Et puis, on a toujours besoin d'une plus petite que soi...

La Licorne qui lit - 05.09.2018

Livre - Petite Sarah Gysler - récit initiatique Equateurs


ROMAN YOUNG ADULT - Fini l'oisiveté, fini les clapotis des vagues, fini les apéros qui s'éternisent, fini les grasses mat et fini la canicule abrutissante. L'été fut dense, mouvementé, avec son lot de bonnes nouvelles, d'affaires, de drames. On y est, c'est la rentrée...Rentrée de vacances, rentrée des classes et rentrée littéraire. Nom d'une corne, quelle opulence, quelle énergie créatrice, je croule sous les mots, les paragraphes, les chapitres, les pages.

 


 
Je ne sais par où commencer ! 567 romans, rien que ça. Les critiques vont avoir du pain sur la planche, n'est-ce pas chère rédaction d'ActuaLitté, ça bosse dur en ce moment, pour une fois ! Face à ce foisonnement, je me suis posée une question assez triviale, mais qui reste néanmoins un mystère pour votre copine ailée : quelles sont les raisons qui motivent une personne lambda à écrire, à se battre quasi-gratuitement pour son livre, à surmonter les désillusions issues du « nous sommes réellement désolés, mais malgré votre indéniable talent, votre roman ne s'inscrit pas dans notre ligne éditoriale », à affronter les attaques plus ou moins fondées du genre « idée originale, mais construction approximative et style immature... ». 

Moi, je sais pourquoi j'écris. Pour moi d'abord : du coup, telle l'Amélie au chapeau, j'ai quelques feuilles griffonnées cachées au fond des tiroirs ; et pour vous ensuite, enfin comme déjà souligné, pour le plaisir de me dire que mes humeurs ont le pouvoir de convaincre certaines et certains de lire, peu importe quoi, juste lire. J'ai eu beau chercher cet été quelques vaines distractions qui m'auraient permis de m'échapper, d'oublier, de déconnecter : kayak, parapente, bataille de bombes à eau, concours de châteaux de sable, je me suis même laissée tentée par Mission Impossible 212 (Tom Cruise doit être conservé au formol, sinon je ne comprends pas...).

Et bien, le résultat de mes efforts débridés pour trouver un divertissement à la hauteur de mes attentes est le suivant : rien n'équivaut au bonheur d'ouvrir un livre et de s'y plonger, intensément, inconditionnellement, sans crainte, ni préjugés ou a priori. J'ai lu au cours de cette pause estivale : polars, feel-good, essais, biographies, love stories...J'aurais aimé pouvoir vous offrir une chronique de chacune de mes lectures, mais je n'ai que deux pattes, et accessoirement une famille de licorneaux à nourrir. (Vous trouverez la liste en fin de chronique.)

Et me voilà de retour aux affaires. Mon choix aurait pu s'arrêter sur un bon gros blockbuster de cette rentrée littéraire – promis cela viendra – mais une belle couverture turquoise montrant une jeune fille qui prend son envol a attiré mon attention. Petite. On m'a toujours appelée petite. A juste titre, comparée à d'autres, je ne suis pas une immense licorne. Être considérée comme la petite et se voir comme la petite oblige, un jour, à prouver aux autres et à soi-même qu'en réalité, on peut être et faire comme les grands, que l'on peut être capable, indépendante, autonome et responsable. Responsable de son chemin, de ses décisions, de sa colère, de ses erreurs, de ses victoires. Et c'est bien que cela que raconte Petite, premier roman ébouriffant, émouvant, remuant de Sarah Gysler, globe-trotteuse, née à Lausanne le 23 août 1994 « exactement quarante-huit jours après que Kurt Cobain eut été retrouvé mort...» 

Sarah appartient à cette génération qui ne sait que trop faire de ce flux d'informations qui déferle en continu de tous les côtés : télévision – qu'elle appelle avec humour la baby-sitter des pauvres-, internet, réseaux sociaux. Sarah appartient à cette génération qui a peur : peur de l'autre, peur de l'étranger, peur de la mondialisation, peur de la chaleur, peur des terroristes, peur du chômage, peur de l'amour, peur de ne pas être comme les autres, peur ne pas être aimée.

Mais Sarah est « différente, inquiétante aux dire de certains adultes ». Sarah n'aime pas l'école « ce grand bâtiment gris semblable à une prison », Sarah ne supporte pas la hiérarchie, Sarah ne veut pas être enfermée dans des codes, des obligations, des horaires, des territoires trop étroits. Sarah est libre, irrésistiblement libre comme le prouve son nom complet Sarah Danielle Fatma, SDF en abrégé...

