Entre deux mondes en guerre, lutter pour s'aimer sans se trahir

Clémence Holstein - 28.03.2018

Livre - Maison orangers Hajaj - Israel Palestine roman - guerre racines histoire


Publié aux Escales, La maison aux orangers de Claire Hajaj nous fait vivre l'aventure d'une famille extraordinaire dans les confins de l'Histoire et de ses affres les plus douloureux, mais aussi les plus émouvants. Où l'on redécouvre le conflit israélo-palestinien, profondément humain : l'Histoire au cœur des petites existences.

 


 

La « maison aux orangers » ? Pourquoi elle pour enclore toute cette histoire ? Oui, l'image de l'enfance et de la nostalgie, l'émotion du devenir, du déracinement, le symbole d'une vie. Mais pourquoi donc en faire le titre de l'ouvrage ?

Peut-être parce que l'on pourrait sentir et goûter l'orange comme l'image autour de laquelle tourne ce récit, l'orange comme la couleur du pire comme du meilleur. Au lecteur de mener son enquête pour en trouver les indices au long des pages. L'orange est comme une ritournelle qui s'en va, revient, que l'on oublie et puis éclabousse à nouveau quand on ne s'y attend plus, piquant aux yeux. Elle fait rire et pleurer, réveille et désespère, douce-amère comme la définit Salim depuis les origines de sa vie.
 

Les symboles dans ce roman sont de multiples planètes et autres astres en orbite autour de l'orange-soleil. Ils ancrent les personnages, les colorent, les forment et les nomment pour ainsi dire. Car les noms sont trop lourds à porter pour ces humains, adultes et enfants. Elles charrient, ces quelques lettres propres, trop de sens et pas assez d'ordre pour un simple homme ou femme qui n'a pas les épaules d'un peuple.

    

En évoquant une étoile et ses fidèles compagnons de révolution, il est bien question de parler d'un système tout entier et de ses interactions permanentes, jamais inconséquentes. Ce système, nous y appartenons tous en tant que citoyens de ce monde, un système qui tourne souvent trop vite pour nous, ou de travers. C'est l'Histoire dans toutes ses dimensions qui joue des tours de passe-passe, autour de l'infinie guerre entre Israël et Palestine.
 

[Extrait] La maison aux orangers - Claire Hajaj


Mais même ces entités-là nous semblent bien contestables après la lecture de La maison aux orangers, car les peuples et les "vrais gens", dans toute leur variété, ne sont pas contenus dans ces deux mots, ni dans celui de « guerre », qui paraît bien impuissant à traduire la réalité.
 

On l'aura compris, c'est à travers l'Histoire mais également la géographie que l'on voyage avec Claire Hajaj. Les repères sont instables, les personnages se méfient et le lecteur n'a pas de foyer où s'abriter non plus. La maison aux orangers n'est qu'un rêve mais peut-être que ce rêve est encore le plus habitable de tous les espaces et temps que traversent Salim, Jude, Marc et Sophie.

Le déracinement est à toutes les pages, pour tous, comme une malédiction qui se répète, comme un traumatisme qui cherche son issue à force de réitérations. Les individus personnifient leur peuple, chacun, Salim et Jude, avec humanité et complexité, sans jamais de simplisme débilitant. Salim et Jude rejouent la guerre, et l'on observe là le poids de l'ancestral qui attrape dès la naissance. Le bébé poisson est pris dans le filet de l'Histoire à peine respire-t-il, à peine est-il prénommé et inscrit dans sa filiation.

Mais l'individu peut aussi selon ce qu'il est et ce qui fait de lui sa singularité construire son histoire. Non sans un combat de longue haleine.

 

Nous soulignerons le beau portrait d'homme et de père fait par Claire Hajaj. Le narrateur est sans fard pour décrire l'existence qui mène vers l'amertume implacable cet homme et ce père. Pourtant, il nous donne aussi toutes les clefs pour le comprendre, que la guerre et les bombes explosent chaque jour en lui-même et que...

Comment faire alors ? La guerre est aussi dans ce roman l'affaire de l'homme seul, de milliers de femmes et d'hommes seuls face à eux-mêmes.

 

Comme une orange presque mûre, comme un ange bleu qui s'envole sur scène, le roman tourne dans les airs et revient en son point de départ. L'ange bleu s'envole mais retombe où l'oranger l'a fait naître. C'est avec ces couleurs et ces images que Claire Hajaj emplit nos yeux et nos imaginaires, tout en poésie, au rythme de la vie qui avance souvent impitoyable.
 

La Terre est bleue comme une orange et la guerre tueuse du rêve des anges.

 

 

Claire Hajaj, Trad.Julie Groleau - La maison aux orangers – Editions Les Escales – 9782365693141 – 21,90€
 


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.