Entre racines fondamentalistes et liberte d'être soi, un chemin arc-en-ciel

Fasseur Barbara - 30.03.2019

Livre - Boy Erased recit - homosexualite coming out religion - integrisme religieux gays


RECIT ETRANGER - En 2004, dans la Bible Belt au Sud des États unis, Garrard Conley voit son plus grand secret lui être arraché et c’est tout son monde qui s’écroule. Dans Boy Erased, du haut de ses 19 ans, le jeune gay témoigne de son passage chez Love in Action, thérapie de réorientation sexuelle, qui plutôt que de le « guérir » a bien failli le tuer. Paru chez Autrement et traduit par Jean-Baptiste Bernet, l’auteur traite à travers ce texte de l’identité, de la foi, mais aussi de l’importance de la famille et de la communauté dans un environnement religieux fondamentaliste souvent mal compris.
 

Alors que son père est sur le point d’être nommé prédicateur, Garrard Conley fait ses premiers pas à la fac. Pour la première fois loin de la paroisse et de la maison, il goûte à la liberté d’agir et de penser. D’apprentissage en expérience, il se sent tour à tour émerveillé et coupable, jusqu’au jour où il est sorti du placard de force.

Cet épisode met en lumière une homosexualité qu’il cachait depuis plusieurs années, un « état » impensable pour ses parents et pour leur communauté. Commence alors un véritable combat contre sa « condition » pour la famille Conley. De retour au domicile parental, une chose est sûre, il est indispensable que Garrard se « remette » au plus vite, et ils sont prêts à tout pour aider leur fils.

Dans une recherche frénétique de « traitement », le jeune homme de 19 ans intégrera Love in Action, sorte de thérapie de groupe sensée le « reprogrammer » et le « guérir » de son « addiction homosexuelle ». Entourés d’adultères, de pédophiles ou encore de zoophiles, ils seront ensemble « traités », comme des malades, des enfants en mal d’éducation suivant les mêmes étapes que les programmes des alcooliques anonymes.

De souvenirs en récit de thérapie, Garrad Conley fait des allers-retours dans le passé entre la lenteur et la violence qui caractérise le quotidien au sein de LIA et le récit accéléré, presque décousu de ce qui l’a mené à pousser les portes de l’établissement. D’humiliation en culpabilité, d’Inventaire Moral en Génogrammes, les intervenants poussent chacun à remodeler ces « fausses identités » qui sont pourtant authentiques pour « devenir une coquille vide, facile à modeler, un réceptacle de Dieu ».

À un âge où l’identité est encore en chantier, il faut faire face à la confusion, au doute et à la honte martelés et soutenus par des passages de la bible, grassement réinterprétée pour déformer la réalité et les pousser à réécrire leur histoire. Bien que les règles du lieu paraissent dans un premier temps raisonnables, presque logiques, tout comme l’environnement, en apparence bienveillant, c’est une véritable torture psychologique qui commence.

Rapidement les sourires se font trop blancs, trop forcés, trop faux. Derrière des principes quasi sectaires et la psychologie de comptoir, les participants sont immédiatement isolés dans une réalité réécrite pour les besoins du processus d’après une suite de syllogismes aberrants permettant de justifier tout et n’importe quoi. À grand coup de théorie sur les « fausses identités », l’homosexualité devient une anomalie, un virus, un mauvais choix qu’il suffit de vouloir corriger, contre lesquels il suffit de prier.

Petit à petit, plutôt que d’être libéré de péchés qu’il n’a pas commis, Garrard se verra dépecé de sa propre identité. Jour après jour, il sera peu à peu censuré, repoussé, la thérapie le privant de ses passions, finies la lecture ou l’écriture, finie l’expression de soi. Le poids de la foi, mais aussi et surtout celui de la communauté qui l’a vu grandir, le pousse à accepter ce formatage qui lui est proposé, imposé.

Ayant été rendu coupable de son homosexualité, le jeune homme est dans une impasse. Impossible d’accepter la réalité de sa « situation », incapable d’en « guérir », il se questionne. Faut-il « renoncer à ma famille et à ce que je connaissais depuis toujours, ou alors à ce que j’apprenais de la vie, à toutes ces nouvelles idées », à ces « autres manières de mener sa vie » ?
 
Dans la seconde partie du roman, on assiste à une prise de conscience et d’indépendance de l’auteur, mais aussi de ses parents. Rejetant la « boucle de culpabilité infinie » et la haine de soi induite par la thérapie, il se compose un nouvel environnement mariant foi et raison, en y ajoutant toutes les nuances nécessaires.

Tout au long du roman, l’auteur est à la recherche d’une identité, d’une voix, de sa voie. Comme un héros à rebours, Garrard sera poussé à remonter, à démonter un parcours initiatique qu’il vient à peine d’enclencher en commençant la faculté. Il passe alors en revue une vie de honte et de culpabilité à la poursuite de sens, de vérité.

Mais cette autobiographie n’est pas écrite comme une vengeance, plutôt comme le témoignage d’une victime devenu défenseur et militant contre ces camps et programme de conversion. Refusant son rôle de martyr, l’auteur nous livre une véritable leçon d’humanité. Ce triste récit met en avant la complexité de l’être humain et de sa psyché, refusant de la réduire à des syllogismes sans queue ni tête.

Si Garrard est tiraillé entre ceux qu’il aime et ce qu’il est, c’est en créant son propre chemin qu’il trouvera sa solution pour rester fidèle à ses racines et sa famille sans étouffer sa personnalité, son identité aux nuances de l’arc-en-ciel.


Garrard Conley, trad. Jean-Baptiste Bernet - Boy Erased - Autrement - 9782746750340 -21,90€


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Pour approfondir

Editeur : Autrement
Genre :
Total pages : 384
Traducteur : jean-baptiste bernet
ISBN : 9782746750340

Boy erased

de Conley, Garrard

Arkansas, 2004. Garrard a dix-neuf ans lorsque ses parents apprennent son homosexualité. Pour ces baptistes ultraconservateurs, la chose est inconcevable : leur fils doit être "guéri".Garrard est conduit dans un centre de conversion, où tout est mis en oeuvre pour le forcer à changer. Où la Bible fait loi. Où Harry Potter est un livre déviant, où écouter Beethoven est interdit. Où on lui inflige une véritable torture mentale pour corriger sa prétendue déviance. Mais comment cesser d'être soi-même?

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