Sarah a peur d'être folle, mais Sarah est juste une enfant et adolescente au parcours compliqué, bancal qui fait naître chez elle une hypersensibilité aux choses, aux gens, aux situations. Fille de facteurs, suisse par son père et algérienne par sa mère, et quelque peu perturbée par cette double identité, Sarah « n'a pas le souvenir d'avoir vu ses parents heureux ». Divorce douloureux, incompatibilité chronique avec une mère avec qui elle coupera les ponts, père fan de Renaud qui tombe gravement malade, séparation d'avec Flex son frère adoré, naissance d'une nouvelle sœur qu'elle ne considérera jamais comme demie, décrochage scolaire, problème d'intégration. Sarah ne se construit pas sereinement. « A 10 ans, je n'avais toujours pas d'amis humains ». Pourtant elle essaie la petite, d'être normale, de faire comme les autres, de croire qu'elle peut continuer comme cela. Alors, elle entreprend un apprentissage de commerce, couche avec des garçons, emménage chez eux, achète des talons rouges, enchaîne les petits boulots, et se prend à s'imaginer une existence presque bourgeoise mais tout n'ira pas droit. 

Suite à l'agression violente de son ex-petit ami et une crise d'appendicite qui la terrasse, Sarah s'effondre. Perte de repères, perte de discernement, elle trouvera un salut temporaire dans une dépendance malsaine aux médicaments. Elle chute certes, mais cette chute se révèle être sa renaissance.


 
C'est à ce moment que Sarah Gysler décide de prendre la route, d'aller voir le monde, de faire péter ses fers, de devenir une petite responsable, consciente. « Ce n'est pas grave si on ne devient jamais une grande personne, il parait que ce n'est pas la taille qui compte ». C'est à ce moment que la petite ne peut plus se cacher derrière les autres. Désormais, la petite n'aura plus peur d'être différente, n'aura plus peur d'avoir tort. Tout au long de ses différents périples, elle se rappellera cette étude qui affirme que seules « 8% de nos peurs sont fondées » et « à la longue, son auto-persuasion a marché. ». A la longue, elle reprend confiance en l'humanité, peut-être que finalement changer le monde commence par saluer son voisin...

Un globe qui tourne, un doigt qui se pose au hasard sur une première destination. Le 21 mai 2015, elle largue les amarres, direction le Cap Nord. Sans argent, sans plan, sans itinéraire, un sac à dos de 10 kilos et avec pour seule certitude cette évidence, qu'elle se fera tatouer sur le bras, « Et puis au pire, on meurt », Sarah s'en va. 

Petite n'a rien de petit. Grâce à son humour, sa lucidité, le recul qu'elle a sur elle et sur les autres, Sarah Gysler nous emporte avec elle dans ses errements, sa souffrance, ses joies, ses rencontres, son émerveillement, ses déceptions parfois. On aimerait l'accompagner, faire du stop, être en galère, partager quelques heures de cette fabuleuse aventure dans laquelle elle s'est lancée. Une écriture honnête, sans fioritures, parfois crue, un poil vulgaire, un poil romantique, Sarah ne ment pas. Elle est ce qu'elle vit, elle est ce qu'elle écrit, et elle sait pourquoi elle écrit... 
 

[Extrait] Petite de Sarah Gysler


Petite est une immense bouffée d'oxygène au milieu de cette rentrée littéraire si intellectuelle, étincelante, luisante, et comme à l'accoutumée trop St-Germain, trop pointue, trop commerciale, trop loin de vous, de moi, de nous. Sarah deviendra votre amie, comme elle est devenue la mienne. 

Nous avons toutes et tous ressenti l'envie et le besoin de tout plaquer. Pourtant, une minorité ose franchir le pas. Après la lecture de Petite, et le retour au pays enchanté des licornes de ma BFFE qui a entrepris le même voyage que Sarah, je commence à me dire, pourquoi pas moi...Pourquoi ne pas être libre, pourquoi ne pas abattre les murs, pourquoi ne pas s'alléger un peu ? 

« Au fond, le monde appartient à ceux qui rêvent tôt », alors mes licorneaux et mes licornettes, continuez les grasses mat, mais ne perdez pas trop de temps pour réaliser vos rêves, même les plus fous. Je reviens vite promis...En attendant, entrez dans le monde de Sarah.


Sarah Gysler - Petite - Editions des Equateurs - 9782849905661 - 18 €


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