Efface toute trace : pour un street artiste, cinq morts de collectionneurs

Nicolas Gary - 12.11.2020

Livre - François Vallejo roman - collectionneurs art contemporaine - artistes vente oeuvres


POLAR – Dans le milieu de l’art, les carrières se font sur des coups de génie, de buzz, des provocations ou des actes désespérés. Mais si les artistes gardent leur aura de créateurs maudits, parfois victimes de leur art, rares sont les collectionneurs à en mourir. Et François Vallejo nous embarque dans une étrange enquête...



 
Un expert en art est mandaté par un groupe assez mystérieux — baptisé « le consortium de l’angoisse », composé de collectionneurs d’art — pour élucider les meurtres en série de plusieurs riches individus. Tous reliés par une passion commune pour les œuvres. 

On découvre à Hong Kong le premier mort, un Chinois obèse qui flotte dans la baie : il aurait ingurgité un peu trop de sucre. Jamais très recommandé pour un diabétique. Sauf que les taux présentent des mesures anormalement hautes.

Le deuxième a été éparpillé, façon puzzle, un peu partout dans New York, littéralement brûlé à l’acide. Puis, un riche Français, dont le corps découvert dans le bois de Boulogne a manifestement été assassiné à l’aide d’un objet contondant. Un collectionneur suisse est mort dans un téléphérique : une explosion serait la cause du décès. 

Enfin, à Londres, un vieux lord anglais git à côté d’un tableau. Avec cette étrange tache rouge à côté du corps. Qu’a-t-il donc bien pu se dérouler pour que les collectionneurs tombent comme des mouches ?

L’expert remonte alors les pistes et traque les indices : entre deux meurtres, on compte 70 jours, mais cela ne tient pas la route. Le chiffre devient pourtant obsessionnel. En sollicitant les familles des défunts, il tente de recouper les informations : outre leur appétence commune pour l’art contemporain, qu’est-ce qui pouvait connecter ces hommes ?

Il semble bien qu’ils soient tous acheteurs d’une œuvre d’un street artiste et graffeur, devenu une star de l’underground et répondant au nom de jv. Sa cote, au cours des derniers mois, a prodigieusement grimpé — et ne cesse de croître à mesure que les morts s’empilent. Son petit plus ? Chacune de ses œuvres s’accompagne d’un contrat passé avec l’acheteur, qui indique ce qui doit être fait.

Le roman tourne autour de cette enquête, que jv oriente, ou guide peut-être, abondant parfois, ou n’hésitant pas à dire que l’expert se plante. Le tout raconté avec une première personne très engageante. 

Rien n’est dit sur l’art de jv, dont les œuvres sont laissées à l’appréciation du lecteur. Sa spécialité reste la copie de toiles de maître, détournées — que ce soit un détail ajouté, un morceau estompé… Malade depuis l’enfance, soigné à l’hôpital Necker, il passe de rechutes en rémissions et de rémissions en rechutes.

C’est d’ailleurs à l’occasion de la réalisation de la fresque de Keith Haring, en 1987, que jv a senti poindre sa vocation. D’entre tous, les Koonz et Banksy, jv reste amer : les artistes sont guidés par des conditions économiques.

Les amateurs et férus d’art contemporain glisseront sur ce roman qui ne s’appesantit pas sur les trames du marché — finalement traité comme tout commerce en proie à la spéculation, quand les produits sont vendus et recherchés. Après tout, certains achètent pour la plus-value quand d’autres veulent conserver.  

Le livre apporte une réflexion passionnante sur le post-art : la création qui vise la destruction de l’œuvre et impose nécessairement à l’artiste lui-même de disparaître. Loin de l’œuvre qui se préserve ou se contemple, c’est l’éphémérité qui fait l’essence. Ou comment l’anéantissement de l’art devient un principe artistique…


François Vallejo — Efface toute trace — Viviane Hamy — 9791097417970 – 19 €

Dossier : Les romans de la rentrée littéraire : 2020, l'année inédite


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.