El ultimo lector, David Toscana

Clément Solym - 08.04.2009

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Il y a des contrées où il ne fait pas bon habiter. Icamole est une de celles-là. Ce n’est pas une ville où l’on vient, mais plutôt une de celle qui voit fuir le peu d’âmes qu’elle abrite. Le manque d’eau, la pauvreté en fait un lieu oublié, dont personne ne se préoccupe vraiment. Lucio y tient une bibliothèque, que l’État a cru bon d’ouvrir il y a des années. Avant de se rendre compte de son erreur.

Quel intérêt il y a-t-il à fournir des livres à une population de miséreux comme celle qui vit à Icamole ? Elle-même ne le voit d’ailleurs pas, et préfère à la fréquentation des livres l’adoration d’ une lettre d’amour retrouvée à la fin du siècle dernier sur le corps d’un combattant, devenue la relique sacrée de tout un village.

Seul Lucio trouve un intérêt dans la lecture, quoique son approche soit très personnelle. Ses journées sont passées à trier le stock énorme qui lui a été confié en deux catégories, les « bons » livres et les « mauvais ». Par mauvais, entendre, qui ne lui plaisent pas. Ceux-là sont condamnés à passer à la trappe, littéralement, et à nourrir les cafards dans une fosse.

Quand son fils Remigio vient annoncer à cette âme solitaire qu’il a trouvé un cadavre de petite fille au fond de son puits, Lucio ne s’étonne même pas. Il sait ce qu’il s’est passé. Cette petite fille, il la connaît, c’est Babette, l’héroïne de Babette à Paris. Le livre est quelque part, d’ailleurs. Et de fil en aiguille, Lucio va mener sa propre enquête, à partir des récits dont il dispose. Rejoint, par-delà de toute attente, par la mère de l’enfant disparu, qui voit dans les livres des explications plus crédibles que celles fournies par les gendarmes.

L’atmosphère lourde et étouffante du village suinte de ce livre autant que s’exhalent les mentalités étriquées qui y règnent. Le monde des livres s’avère dans ce roman bien plus exaltant que le monde réel, condamné à chercher des émotions dans le passé ou la fiction. Mais peu à peu, les frontières deviennent de plus en plus floues, tout s’entremêle, et le lecteur se laisse porter.

L’auteur se joue de ces confusions, et invente par cette occasion une pléiade d’auteurs et d’ouvrages, qui semblent si fameux et réels que le lecteur se rappellerait presque en avoir lu quelques-uns… Lire plusieurs livres en un seul, c’est finalement une expérience assez unique que nous offre cet ultimo lector.

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