Effacée : une jeunesse condamnée à oublier

Cécile Pellerin - 12.09.2013

Livre - dystopie - jeunesse - sécurité


Londres. L'action semble se dérouler dans un avenir proche, autour de 2050.

 

L'héroïne, Kyla, sort de l'hôpital et est accueillie par sa famille, qu'elle ne semble pas connaître. Avec eux, elle doit réapprendre à vivre, retrouver le lycée, se faire des amis. Elle a été « effacée », ne se souvient pas de son passé. Elle a commis des méfaits mais ignore lesquels, ceci pour lui permettre de mieux se reconstruire en quelque sorte. Comme une deuxième chance que semble vouloir lui offrir la société. « Je sais qu'ils ont effacé des synapses et des connexions dans mon cerveau ; tout ce qui formait ma personnalité, mes souvenirs. Ils m'ont fait disparaître parce que j'étais un danger pour moi-même ou la société ».

 

Un appareil, le nivo, greffé sur le bras, qu'elle ne pourra ôter avant d'avoir vingt et un ans, contrôle ses émotions, les régule, la contraint en quelque sorte à éprouver de la joie, du bonheur. « Lorsque nous avons été Effacés, la fonction « heureux caractère » de nos profils psychologiques a été renforcée au maximum. »  En cas de tristesse, de peur ou de désespoir, elle peut perdre connaissance. Aussi apprend-t-elle à gérer son stress, à ne pas éprouver de sentiments intenses (par le chocolat, la course à pied, le ronronnement du chat, la visualisation : s'imaginer être ailleurs ou « aller dans son petit paradis » et dans les cas extrêmes par l'utilisation  de seringues remplies de « Liquide du Pur Bonheur »).  De plus, un Effacé ne peut plus faire de mal à personne, « son cerveau se grillerait tout seul ».

 

Mais Kyla ne réagit pas exactement comme les Effacés ; des cauchemars récurrents semblent vouloir faire resurgir son passé et la laisse pressentir qu'elle n'est peut être pas la délinquante ou la criminelle que son statut d'effacée présuppose.  « Certains jeunes ont beaucoup souffert et le seul moyen  de les rendre utiles à la société, c'est de leur ôter la mémoire de cette souffrance ». Aussi malgré la surveillance constante des  « Lorders », chargés de faire respecter l'ordre et la loi,  Kyla, avec le soutien de son ami Ben, effacé lui aussi, va tenter de comprendre la société ultra-sécuritaire dans laquelle elle vit, fuir la manipulation dont elle se sent victime, se rebeller malgré l'emprise brutale de son nivo sur son existence, s'interroger avec le lecteur pour révéler au final, une société sombre et menaçante, et découvrir un passé chaotique, des manifestations de jeunes violemment réprimées et des expériences scientifiques sur le cerveau, capables de modifier le comportement humain pour garantir une paix sociale et annihiler toute identité personnelle.

 

Un  premier roman très dense, qui ne délivre les informations qu'avec parcimonie, dans une certaine confusion parfois pour maintenir une tension et beaucoup de mystère. C'est certain, l'intrigue retient, pousse le lecteur à tourner les pages sans relâche, le captive avec beaucoup d'émotion, engendre même, par moments, de l'appréhension et un vrai malaise, notamment lorsque les événements semblent proches de notre réalité et non pas issus d'un futur lointain.

 

Les nombreux dialogues offrent au récit un rythme plein de vie et apportent beaucoup de proximité avec les personnages. Le lecteur est au cœur de l'action, découvre en même temps que l'héroïne, le cauchemar qui semble se profiler, sent son souffle se couper, peine à ne pas trembler. Il vibre avec Kyla jusqu'aux dernières pages où là,  une énorme frustration l'envahit brusquement.

 

De fin, il n'y aura pas vraiment.  Comme dans beaucoup de romans « jeunesse » de cette veine, la suite est encore à venir. Quelle déception !