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Erlendur, hanté par la mort de son frère, revient

Mimiche - 02.08.2018

Livre - Etranges rivages indridason - Arnaldur Indridason - Erlendur livre


POLAR – Le commissaire Erlendur est venu passer quelques jours de vacances dans l’est du pays d’où il est originaire. Une sorte de pèlerinage qu’il effectue assez régulièrement depuis quelques années alors qu’il en a passé de nombreuses autres auparavant sans revenir dans cette région où l’ancienne maison familiale reste l’image d’un passé douloureux dont ses parents ont voulu s’éloigner.




 

Au cours d’une de ses randonnées quotidiennes, il croise un chasseur de renards qui a participé, il y a bien des années, aux recherches qui ont permis de le sauver, lui. Et ce, alors que son jeune frère, avec lequel il accompagnait leur père pour aller chercher le troupeau de moutons en haut de la lande, avait disparu dans une tempête terrible qui les avait surpris puis dispersés et n’avait jamais permis de le retrouver.

 

S’étant laissé entraîner sur les chemins de la lande par le chasseur, Erlendur l’écoute évoquer d’autres disparitions dans ces contrées difficiles. Notamment celle de Matthildur, l’épouse de Jacob, à qui elle avait annoncé qu’elle se rendrait au village voisin (à une journée de marche quand même) pour y voir sa mère. Pendant que Matthildur faisait son trajet, elle avait été surprise par une tempête démoniaque et n’avait jamais été retrouvée. Alors que la totalité des soldats anglais qui faisaient le trajet en sens inverse avait été retrouvée. Même s’il y avait eu des morts parmi cette soixantaine d’hommes qui s’étaient crus plus endurants que les autochtones, plus forts que les éléments lesquels les avaient terrassés en cet hiver de la Deuxième Guerre mondiale.

 

Et c’étaient les habitants de ces contrées difficiles qui, alertés, avaient retrouvé et sauvé ceux qui pouvaient l’être.

 

Alors qu’ils n’avaient jamais retrouvé de trace de Matthildur qu’aucun des soldats n’avait croisée.

 

Ceci avait évidemment entraîné des rumeurs, des médisances, des accusations cachées. À l’égard de Jacob dont la mauvaise réputation n’avait pourtant pas besoin de cela. Mais aussi à l’égard de Matthildur au sujet de laquelle des évocations d’infidélité n’avaient pas manqué de courir la lande. Jusqu’à faire de son esprit le responsable de la mort de son mari dans le naufrage du bateau de pêche qu’une tempête (encore une) avait brisé sur les rochers.

 

Des histoires tout cela.

 

Mais avec suffisamment de zones d’ombre pour que l’intérêt d’Erlendur soit attisé au point de se lancer prudemment dans des recherches personnelles pour tenter de les éclairer. Peut-être aussi pour exorciser le sentiment de culpabilité qui le poursuit depuis la perte de son jeune frère. C’est une histoire originale que nous raconte là Arnaldur Indridason.

 

Son commissaire de héros évolue en dehors de toute enquête officielle puisque, hors la disparition de Matthildur jamais élucidée, il n’y a pas de cadavre ni de meurtrier supposé ou recherché. Il n’y a qu’une sombre histoire qui s’est déroulée plus de cinquante années plus tôt et dont les témoins oculaires ne sont plus légion.

 

Aussi c’est dans les souvenirs des uns et des autres, des acteurs directs ou indirects de cet épisode tragique de la région où il est né, qu’Erlendur se met à fouiller. Et sans mandat officiel, il est parfois bien difficile de faire parler les gens, voire de ne pas les braquer.

 

Alors c’est sur un autre registre qu’il évolue. Parfois d’ailleurs à la limite (voire au-delà de la limite s’il l’estime nécessaire) légale.

 

Nombre de scènes ont un cadre assez sinistre : maisons de retraite ou hôpitaux abritent très souvent les interlocuteurs du commissaire où ils attendent la mort avec beaucoup de sérénité et de philosophie sans pour autant s’insurger contre le temps qui passe et l’âge qui vient avec tous ses inconvénients, toutes ses misères physiques.

 

Même si cela ne les empêche pas de raconter des salades au commissaire qui peine à dégager la vérité dans tous ces non-dits, ces rancœurs, ces mensonges, des ruminations que les différents acteurs qu’il côtoie ressassent sans cesse depuis des années.

 

Ce sera son talent de ne pas se laisse tromper par l’arbre qui cache la forêt : derrière les éléments les plus anodins se trouve le fil rouge qui va lui permettre de parvenir à entrevoir la véritable histoire, juste avant qu’il n’y ait plus d’interlocuteur intéressé à l’entendre.

 

Et, parallèlement, ce retour au pays va aussi contribuer à exorciser ses propres fantômes. Les paysages islandais défilent comme au cinéma dans une narration précise et limpide : il n’y a qu’à se laisser porter en fermant les yeux pour s’y croire.

 

Le seul « inconvénient » dans cette lecture, comme dans toutes les précédentes, reste son déroulement en Islande : c’est d’une complexité sans nom que de se familiariser avec les noms de lieux. Même si cela ajoute toujours au mystère. Heureusement, Arnaldur Indridason sait mener son récit aux petits oignons pour nous faire entrer dans son pays tête baissée.

 

 

Arnaldur Indridason, trad. Éric Boury — Étranges rivages — Points — 9782757843024 – 7,60 €




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