Elisa Biagini : “Contre la vitre, je regarde dans la nuit de tes mots”

Auteur invité - 20.07.2018

Livre - Elisa Biagini poésie - Depuis fissure Biagini - écrit blanc page


POÉSIE – Donc... Une conjonction. « Donc est toujours un mot qui marque la conséquence et parfois la surprise » écrit Bernard Noël qui dirige la collection Donc pour Cadastre8zéro. Que se crée-t-il donc dans ce face à face textuel entre l’italien et le français, dans ce rapport entre l’écrit et le blanc de la page, dans le dialogue avec Paul Celan et Emily Dickinson ? 




 

Da una crepa : à gauche, les poèmes en italien d’Elisa Biagini. À droite, le prolongement en français dans une traduction de Roland Ladrière et de Jean Portante : Depuis une fissure. Avec Celan, une troisième dimension s’ouvre en bas de page : les vers en allemand du poète roumain. Ils allument la mèche. Elisa Biagini coud et brode les mots de Celan à son écriture. 
 

« J’appuie le front
contre la vitre, je regarde dans la nuit de tes mots (...) 
» 
 

La poétesse italienne, dans son rapport au monde et aux œuvres qui la composent, met en présence. Celan et Dickinson dialoguent au travers ses articulations : omoplate, rotule, poignet ou cheville. Et pour finir, elle s’adosse, peau contre peau, contre le vent, au poème d’Emily Dickinson qui ne termine pas le recueil, mais le prolonge, comme se prolongent « les ombres des choses jamais dites ». 
 

À lire Elisa Biagini, il y a comme un vertige. Un retour sur soi entre le dedans et le dehors, entre le corps et le monde. Comme si la littérature permettait de rejoindre les autres, de réduire la fracture. La fissure reste cet espace où passe la lumière, où tout devient possible. 
 

« je m’écris entre les fissures, dans les nœuds du bois, dans la poussière sous le tapis (...) » 

 

Les mains, les yeux, l’oreille, la paupière, les doigts, la gorge, le poumon : le corps est le lieu de l’écriture, donc de la relation à l’autre. 
 

« près de la première cervicale, où
se soude la
pensée, sur le 

col, tu as
brodé l’alphabet entier
. » 
 

Elisa Biagini, sans hausser le ton, vous travaille de l’intérieur. Dans le réseau des images, des brisures du vers, des sons cassés et désaccordés qui finissent par résonner, il y a quelque chose de l’origine. Une matière absorbe la lumière, se replie sur elle-même, se densifie, ouvre un monde plus dense, plus réel. 
 

Hervé Leroy

 

en partenariat avec l'AR2L Hauts de France

   

 

Elisa Biagini, trad. Roland Ladrière et Jean Portante – Depuis une fissure – Cadastre8Zéro – 9791093234069 – 13 €




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