Entre biscotte, pain grillé et madeleine, longtemps Proust hésita

Victor De Sepausy - 10.11.2015

Livre - manuscrits - Proust - Saints Pères


C’est un bonheur sans cesse renouvelé que d’ouvrir un livre publié par les éditions des Saints Pères. On a toujours un peu l’impression d’avoir devant soi un objet certes luxueux mais également quelque peu secret, renfermant des trésors bien préservés au sein de son étui tout aussi discrètement doré que décoré. Le dernier opus, consacré aux manuscrits de la Madeleine, saura enchanter tous les amateurs de Marcel Proust.

 

Une fois sorti de son étui vert anglais, le coffret, qui, par son apparence extérieure, s’apparente à un livre imposant, renferme en son sein deux amples espaces dans lesquels vient se loger la reproduction de trois Moleskine correspondant à trois étapes d’écriture du plus célèbre passage de La recherche du temps perdu : celui de la Madeleine.

 

 

 

Aux côtés de ces trois carnets, s’offre au lecteur un petit opuscule dont la qualité du papier est particulièrement remarquable. On y découvre une préface signée par Jean-Paul Enthoven, amateur de Proust s’il en est, puisqu’il a co-signé avec son fils aux éditions Plon le Dictionnaire amoureux consacré à l’auteur de La Recherche.

 

À travers ce texte, Jean-Paul Enthoven nous rappelle le contexte d’écriture des manuscrits qui sont proposés en fac-similé dans ce coffret. Les « carnets viennent de chez Kirby Beard, le maroquinier où les fashionables de la plaine Monceau avaient coutume de commander leurs bristols. Proust en apprécie manifestement la texture et la bienveillante présence. Il prend l’habitude d’y consigner ses états d’âme, ses lectures ».

 

Mais l’écrivain ne manque pas d’évoquer aussi le rapport particulier de Proust à ces carnets qui vont se multiplier par dizaines, si bien que ces « Cahiers occupent donc, dans l’imaginaire des proustiens mystiques, la place qui revient de droit à un morceau de la Vraie Croix marcellienne. C’est l’an I d’un chef-d’œuvre. Le stigmate d’une passion. On songe, en les voyant, au bloc de marbre qui contenait la Pietà ou le Tombeau de Jules II, et dont Michel-Ange sut dégager la perfection qui n’attendait, pour advenir, que la force de son burin. »

 

 

 

Les trois carnets reproduits par les Saints Pères découvrent au lecteur les recherches de Marcel Proust qui n’écrivit pas le passage de la Madeleine d’un premier jet miraculeux, loin de là. Avant de penser à une madeleine, l’écrivain s’essaya à l’analyse des sensations autour d’un tranche de pain grillé, méditant aussi devant une biscotte.

 

Ce n’est qu’en dernier ressort que Proust s’arrêta sur la madeleine. Cette longue recherche fit couler beaucoup d’encre parmi les plus grands critiques et amateurs de La Recherche qui se sont ingéniés à décortiquer ce qui constitue le cœur, l’origine du projet proustien.

 

Avec ce coffret, qui peut donner à chaque lecteur la sensation d’avoir entre les mains les fameux carnets, il est désormais possible à tout Proustien de cœur de parcourir ligne à ligne l’écriture aussi fine que légère de Marcel Proust afin d’en rechercher la substantifique moelle…

 

Les éditions des Saints Pères, qui ont déjà à leur actif, entre autres, les épreuves corrigées des Fleurs du mal ou encore le manuscrit du Voyage au bout de la nuit, proposent un premier tirage de mille exemplaires de ces carnets tirés de la Recherche du temps perdu. A 249 €, le prix est aussi à la hauteur de l'oeuvre reproduite...

 

Chaque livre est numéroté de 1 à 1000. Le coffret, d’un poids d’1,8 kilo, s’impose par sa taille (25 X 35 cm, avec une profondeur de 4,8 cm) mais aussi par la qualité de sa finition. Soulignons à ce titre que l'ensemble est imprimé en France.