Et que morts s'ensuivent, Marc Villemain

Clément Solym - 09.03.2009

Livre - morts - ensuivent - Marc-


Amateurs de rubriques nécrologiques, férus de chiens écrasés et vous autres adeptes de crimes ordinaires, le chroniqueur le plus acéré de ce XXIe siècle vient de signer l'ouvrage de votre vie. Marc Villemain a le mérite de ne pas tromper son lecteur : quand ils annoncent qu'il va enfiler les morts comme d'autres enfilent les perles, il faut le croire, on va en prendre plein l'entendement...

Dans une succession de nouvelles, ce grand malade – car nous devons appeler un chat, un chat – tue, mutile, suicide à tour de bras d'innocents personnages lesquels n'auront pas eu la chance de naître sous la plume compatissante d'un Marc Levy qui les aurait tendrement choyés dans une intrigue sentimentale médiocre, certes, mais au moins plus reposante.

Dans un style qui s'approche régulièrement du pointillisme et de la rigueur d'un médecin légiste et avec cet humour épars que l'on attribue aux cimetières, M. Villemain nous décortique onze décès purement de son fait. Aussi, puisque la peine de mort a été abolie alors que je n'avais pas encore le droit de vote, je propose en guise de peine, qu'on lui impose le même traitement que le personnage d'Orange mécanique, ça lui fera les mains. Et les pieds.

Médecin légiste, oui, car son écriture est précise, détaillée et même froide dans les premiers textes. Non que les suivants en deviennent chaleureux, mais une ambiance moins tendue – stylistiquement, bien sûr – y succède. Petit inventaire : nous avons donc deux « soeurs stellaires » dont l'une plantera une fourchette dans l'oeil de l'autre ; une critique littéraire acerbe qui risque de ne plus marcher droit ; une mécène prise en otage par un pseudo et apprenti terroriste ; un ingénieur en cosmétique dont la vie est une ruine.

Et permettez que j'en passe, des plus cocasses. Alors pour le coup, oui, les morts vont défiler, comme un cortège de macchabées attendant patiemment la guillotine qui leur ôtera la vie. Toutefois, si la préméditation est indéniable, l'auteur ne pourra pas être accusé de masochisme : c'est en effet sans plaisir manifeste qu'il trucide, un peu comme le bourreau lassé de voir rouler les têtes. Ce qui n'empêchera pas le lecteur frétillant de savourer ces morts comme l'on se délecterait d'une tranche de gâche vendéenne, tartinée de nutella...

M. Villemain, votre livre est d'autant mieux ficelé qu'il ne s'agit pas de nouvelles. Menteur, va ! Non, c'est un roman qui se dissimule sou couvert de nous faire l'inventaire, à la Prévert, d'une série de drame humain. Encore que j'ai bien ri, en découvrant que la fameuse mécène que les forces de l'ordre venaient sauver de son ravisseur se fait tuer d'une balle, alors que c'est le preneur d'otage qui était visé. Que l'on se rassure, ce dernier y passera aussi. Couic, et la morale est sauve. Un roman donc, car finalement, tous ces personnages sont liés entre eux, par une sorte de réseau que l'on ne découvrira qu'à la fin, et qui tissera les connexions immanquables, dans ce que vous avez nommé Exposition des corps.

L'absurde, c'est le tragique qui s'ignore, disait Ionesco, me semble-t-il, ou bien son frère, et l'absurdité dans laquelle vous plongez ces malheureux en devient vraiment délicieuse. Âmes sensibles, s'abstenir : ici on débite du cadavre au kilo. Et quel rendement !