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Emmanuel Georges : Vestiges de promesses glorieuses

Auteur invité - 09.01.2018

Livre - Emmanuel Georges photographies - Vestiges promesses glorieuses - Amérique espaces abandon


« Chacun a son Amérique à soi, et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire qu’on croit être là, mais qu’on ne voit pas », Andy Warhol. L’Amérique est le pays du rêve, celui du succès et de la liberté, des grands espaces et de Hollywood, celui des grandes espérances oniriques portées par des figures chamaniques : Kennedy, Martin Luther King, Obama.


Et puis l’Amérique, c’est le désert, celui de Percival Evere, celui du réveil, des guerres absurdes et de leur chair à canon, des fanatiques, de l’abandon, des désillusions, des murs que l’on construit.




 

De notre imaginaire, il reste les rues bouillonnantes, colorées et sonores de Times Square, les amoureux qui se bécotent sur le parking d’un drive-in, les images en noir et blanc des cocktails et des soirées du Rat Pack, de Sinatra, Humphrey Bogart, Ava Gardner, les cheminées des usines de Détroit crachant à pleins poumons le feu de l’activité humaine, les grandes conquêtes de l’Ouest, le poing clos de Jesse Owens comme un doigt d’honneur au bras tendu des nazis, les mélodies de Bob Dylan qui exaltent face à l’enfer du bourbier vietnamien...

De ce qu’on ne voit pas, il reste les clichés d’Emmanuel Georges. Son Amérique à lui, celle qu’il nous montre, une Amérique que l’on regarde en face pour ce qu’elle est, et non celle en laquelle on croit. Ses photographies sont l’écho d’une littérature, d’une peinture et d’un cinéma qui savent l’oncle Sam fébrile, balbutiant, malade.

C’est le Nighthawks de Hopper plongé dans l’obscurité ; c’est le Duel de Spielberg entre le gigantisme ravageur de la machine à broyer et l’individu esseulé et apeuré, devenu proie ; c’est le voyage de David Bell dans l’Americana de Don DeLillo où les routes deviennent menaces et ténèbres ; c’est la dévastation de The Walking Dead, les boutiques fermées, les maisons barricadées, les rues désertes éventrées par les rares voitures en quête d’un ailleurs meilleur, frappées par l’épidémie du désenchantement ; c’est le déclin de l’Amérique de Dallas, où les derricks de pétrole restent désespérément xes, comme punaisés au ciel crépusculaire.

C’est le son du hip-hop, des Noirs ghettoïsés, triomphant sur le capot d’une voiture comme lorsque leurs graffitis sur les rames du métro venaient rappeler leur existence à l’Amérique blanche de Manhattan ; ce sont les vestiges de promesses passées et glorieuses transformées en vastes mensonges ; c’est la nature éternelle, lumineuse et chaleureuse qui reprend ses droits sur le passage dévastateur de l’homme. Ce sont Wonder Woman et Captain America sur un lit d’hôpital, devenus impuissants et souffreteux. 
 

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Quand le rêve se transforme en illusion, l’illusion en cauchemar, ne reste que la dure réalité. Dure, mais belle, car profondément humaine. Même lorsque, dans les ruines, ne reste que le souvenir d’une humanité passée. Mais au-delà du crépuscule promis par Donald Trump, le ciel restera bleu et sa présidence, son quart d’heure de célébrité. Après renaîtra le rêve, celui de cette Amérique en sommeil, en simple sommeil. 
 

Alexis Weigel,
47° Nord (Mulhouse) 

 

 

en partenariat avec le réseau Initiales



 

Emmanuel Georges – Emmanuel Georges : America rewind – Editions Hatje Cantz – 9783775742375 – 49,95 €
 

Le site de l’éditeur : www.hatjecantz.de
Le site du photographe




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