Agrégé et docteur en philosophie, Baptiste Morizot est maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille. Son écosensibilité l’a mené sur la piste des loups revenus sur le territoire national.




 

L’animosité entre « pro » et « anti » loups l’a conduit à réaliser un travail de réflexion profonde en suivant une piste singulière pour tenter de trouver, de proposer un autre regard, une autre approche des liens entre espèces vivantes condamnées à partager une même sphère terrestre au contour fini.

 

L’écologie, en tant que science du vivant et non pas en tant que vision politique, tisse entre toutes les espèces vivantes de notre planète bleue une toile à laquelle la mécanisation et le productivisme (la sacro-sainte religion de la « croissance ») nous ont fait croire qu'il était possible d'échapper.

 

Les moyens à notre disposition peuvent aussi nous permettre de nous prendre pour Dieu en oubliant la théorie du battement d’aile du papillon : les déséquilibres que nos activités entraînent, nous ne les maîtrisons pas et sommes à peine capables d’imaginer l’ampleur des effets boule de neige. (« L’homéostasie de la biosphère n’a jamais été menacée par aucune des innombrables espèces vivantes qui l’ont peuplée jusqu’à l’époque très récente […] où se différencia, avec le genre humain, le pire des ravageurs […] » : François RAMADE, Eléments d’écologie, McGraw-Hill, 1982).

 

Mettant de côté ses propres penchants, Baptiste Morizot, à partir du constat d’une situation insoluble où les partisans de l’éradication du loup et ceux de sa protection inconditionnelle ne parviendront jamais à un terrain d’entente, imagine une voie originale où, considérant le conflit berger/loup comme une situation de guerre, seule une démarche diplomatique sera en mesure de fournir une issue de cohabitation.

 

Ayant déserté largement les campagnes pour nous agglutiner dans les villes, nous avons laissé libres des interstices de plus en plus importants entre nos zones d’occupation du sol que les autres espèces, loup en tête, se sont immédiatement mises en situation de réoccuper quand nous les en avions chassées. Quelque part, nous sommes bien responsables du retour du loup. Et c’est bien. Il nous revient la responsabilité de trouver maintenant le langage commun de négociation diplomatique qui nous permettra de partager une communauté biotique qui est l’essence même du vivant.

 

Le loup revenu, qui ré-invente chaque jour son territoire réapproprié, doit nous conduire à nous interroger sur le mythe judéo-chrétien de la préséance de l’espèce humaine (mais là, avec les démonstrations actuelles d’imbécillité religieuse, je pense que nous avons devant nous un chemin hérissé d’épines, largement de nature à contrecarrer les desseins philosophiques ambitieux que Baptiste Morizot imagine), sur les origines et le langage communément intelligible par l’être lupin et l’être hominidé pour réussir à trouver le modus vivendi de notre cohabitation du monde : un objectif globalement emblématique, car le loup aussi bien que nous ou que toute autre espèce vivante sur Terre ne sommes jamais que des invités à une table dressée par notre petit soleil !

 

Se référant à ceux qu’il identifie comme des diplomates-guides, des précurseurs (Saint François, Darwin, Lorentz, Léopold, et tant d’autres) dont il dresse une galerie au fil de son livre, Baptiste Morizot propose un ouvrage difficile en trois parties. D’abord il établit une lecture tout à fait accessible de la situation actuelle et du conflit diplomatique. Ensuite, sa thèse philosophique prépare, avec un discours beaucoup plus compliqué même s’il essaye à rester pédagogique et vulgarisateur, les bases d’une théorie de la cohabitation nouvelle qui est, enfin, développée et formalisée.

 

« Aucune forme d’intelligence ne peut constituer l’échelle sur laquelle évaluer l’intelligence des autres » constate-t-il et « rien de ce qui n’est bon que pour l’un » des protagonistes d’un conflit « n’est vraiment bon pour lui » même si « la suprématie de l’un est absolue ».

 

A l’heure où le gouvernement vient de valider un énième « Plan Loup » qui continue, n’en déplaise à Monsieur Hulot, la part trop belle aux tirs, Baptiste Morizot rappelle qu’entre rapport de droit et rapport de force une troisième voie reste possible et souhaitable, que le loup comprend aussi le langage diplomatique, car « il est capable de renoncer », que nous sommes contraints à devenir diplomates avec toutes les espèces, car, comme elles, nous sommes seulement invités à la table de la photosynthèse, car, comme elles, notre place est « dans les écosystèmes ».

 

Une lecture (parfois très) difficile, mais enthousiasmante.

Bertrand Morizot – Les diplomates ; cohabiter avec le loup sur une autre carte du vivant – Editions Wildproject – 9782918490555 – 22 €
 




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Pour approfondir

Editeur : Wildproject
Genre :
Total pages : 340
Traducteur :
ISBN : 9782918490555

Les diplomates ; cohabiter avec le loup sur une autre carte du vivant

de Baptiste Morizot

Il s'agit avant tout d'un problème géopolitique : réagir au retour spontané du loup en France, et à sa dispersion dans une campagne que la déprise rurale rend presque à son passé de " Gaule chevelue ". Le retour du loup interroge notre capacité à coexister avec la biodiversité qui nous fonde - à inventer de nouvelles formes de diplomatie.

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