Et la dictature de Staline écrasa le pays des musulmans soviétiques

Auteur invité - 17.02.2018

Livre - littérature russe roman - Gouzel Iakhina russie - dictature staline koulaks


Vous ne connaissez rien de ce qu’a vécu le peuple sous l’Union soviétique, vous ne comprenez rien non plus aux Russes de ce début du XXIe siècle et Zouleikha vous met son poing dans la gueule. Dans une langue magnifique, Guzel Iakhina s’attache scrupuleusement à décrire la vie misérable de son personnage principal, Zouleikha, et le syndrome de Stockholm qui lie les paysans captifs au pouvoir qui les tyrannise.



 


Ce mécanisme schizophrénique, savamment entretenu par la littérature russe, se retrouve à chaque fois lorsque d’une vie évoluant dans la tragédie et dans un bain de sang — sans aucune perspective d’avenir heureux — naît une très inattendue forme de solidarité où le mot « bonheur » reprend une saveur que l’on croyait perdue.

 

Ainsi vont les vies des petits dans la longue histoire russe, pavée de génocides de tous genres nés des délires mégalos de ses dirigeants successifs. La dékoulakisation évoquée dans le livre est sortie de nos mémoires : point d’images, pas de films récents, encore moins d’interviews de survivants. 

 

Il faut remonter au XIXe pour une iconographie illustrant le bouleversement de la société russe qu’elle signifie. Lorsque Vassili Sourikov peint le massacre des Streltsy sur la place rouge en 1881, puis la Boyarina Morozova en 1887, il ne se doute pas que 50 plus tard Staline aura pris soin de museler les images avant de s’appliquer à mettre en place sa politique de collectivisation. Ainsi, lorsqu’à son tour et à la manière des châles d’Orenbourg, Gouzel Iakhina crochète minutieusement le quotidien de cette femme tatare soumise et pétrifiée devant sa belle-mère et son mari, elle crée les images absentes de nos livres d’histoire.

 

Zouleikha, qui aurait dû cent fois mourir en couches, ou sous la neige, ou sous les roues d’un improbable traîneau de déportés. Faisant fi de la malédiction qui plane au-dessus d’elle, l’héroïne rencontre presque malgré elle l’amour, la joie de vivre et le bonheur de la maternité.

 

Salué par Lioudmila Oulitskaïa à sa sortie, il n’est guère surprenant que ce livre soit un best-seller en Russie : catharsis salutaire, il affirme avec la force d’un coup de poing que, malgré tout, Zouleikha n’est pas Cosette. Zouleikha est un plaidoyer infiniment émouvant pour la vie. Cette force de vie qui vous fait apprécier d’entrer nu dans l’eau froide alors que vous sortez du sauna.

par Adeline Beaux


 

Guzel Iakhina. Traduction de Maud Mabillard – Zouleikha ouvre les yeux — Editions Noir sur blanc – 9782882504708 – 24 €




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.