Entre mafia et crime passionnel, Montalbano, les pieds dans la boue

Nicolas Gary - 21.05.2019

Livre - Commissaire Montalbano - Sicile enquêtes - Andrea Camilleri


POLICIER ÉTRANGER – Renouer avec Montalbano, c’est remettre les pieds dans une Sicile qui est sortie du temps. Et ce roman est plus spécial encore dans le fil de ses enquêtes : sorti en mai 2014, il s’agissait de célébrer les vingt années de la création du personnage.


 

Retour sur la côte sicilienne, à Vigata : une pluie diluvienne, torrentielle s’abat et Salvo Montalbano a toutes les peines du monde à trouver le sommeil. Un coup de fil de Fazio, l’un de ses principaux collaborateurs au commissariat, viendra mettre un terme à cette nuit de torture : un cadavre a été découvert sur un chantier en construction. 

Que sait-on de Giugiù Nicotra, la victime ? Pas grand-chose, sinon qu’il a été trouvé à demi nu — en sous-vêtements, de fait —, dans un tunnel composé de larges tuyaux, et qui devait servir de conduites d’eau. Une balle entre les omoplates, le visage enfoncé dans la boue…

Aux nuits de tonnerre et de foudre vient succéder une nouvelle enquête. Nicotra se révèle être un comptable, travaillant pour la société qui a obtenu le contrat du chantier — une décision controversée. Rapidement, les infidélités à répétition de son épouse jaillissent : manifestement, un jeune allemand occupait ses journées.

Si en Sicile, tout est toujours question de cornes — celles du cocu — Montalbano a beaucoup à faire avec ses propres préoccupations sentimentales. Livia a des problèmes de santé. Et si la boue provoquée par les pluies enlise le chantier, l’enquête patauge lui dans d’autres marasmes. 

Qui dit chantier dit matériaux de construction de piètre qualité, appels d’offres truqués et quelques personnalités proches de la mafia. Or, mort, Nicotra semble encore avoir un message à faire passer, comme s’il indiquait une direction, après sa mort, en cherchant à s’échapper dans ces tuyaux… 
 


L’enquête est littéralement glissante, boueuse, alors que l’on découvre un Montalbano préoccupé, inquiet : Livia se trouve en effet à Boccadasse. Elle voulait adopter un enfant, dont le décès récent l’a profondément bouleversée. 

Entre organisation criminelle et crime passionnel, le cœur balance, et les preuves ne font guère avancer. Il faudra pourtant bien s’en sortir, de cette fange ! 

Une fois encore, est-il vraiment besoin de le préciser, Camilleri a fait des merveilles. Une histoire douce, agréablement tissée avec les éléments habituels qui font le charme si particulier des aventures de cet étrange commissaire. L’intrigue n’est pas particulièrement étonnante, pas de retournement de situation extraordinaire, mais qui s’en soucie vraiment ? 
 
Chose intéressante, comme l’explique l’auteur, il y a dans ce livre plus d’écho à l’actualité que connaissait alors l’Italie en 2013/2014 que dans ses précédents ouvrages. Et derrière l’image de boue qui paralyse le monde et recouvre les paysages, c’est bien un manteau d’omerta et de dissimulation qui se profile. Pots-de-vin, évasion fiscale, tout ce qui se trouve de plus laid en Italie, symbolisé par cette boue…

Or, le plus grand tour de force de la Cosa Nostra, est de faire croire qu’elle n’existe pas. Et quoi de mieux pour cacher son existence qu’une habile couche qui recouvre comme un vernis ?

Véritable figure de l’édition italienne, référence en matière de polar, Camilleri est aussi un communiste de la première heure, anti-mafia depuis toujours. Il veille à ne pas présenter une organisation qui aurait quelque chose de digne ou romantique : ce sont des meurtriers et des criminels qu’il dépeint. 

Montalbano, ce seul nom suffit à faire résonner et vibrer le lecteur…


Andrea Camilleri, trad. Serge Quadruppani – La pyramide de boue – Fleuve – 9782265116245 – 19,90 €
 


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Pour approfondir

Editeur : Fleuve Noir
Genre :
Total pages : 230
Traducteur : serge quadruppani
ISBN : 9782265116245

La pyramide de boue

de Andrea Camilleri

"Andrea Camilleri est un prénomène." Richard Heuzé, Le Figaro littéraire.?Il pleut depuis une semaine à Vigàta et ce matin, le commissaire Montalbano doit se rendre sur un chantier boueux où l'on a retrouvé le corps sans vie de Giugiu Nicotra.

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