Ethan Frome : dans la peau d'un fermier

Mimiche - 23.09.2014

Livre - Littérature américaine - amour impossible - tragédie


A la fin du XIXème siècle, le narrateur ayant été envoyé par ses employeurs s'occuper d'une centrale électrique près de la petite ville de Starkfield, Massachussetts, y fut retenu une partie de l'hiver suite à des grèves ayant retardé les travaux qu'il avait pour mission de surveiller.

 

A Starkfield, il était alors difficile d'ignorer le bureau de poste.

 

C'est là qu'il avait croisé les yeux bleus et l'allure au boitement évident d'Ethan Frome dont quelques bribes de l'histoire lui étaient parvenues au cours d'échanges divers avec quelques autres personnages emblématiques du village comme Harmon Gaw, l'ancien conducteur de la diligence ou Mrs Ned Hale dont le père avait été notaire à Starkfield et dont elle avait hérité d'une grande maison qu'elle louait à l'occasion. A lui notamment au cours de son séjour à Starkfield.

 

C'est parmi ces bribes collectées par ci, par là qu'a commencé à se dessiner, à ses yeux, la rude vie d'Ethan Frome jusqu'à ce que l'occasion lui soit donnée d'en découvrir plus par lui-même et de désirer alors en faire le récit.

 

En effet, alors qu'une épidémie avait anéanti les chevaux de l'épicier irlandais qui conduisait quotidiennement le narrateur à la centrale, Ethan Frome accepta d'offrir les services de son propre traîneau tiré par son vieux cheval. Le jour où une tempête de neige conduisit Ethan Frome à lui donner l'hospitalité dans sa ferme sur le chemin du retour, il pénétra plus avant dans cette histoire dont de nombreux pans ne lui étaient pas parvenus.

 

 

J'ai eu envie, avec une certaine appréhension tout de même, de me lancer dans la lecture de ce roman après en avoir entendu des éloges à la limite du dithyrambe lors d'une émission sur France Inter : trop de louanges a toujours tendance à me rendre méfiant.

 

Appréhension totalement injustifiée quand, au dernier mot du livre, j'en ai conclu qu'il ne me restait plus qu'à m'associer à ce concert de louanges qui m'avait pourtant plutôt refroidi.

 

A 7,90€ le livre, vous ne risquez pas grand-chose d'autre que d'en ressortir aussi enthousiaste que moi : franchissez la pas sans hésitation !

 

Vous allez découvrir un roman superbe, une histoire merveilleusement contée, une vie en cette fin de XIXème siècle dont la dureté n'a d'égale que la rigueur de l'hiver, un village qui regarde la rue derrière ses volets clos et s'empresse de taire l'indicible, l'inavouable, de cacher ce qui pourrait amener le déséquilibre dans une société encore pleinement empreinte de codes aujourd'hui disparus.

 

Au fur et à mesure que se dessine la vérité (une ? Puisqu'elle n'est que celle du narrateur !), c'est toute la profondeur des sentiments humains qui est déchirée par ces codes envers lesquels il n'était alors pas possible de se rebeller sauf à risquer l'opprobre, la mise à l'index le rejet. Toutes options rendues encore impossibles par la pression sociale.

 

Et c'est vrai que cette désuétude des réactions d'Ethan Frome aux vicissitudes que la vie lui impose peut étonner en ce début de XXIème siècle mais elle sous-tend quelques valeurs en totale perte de vitesse comme le respect, l'honnêteté, la droiture ou le devoir que ce récit magnifie et dont on peut, malgré tout, regretter la dilution progressive mais inexorable à toutes les strates de la société.

 

Et si vous n'êtes pas sensible à cet aspect là du récit, il reste une qualité d'écriture exceptionnelle, une dramatisation superbe et un point d'orgue en apothéose qui, sans tomber dans le mélo, n'en fige pas moins un drame que nos grands classiques n'auraient certainement pas renié.

 

En espérant ne pas en avoir trop rajouté ni vous avoir mis, vous aussi, un peu plus sur la réserve par un excès d'enthousiasme, je vous souhaite, une bonne lecture.