l’unique nuit d’amour ouvre le roman, sont des héros fatigués.

 

Lui vient du monde de la guerre, de l’action, de l’urgence, et a douloureusement conscience de l’absence de sens de ses missions. Elle est archéologue et tente, en Irak, en Syrie ou ailleurs, de sauver ce qui peut l’être encore de la rage destructice – « non plus les vies, les destins singuliers, mais ce que l’homme offre au temps, la part de lui qu’il veut sauver du désastre, la part sur laquelle la défaite n’a pas prise, le geste d’éternité ».

 

Assem et Mariem savent l’amertume des défaites mais tentent de perdre avec noblesse. L’un et l’autre considèrent que l’art, la beauté, la poésie préservent de l’anéantissement et permettent de se tenir debout dans un monde affolé.

 

Laurent Gaudé illumine leur histoire, poignante, de pages arrachées à la grande Histoire. Agamemnon qui attend des vents favorables pour faire voile vers Troie, Hannibal aux portes de Rome, Ulysses Grant face aux Confédérés, Hailé Sélassié opposant ses troupes désarmées aux armées mussoliniennes...

 

[Extrait] Écoutez nos défaites de Laurent Gaudé  

 

Autant de destins dont il n’est pas simple de partager les victoires et les défaites. « Écoutez nos défaites, ils le disent ensemble, avec une sorte de douceur et de volupté, écoutez nos défaites, nous n’étions que des hommes, il ne saurait y avoir de victoire, le désir, juste, jusqu’à l’engloutissement, le désir et la douceur du vent chaud sur la peau ».

 

Anouk Delcourt,

Point Virgule (Namur)

 

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