Elégie pour un américain, Siri Hustvedt

Clément Solym - 05.01.2009

Livre - elegie - pour - amercain


Siri Hustvedt sait écrire, et si c’était là la moindre de ses qualités, elle suffirait à se plonger dans son nouveau roman.

Elle sait raconter une histoire et camper ses personnages : en quelques traits pertinents les protagonistes se déploient, Érik Davidsen, son narrateur, psychanalyste, célibataire, et sa sœur Inga, veuve d’un mari écrivain célèbre et mère d’une jeune fille, Sonia, à la sensibilité à fleur de peau. Il n’en faut pas davantage qu’une lettre d’une inconnue trouvée dans les papiers de feu leur père pour mettre l’intrigue en route ; on veut en savoir plus! Jusque-là tout est réussi.

Mais alors qu’est-ce qui fait qu’on s’essouffle assez vite ?

Le grand mérite de ce livre, c’est de savoir décrire la vie quotidienne des personnages, les rencontres, et surtout l’humanité souffrante des sentiments en berne : deuil de leur père, Lars Davidsen, solitude sentimentale d’Érik, attiré par sa nouvelle locataire, Miranda, déconvenue d’Inga devant les révélations d’une liaison extraconjugale de son ex-mari et d’un probable autre enfant, difficulté à grandir de Sonia, à sortir de l’adolescence, à appartenir à ce monde effrayant, marquée qu’elle est encore par la tragédie des Tours jumelles à laquelle elle a assisté en direct à l’époque.

L’intrigue concernant le passé du père passe alors au second plan, est délayée au fil du récit par petites touches, presque oubliée parce que là finalement n’est pas l’essentiel. Et du coup cette mosaïque d’individualités prend le dessus sans que le livre ait un véritable sujet et Siri Hustvedt pourrait nous parler de toute autre chose qu’on la suivrait, mais qu’au bout du compte on se demanderait pourquoi ? Pourquoi nous raconte-t-elle cela ? Le livre ne va nulle part et pourrait continuer ; il nous offre une belle tranche de vie, des personnages attachants, des intériorités blessées, mais il manque d’un projet qui eût peut-être pu fédérer toutes ces histoires de vie et de mort.

On pense un instant à une saga familiale puisqu’on remonte loin dans les ancêtres Davidson, leur migration sur le continent américain, leur implantation, l’ombre de la crise économique de 29, la seconde mondiale vécue par le père et dont le journal parsème le roman, et sans doute est-ce là ce que l’auteur veut approcher : une famille américaine. Et ses peines, ses tristesses, comment celles-ci nous façonnent en tant qu’être humain. À ce propos, on préférera évidemment le titre original du roman, The sorrows of an American, à sa traduction.

Mais il manque un point d’aboutissement qui donne à l’ensemble un but et on reste sur sa faim. Dommage !


Retrouvez Élégie pour un américain, sur Place des libraires