“Encore une fois, le roman de Christine Angot a dérangé la bien-pensance littéraire“

La rédaction - 21.12.2015

Livre - Christine Angot - amour impossible


Stop. Le procès d’intention qu’on a fait à l’auteur sur les réseaux sociaux avec ce livre et avec cette phrase en particulier « Mais qu’est-ce que j’en ai marre.... », phrase qu’elle reprend, en effet, en boucle dans un paragraphe dans le premier quart du livre, est juste dégueulasse. Sortie de son contexte, comme d’autres qui ont été reprises et moquées avec une condescendance rare, ce bout de phrase n’a évidemment aucun sens. ​

par Laurence Biava

 

Christine Angot, au Prix Décembre

 

 

Or, il s’agit d’une phrase tirée d’un dialogue, à l’heure du repas. C’est une petite fille de 3 ans — elle, Angot — qui parle,  et qui hoche la tête de droite à gauche, et répète à l’envi à sa mère, qui veut lui faire avaler quelque chose dont elle n’a nullement envie. « J’en ai marre ». Comme n’importe quel gosse de 3 ans. Il n’y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat, ni de jeter l’opprobre sur l’auteur pour ces quelques mots. Mais, comme d’habitude, les détracteurs cons, qui n’avaient même pas lu le livre, s’en sont donnés à cœur joie, en tirant à boulets rouges de manière inconsidérée.  

 

Le 4 novembre, alors que son livre s’était déjà vendu à plus de 85 000 exemplaires depuis sa parution, la romancière emporte enfin le prix Décembre, le mieux doté des prix littéraires d’automne, après y avoir été déjà en lice deux fois. 

 

Encore une fois, le roman de Christine Angot a dérangé la bien-pensance littéraire.


Un amour impossible raconte la rencontre de ses parents et les origines : son enfance à elle. L’histoire familiale prend rapidement un tour tragique dès le début. Châteauroux, fin des années 50. Son père est un bourgeois parisien, sa mère est employée à la Sécurité sociale et issue d’un milieu modeste. Au départ, l’amour entre les protagonistes s’écrit un peu forcé, trébuchant, sans véritable flamme, avant de devenir passionnel. On apprend rapidement que les différences de culture, de religion et un environnement socioculturel dissemblable auront raison des désaccords (nombreux).

 

Au fil des pages, tumultes et remous s’accentuent. On apprend, par exemple, que Rachel Schwartz est de confession juive, ce qui semble profondément déplaire à l’autre famille. S’il refuse de l’épouser, Pierre décide pourtant de lui faire un enfant, qu’il ne verra qu’épisodiquement. Pour la violer. Coupable qu’il est de l’avoir finalement reconnu. Rachel n’apprend la vérité que plus tard, et le traumatisme s’accentue encore, et pour la mère et pour la fille, pourtant longtemps complices, mais contrairement à ce qu’il a été écrit au sujet de ce livre à qui, décidément, rien ne fut épargné, il n’est nullement question de « l’inceste », la construction de ce récit ne le permet pas.  


Ici, on assiste à une mise à nu complexe entre amour inconditionnel pour la mère dont tous les repères auront été peu à peu anéantis et le parcours qui flanche de cette mère détruite par la passion. Christine Angot « travaille » avec force l’univers familial dans lequel elle excelle. Ici, s’y adjoignent le corpus social et économique, et l’amour destructeur – un amour à plusieurs têtes qui tombent les unes après les autres — comme programmé pour un homme déviant, qui viennent tout éventrer. 


Un amour impossible recèle de très belles pages finement analysées sur le temps, et l’amour déconstruit, après avoir été aveugle et inconditionnel. De grands moments d’écriture sur la séparation et la perte aussi. 

 

Finement élaboré, maîtrisé de bout en bout, il finit, à force de suspense, à force d’analyses et d’hypothèses élaborées, par lever le voile sur un fait connu, mais dont on ne pouvait nullement soupçonner l’existence ici. Un récit chronologique, puissant, bouleversant, ferme, écrit d’autorité et finalement, tranquille à sa façon.


Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre : litterature...
Total pages : 224
Traducteur :
ISBN : 9782081289178

Amour impossible

de Christine Angot

Les gens veulent l'amour conjugal, Rachel, parce qu'il leur apporte un bien-être, une certaine paix. C'est un amour prévisible puisqu'ils l'attendent, qu'ils l'attendent pour des raisons précises. Un peu ennuyeux, comme tout ce qui est prévisible. La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend. Il y a une troisième catégorie. Moins connue, que j'appellerai... la rencontre inévitable.- Pour toi, notre rencontre, elle appartient à quelle catégorie ? "Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense à Châteauroux à la fin des années 1950. Pierre, érudit, issu d'une famille bourgeoise, fascine Rachel, employée à la Sécurité sociale. Il refuse de l'épouser, mais ils font un enfant. L'amour maternel devient pour Rachel et Christine le socle d'une vie heureuse. Pierre voit sa fille épisodiquement. Des années plus tard, Rachel apprend qu'il la viole. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilité s'immisce progressivement entre la mère et la fille.Christine Angot entreprend ici de mettre à nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la mère et ressentiment, dépeignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours d'une femme, détruite par son péché originel : la passion vouée à l'homme qui aura finalement anéanti tous les repères qu'elle s'était construits.

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