Électre, l'éternelle damnation de la maison d'Atrée, par Colm Tóibín

Victor De Sepausy - 03.01.2019

Livre - Colm Tóibín mythologie - Maison rumeurs Tóibín - Clytemnestre Iphigénie Electre


ROMAN ÉTRANGER – Le sombre avenir de Clytemnestre et de ses enfants, Oreste et Electre, funeste et maudite dynastie des Atrides, demeure l’un des mythes les plus savoureux. Pour venger la mort de sa fille Hyphigénie, l’épouse d’Agamemnon poursuit l’œuvre de mort de cette famille, assassinant son mari. Jouissive réécriture.
 


La voix de Clytemnestre est dure, puissance, convaincue : revenant sur les événements terribles survenus à Aulis. Sur un fallacieux prétexte, celui de la marier à Achille, Agamemnon fit venir sa fille – ah, Ulysse les bons tuyaux. Mais ce n’est que le sacrifice qui l’attend, dont seule Artémis la sauvera : le couteau du père ne frappera qu’une biche.

C’est qu’il fallait bien partir en guerre, pour récupérer Hélène et s’assurer la victoire. Un argument qui n’atténue que rarement la colère d’une mère…

Avec la complicité de son amant, Egisthe, cette dernière fomente la mort du roi des rois, dès son retour de Troie. La suite est connue : Agamemnon rentre victorieux, la cité est tombée sous les coups de la coalition achéenne. Le roi de Mycènes est accueilli par un bon bain chaud, et se fait trancher le cou.

C’est alors que les événements se précipitent : Oreste kidnappé et réfugié dans une ferme, Clytemnestre haïe par ses enfants, Electre seule et désemparée errant dans les couloirs du palais… Ce n’est qu’une fois les enfants réunis que la mort de leur mère, vengeant celle de leur père, pourra perpétuer la funeste tradition des descendants d’Atrée.

Loin des côtes irlandaises ou des rues de Brooklyn au siècle passé, Colm Tóibín puise dans la tragédie antique des voix qui illustrent notre monde. En ravivant la flamme des épisodes mythologiques, le romancier use avec finesse de ce que ces sagas n’ont pas fini de déverser leur lot de souffrances et d’universalité.

Une époque troublée, où les dieux sont aux abonnés absents, et les humains en proie à leurs pires craintes, il explore — avec son lot d’arrangements et de respects en regard des textes d’Eschyle, de Sophocle ou d’Euripide — sa vision des chroniques du palais. De ces conspirations permanentes résulte une méthodique destruction familiale, nouvellement éclairée.
 
Ce n’est d’ailleurs pas une série de passerelles entre notre monde moderne et le texte antique qui prime. Nous plongeons bel et bien dans une réécriture, où la vengeance motrice agit dans le prolongement inéluctable d’une logique d’atrocités commises. À cette nuance près que la psychologie vient suppléer le fatum, qui nourrit la sauvagerie des crimes, les rendant aveugles et irresponsables.

Ici, les Hommes sont pleinement conscients de leurs crimes, avec une violence étonnante. L’emprisonnement s’y déroule dans les pires conditions imaginables. Ni modernisation inutile ni anachronisme, cette histoire de famille ne revisite rien : le roman nous livre simplement une myriade d’interprétations sur la nature humaine.


Colm Tóibín, trad. Anna Gibson (anglais - Irlande) – La maison des rumeurs – Robert Laffont – 9782221203613 – 21 €


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Pour approfondir

Editeur : Robert Laffont
Genre :
Total pages : 286
Traducteur : anna gibson
ISBN : 9782221203613

Maison des rumeurs

de Colm Tóibín

Après le sacrifice de sa fille, une mère fomente la mise à mort de l'assassin. Enragée, elle crie sa joie de venger son enfant. Puis son fils est enlevé et passe des années en exil où, dans un douloureux monologue intérieur, il revit le meurtre de sa soeur. Au foyer, il ne reste qu'une fille, obsédée jusqu'à la folie par la place démesurée qu'occupent les disparus dans le coeur de leur mère.

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