Et au pied de la falaise, s'accumulent les cadavres

Clément Solym - 09.10.2012

Livre - homme politique - discours - rédaction


Finalement, depuis les Grecs et leur démocratie, le monde occidental n'a pas réellement changé, d'un point de vue de la rhétorique politicienne. Les grands hommes de la vie républicaine se font écrire des discours par des Plumes, travaillant dans l'anonymat le plus complet. Leur unique vocation rejoindrait assez facilement l'enseignement de Cicéron, reprenant Aristote, instruire, émouvoir, plaire.

 

Et sans entrer dans des considérations discursives, les trois grands genres, judiciaire, délibératif ou épidictique n'ont fait que se déporter vers des thématiques contemporaines. Il faut intervenir sur la fusion d'EADS et BAE Systems, déplorer de la fermeture de l'usine d'Arcellor-Mital, regretter les plans de sauvegarde de l'emploi, et ainsi de suite. 

 

Müller a consacré sa vie à écrire pour un politicien, Gonthier, dont le gouvernement perdait l'adhésion du peuple, si facile pourtant à duper. Mais quand la situation de l'Etat est au plus mal, qu'importe les discours : il faut des actions, lesquelles succèdent logiquement aux actes. Mais Müller est homme de paroles, et de texte avant tout. Et depuis qu'il a pris une retraite méritée autant que forcée, il s'acharne à revenir sur les textes, écouter ce que la politique produit de discours, et de communication... 

 

Mathieu Larnaudie

© Marc Melki

 

 

Une recherche obstinée du discours parfait, qu'il poursuit sous le regard mi-désintéressé, mi-négligé de Marceau, sorte d'homme à tout faire, qui s'occupe de son jardin. Sauf que depuis quelque temps, dans le jardin de Müller, tombent des hommes, qui une fois arrivés en bas, deviennent des cadavres. Et ce, avec une forme de régularité impressionnante. Mais dérangeante, évidemment, pour un homme qui souhaite du calme avant tout...

 

Le langage de Mathieu Larnudie n'est pas commode : ses phrases sont longues, sculptées... et assez facilement pédantes. Une écriture qui se regarde écrire, et qui pourtant, fascine, dans sa complexité. Décortiquant les méthodes de rédaction, la rhétorique et d'autres choses propres à la politique, Müller est un homme assez repoussant, dont le langage tient à l'écard la plèbe : il faut entrer et traverser à la machette le flot de paroles, pour en extirper quelque chose de plus profond. 

 

C'est séduisant, évidemment, même si le roman nécessite une réelle concentration, pour y entrer, et pour surtout savoir en sortir, tant il enferme dans un univers de pensée étrange. Aucun doute : Larnaudie est un auteur puissant, au verbe qui se veut proustien. Mais son propos qui devient alambiqué fait facilement disparaître les vraies qualités de son roman. Solitude, rancoeur et irritation... entrecoupée de sauts de l'ange, sans espoir de retour...