Eternel, Sylvain Estibal

Clément Solym - 08.05.2009

Livre - eternel - Sylvain - Estibal


La bonne SF, de nos jours, c’est rare. Pas forcément parce que tout a déjà été écrit, mais parce que la science-fiction, on a de plus en plus l’impression de la vivre dans notre quotidien… Ce qui se passe avec le bouquin de Sylvain, c’est qu’il n’est pas exactement de la science-fiction : on parlerait plutôt de laboratoire d’expérimentation romanesque en plein espace. Balancer une bande de pèlerins, rebuts de la NASA en mission pour le lancement d’un serveur qui contient toutes les informations relatives à la race humaine, c’est tout de même franchement la classe !

Sauf que… pas de chance : non seulement une tempête solaire s’abat sur l’équipage, mais qui plus est, le commandant de mission est retrouvé mort, tout d’un coup. Et comme si ça ne suffisait pas, un énorme météorite se dirige droit sur la Terre avec un risque très élevé de collision qui mettrait alors tout bonnement fin à l’univers tel que nous le connaissons. C’est tout de même pas de chance, pour un début de roman que de virer au scénario catastrophe en l’espace de quelques instants.

Alors que sur la Terre, une sorte de président déconfit et désabusé va manipuler l’opinion publique pour tenter de fédérer tous les peuples de la planète, autour de la menace imminente de leur mort, d’un autre côté, on annonce que les spationautes envoyés pour le lancement d’Éternel, le nom du serveur, vont tenter de dévier la course du gros caillou qui s’apprête à s’encastrer dans le nôtre.

Ce qui est bien sûr faux pour deux raisons : la première, c’est qu’ils ne disposent pas du matériel pour ce faire, la seconde, c’est qu’ils ont d’autres chats à fouetter, par exemple le fait que les membres de l’équipage canent les uns après les autres, sans logique aucune. Mais en faisant monter progressivement la tension et la suspicion entre les survivants. Délicieuse ambiance : dans l'espace, personne ne vous entend flipper.

Durant ce temps, le président d'une république qui périclite, à la tête d'un État en déclin, agité par des querelles intestines sordides... En somme, tout est pour le pire dans le plus dépité des mondes. Sur Terre règnent l'incompréhension et le désarroi ; dans l'espace, c'est le chaos et l'incompréhension, tout autant.

Et pour le lecteur, c'est un air de déjà-vu assez inindentifiable. En parlant de l'histoire autour de nous, plusieurs adeptes de SF ont tiqué, lançant quelque chose comme : « Ça me dit un truc. » ou « Mouais, l'idée n'est pas super. » Très personnellement, j'ai ressenti plusieurs réminiscences dont une à laquelle faut pas tenter de toucher : Destination : Vide, de Frank Herbert. Plus dense, plus riche, plus intense, le livre a plané sur tout la lecture, avec son côté expérimental. Et malheureusement, plus la comparaison s'installait, plus la lecture devenait difficile.

Le livre de Sylvain Estibal n'est pas mauvais du tout : c'est un roman de SF sympatoche, qui ne casse pas trois pattes à un cygne même noir, mais laissera clairement les amateurs sur le quai au moment du grand départ. Pas fantastique, l'histoire n'est pas non plus relevée par une écriture démentielle - le livre n'est pas traduit - on sent bien qu'un truc passe, sans pourtant y accrocher. Seuls les personnages un peu caractériels tirent le niveau vers le haut. Mais à choisir, autant se lancer dans la lecture de Destination : Vide.

Éternel vous tiendra le temps d'un aller-retour de Lyon à Montpellier, ce qui en fait toutefois une lecture assez brève, pour lecteur pressé. Et ne doit pas empêcher de découvrir le précédent roman, Le dernier vol de Lancaster, juste pour en savoir un peu plus, et juste avant qu'il ne sorte au cinéma.


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